Lorsqu’il avait 16 ans, ses professeurs ne voulaient pas que Thomas Büchi commence un apprentissage en menuiserie. Ils souhaitaient le voir continuer ses études. Mais il était déterminé. Passionné par le bois surtout.
Le maître charpentier a, depuis, ouvert son bureau d’ingénierie du bois. On lui doit notamment la halle 7 de Palexpo, la chaise cassée de la place des Nations ou encore le Palais de l’équilibre, le globe de l’Expo.02. Des constructions en bois véhiculant toutes un message en faveur du développement durable. Thomas Büchi défend aussi ses idéaux dans l’arène politique.
Député radical au Grand Conseil de Genève de 1993 à 2005, il gère actuellement la présidence de la Constituante avec Marguerite Contat Hickel, Christiane Perregaux et Jacques-Simon Eggly. Ce mois, les 80 élus présentent l’avant-projet de la nouvelle Constitution genevoise.
«Les thèmes de l’aménagement du territoire et du développement durable sont uniquement énoncés dans ce nouveau texte législatif. On pourrait faire plus», regrette le maître charpentier.
Durant l’année à venir, les commissions s’appliqueront à relire l’avantprojet de Constitution. «Les élus n’ont pas fait preuve de force conciliante jusqu’à présent. J’espère que pour cette relecture ils choisiront la voie du consensus.» LARGEUR.COM
Ses proches
SA FAMILLE
Son fils Alexandre, 23 ans, termine sa première année d’études d’ingénieur du son. Il a hérité de l’une des passions de son père: la musique. Premier fan, Thomas Büchi coproduit ses albums. La cadette Helena, 18 ans, poursuit ses études secondaires.
SA COMPAGNE

Divorcé depuis onze ans, il vit désormais avec Patricia, la responsable de l’administration de son bureau d’ingénierie du bois.
Ses refuges
LA MÉDITATION
Celle basée sur le qi gong, une gymnastique inspirée de la méditation. Il l’a découverte lorsqu’il était président de la Commission des droits de l’homme au Grand Conseil, en 2004. Les militants du Falun Gong qui pratiquent cette méditation l’avaient approché pour qu’il défende leur situation. Il a d’abord pratiqué le qi gong pour comprendre ce mouvement spirituel chinois. Le Grand Conseil a adopté, la même année, sa résolution qui condamne le comportement de la Chine à l’encontre des partisans du Falun Gong. Et Thomas Büchi pratique encore aujourd’hui ces exercices. Surtout aux aubes et aurores.
LE SPORT

Il a commencé avec le judo. Entre 1978 et 1984, l’équipe suisse le comptait parmi ses membres. Aujourd’hui, il enfile encore occasionnellement son kimono. Mais il apprécie surtout la haute montagne. Il y a deux ans, sa compagne lui a offert, pour ses 50 ans, l’ascension du sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie. Son ami François Reinhard, directeur de la Fondation des immeubles pour les organisations internationales à Genève, était de la partie.
Ses inspirateurs
GEORGE IVANOVITCH GURDJIEFF

Il a découvert ce philosophe russe par son père lorsqu’il avait 20 ans. Le philosophe met en évidence l’importance de l’éveil de l’homme. Il allie le cœur, le corps et l’esprit. «C’est devenu ma façon de vivre et la définition de mon métier.»
SON PROFESSEUR DE JUDO
Jean-Georges Vallée a fondé le Judo club de Genève et a représenté un véritable guide pour Thomas Büchi. «C’était un grand philosophe, il m’a transmis l’affection pour les maximes. Ma préférée vient de Winston Churchill: “Nous agissons comme s’il était impossible d’échouer.”»
Ses adversaires politiques
MARCELLIN BARTHASSAT

Le président de la section genevoise du Patrimoine suisse défend une vision de l’aménagement du territoire opposée à celle de Thomas Büchi. Marcellin Barthassat s’est battu contre l’idée de surélever les immeubles à Genève. Un projet de loi que Thomas Büchi a proposé en 2005 avec Hugues Hiltpold. Le président l’a qualifié d’«ouverture à un urbanisme boulimique». La loi est entrée en vigueur en 2008, avec la participation des opposants, dont le Patrimoine suisse à Genève.
PIERRE KUNZ ET JACQUES JEANNERAT (photo)

«Les confrontations se produisent paradoxalement plus à l’intérieur qu’à l’extérieur des partis politiques.» Thomas Büchi a lutté face à ses deux collègues pronucléaires pour promouvoir le développement durable. «J’ai perdu lors de la votation sur les deux objets sur le nucléaire qui ont été refusés en 2003. Mais quatre ans plus tard, pour la campagne électorale, le Parti radical genevois s’est positionné contre le nucléaire. Un décalage par rapport au Parti radical suisse auquel je ne suis pas étranger.»
LES EXTRÉMISTES
A gauche ou à droite de l’échiquier politique. «Ils s’emprisonnent dans une doctrine et l’histoire nous a montré que ce type de comportement mène à la ruine.»
Ses relais politiques
LE «TRIUMVIRAT»

Il s’est donné ce surnom avec ses deux collègues de parti devenus des amis proches, Roger Beer et Hervé Dessimoz. Les inséparables ont déposé les cinq motions sur le développement durable en 2001. «Elles ont modifié la politique genevoise dans ce domaine.» En plus de leurs convergences politiques, leurs métiers se complètent. Roger Beer est ingénieur forestier. L’architecte Hervé Dessimoz a mené de nombreux projets avec Thomas Büchi, dont le Palais de l’équilibre.
ROBERT CRAMER

Il a travaillé avec cet ancien conseiller d’Etat Vert lorsqu’il était encore député au Grand Conseil. Thomas Büchi admire le pragmatisme du politicien Vert et sa réelle compréhension du développement durable. Quant à Robert Cramer: «Thomas Büchi engage son entreprise dans son projet politique de respect de l’environnement. Une cohérence suffisamment rare pour la relever et l’admirer.» Thomas Büchi se souvient encore de ce que le conseiller d’Etat lui avait dit à propos des cinq motions sur le développement durable: «Elles n’ont qu’un seul défaut, ne pas avoir été écrites par les Verts.»
MARTINE BRUNSCHWIG GRAF

Une femme de conviction selon lui. Ils ont collaboré durant la législature 1993-1997. Elle comme conseillère d’Etat, lui en tant que député. La libérale devait concevoir une nouvelle voie de formation pour les métiers du bois. «J’aime les gens qui sont passionnés par leur métier et qui savent transmettre leur enthousiasme. Thomas Büchi entre dans cette catégorie», explique la conseillère nationale.
Ses combats
DÉVELOPPEMENT DURABLE

«L’énoncer n’est pas suffisant, il faut que ce soit un réflexe dans chaque construction.» Les conditions: penser global et agir local. «Nous devons être ouverts aux multiples connaissances dans le domaine, mais devons utiliser les ressources de notre région pour éviter la consommation inutile d’énergie.» Thomas Büchi cite comme exemple sa construction de la toiture du centre sportif de Vitam’Park, en France voisine. «Des architectes barcelonais y ont participé et nous avons utilisé du bois des cantons de Vaud et Fribourg.»
RÉFLEXION FRANCO-VALDO-GENEVOISE
Il s’en est rendu compte lorsqu’il a fondé son entreprise en 1991. Sur le plan économique, les sociétés doivent travailler avec leur région. Cela reste plus profitable qu’avec des villes suisses plus éloignées. Il voudrait créer un parlement transfrontalier qui puisse aborder les questions de logement et de transport. «Nous ne disposons toujours pas de train pour aller à Annecy, c’est surréaliste!»
AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

«Genève possède les atouts d’une grande métropole mais elle souffre de blocages institutionnels importants. Les communes genevoises communiquent mal avec la Ville et le canton reste immobile dans ce domaine.» La loi sur la surélévation des immeubles qu’il a lancée avec Hugues Hiltpold est un signal encore trop modeste. Il veut que les Genevois arrêtent de construire des villas en campagne et misent sur les logements en ville.
Tags: Thomas Büchi,
|