Ses premières heures de colle, il les doit à une manif antiracisme au gymnase. C’était en 1994, Thomas Christen faisait alors ses gammes militantes à Saint-Gall.
Forgé au socialisme de ses parents puis affûté par la lutte prœuropéenne, le Saint-Gallois était moulé pour la politique. Mais à un mandat, il a préféré les coulisses.
Depuis 2005, le trentenaire dirige le secrétariat général du PS suisse à Berne: bras droit de Christian Levrat, coordinateur des antennes régionales, stratège des campagnes, il gère une tâche aussi plurielle que discrète.
En fin de compte, le retrait sied mieux à cet homme doux et réservé. On le soupçonnerait presque d’une timidité propre à tromper l’ennemi. Le regard malicieux, il dit se passionner pour la stratégie et l’affrontement des idées, dans un environnement qui a complètement muté en quelques années.
«Autrefois, nous dépensions quelques dizaines de milliers de francs par campagne. Aujourd’hui, cela peut monter jusqu’à 300 000 francs.»
L’année électorale promet de confirmer cette surenchère, articulée au PS autour de la justice sociale et de l’environnement. L’Europe – «réponse politique à la globalisation de l’économie» – restera en arrière-plan. «Avant de redevenir très actuelle», promet celui qui est politiquement né le 7 décembre 1992.
Politique à la maison
HEINZ CHRISTEN

Fils du maire de Saint-Gall, Thomas a poussé dans le terreau socialiste. Son tour venu de s’engager, il s’est délibérément éloigné du fief paternel et s’est hissé sur des thèmes nationaux: «A Saint-Gall, la comparaison aurait été permanente: chaque choix aurait été interprété pour ou contre mon père.»
URSULA WYSS

C’est avec la cheffe de fraction au Parlement que Thomas Christen partage sa vie. A ceux qui s’étonnent de voir deux postes clés en mains d’un couple, il réplique: «Nous évitons les discussions stratégiques sur le parti, nous parlons plutôt de politique sur le fond et des problèmes de société – et, bien sûr, énormément de thèmes du quotidien.» Si une concurrence entre sa compagne et un autre membre du parti émerge, il s’abstient de prendre position.
HOBBYS DE GAUCHE
Hormis le tennis avec Julian (12 ans) – le fils d’Ursula Wyss, qu’il élève comme le sien – Thomas Christen se délasse dans la culture. Musées, concerts et lectures opportunément socialistes – il affectionne l’écrivain Lukas Hartmann, mari de Simonetta Sommaruga.
Les causes
USS

Si Thomas Christen assure que le parti ne reçoit pas un centime des syndicats, il est en revanche en contact régulier avec eux pour coordonner les campagnes. A l’Union syndicale suisse, Rolf Zimmermann souligne que le socialiste a «une bonne compréhension de la cause, tout en n’étant pas un syndicaliste lui-même».
WWF, GREENPEACE
Le souci environnemental est venu sur le tard. Dans sa vision socialiste, le développement des énergies renouvelables permet de créer des places de travail.
NETZWERK PME

Ce club réunit autour du PS des entreprises sensibles à l’éthique socialiste en économie. Le Bâlois Eric Nussbaumer, qui le dirige, connaît Thomas Christen depuis longtemps et voit en lui un homme «disponible, politiquement centriste, qui sait gérer les différents courants dans le PS».
La génération europhile
«NÉ LE 7 DÉCEMBRE 1992»
Thomas Christen a fondé en 1993 la section saint-galloise de ce comité prœuropéen, qui a ensuite fusionné pour devenir le Nomes (Nouveau mouvement européen suisse). «C’était un mouvement surtout romand», se souvient-il.
GUIDO SCHOMMER

L’Appenzellois a mené avec Thomas Christen la lutte européenne en Suisse orientale. «A l’époque, je ne savais pas qu’il était socialiste! Notre conviction européenne était la même», se souvient le radical. Devenu secrétaire général du PLR, Guido Schommer a vu son ancien camarade accéder à la fonction chez les socialistes. «Nous ne nous faisions pas de cadeaux politiques, mais il y avait une relation amicale. Une fois par mois, nous mangions la fondue et discutions de notre fonction comme jeunes secrétaires généraux.»
ROGER NORDMANN

Des années après la lutte européenne, le conseiller national a retrouvé son ancien camarade à Berne. Il ne s’étonne pas que celui-ci ait opté pour un travail de l’ombre: «Il a un talent organisationnel, il est fiable, efficace et discret.»
FRANÇOIS CHERIX
Le consultant en communication se souvient de l’arrivée du jeune militant au Nomes: «Il était peu profilé mais la campagne de l’initiative “Oui à l’Europe” lui a fait prendre de l’envergure. Ensuite, le PS suisse l’a engagé.»
Les antennes cantonales
JEAN-YVES GENTIL
Avec son collègue jurassien, Thomas Christen discute des différences de sensibilités entre Romands et Alémaniques. Par exemple lors de l’élaboration d’un nouveau logo, il a fallu conserver le poing et la rose en Suisse romande.
HEIDI HANSELMANN
«Thomas Christen n’a pas oublié d’où il vient!», se réjouit Heidi Hanselmann. «Il est présent à Saint-Gall et s’y est fait son propre nom, pas juste comme fils de son père.» La conseillère d’Etat se souvient comme il a soutenu ses débuts en politique en 1995: «Il a le talent de motiver.»
PASCALE BRUDERER

Issu de la même génération que l’Argovienne, il a un rapport amical avec Pascale Bruderer. «C’est une interlocutrice passionnante et une politicienne proche des gens», pense-t-il.
JACQUELINE FEHR

Le secrétaire général visite presque chaque mois la section zurichoise du parti, où il a beaucoup de contacts. «Dès mon engagement politique, j’ai beaucoup parlé avec Jacqueline Fehr. Elle encourage les jeunes et nous sommes sur la même ligne politique.»
A l'ombre des puissants
CHRISTIAN LEVRAT

Le président du parti et le secrétaire général forment un duo que tous les observateurs qualifient de «complémentaire» un sourire aux lèvres, tant leurs caractères divergent. L’exubérant Christian Levrat confirme et dit apprécier les «vrais réflexes politiques» de Thomas Christen, «le fait qu’il ne se laisse pas intimider par la première difficulté. Par contre, il est très réactif quand cela s’impose.» Il le décrit également comme «centriste à l’intérieur du parti. C’est ce qu’il faut à ce poste et Thomas Christen encourage le débat au sein du parti.»
HANS-JÜRG FEHR

Lorsqu’il a été choisi comme secrétaire général en 2005, Thomas Christen était le «candidat de rêve» pour le président du PS de l’époque. Hans-Jürg Fehr a vu émerger un homme «jeune, engagé et d’une immense capacité de travail. C’est une personne agréable, de bonne humeur, pleine d’idées, dont j’apprécie la discrétion: il ne joue pas les acteurs sur le devant de la scène.»
MICHELINE CALMY-REY ET SIMONETTA SOMMARUGA


Comme secrétaire général, il voit les deux conseillères fédérales chaque semaine et les connaît bien. Il dispose de contacts dans leurs départements, notamment des gens qui ont passé par le Nomes.
Les adversaires
ÉCONOMIESUISSE
Dans la confrontation perpétuelle avec l’association faîtière de l’économie, Thomas Christen se voit en David face à Goliath. «Ils ont tellement plus de moyens financiers et on ne sait ni combien ni d’où l’argent vient», dénonce-t-il. Il évoque l’initiative «Pour des impôts équitables», face à laquelle Economiesuisse a dégainé, «alors qu’elle n’a pas réagi face à l’initiative sur l’expulsion des criminels étrangers».
HANS FEHR

Thomas Christen rencontre systématiquement l’UDC et ex-directeur de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre) sur son chemin. «Nous débattons l’un contre l’autre depuis 1995.» Il voit dans l’UDC et ceux qu’il appelle les «isolationnistes» ses «adversaires de toujours».
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