Son parcours de vie est aussi émaillé de rebondissements qu’une aventure de Tintin («Tim» dans la traduction allemande), dont son prénom s’inspire.
A 14 ans, cet ado à problèmes est envoyé en internat dans les Grisons. Il achève un apprentissage de dessinateur d’intérieur, travaille en indépendant, entre à l’uni de Genève pour devenir maître assistant à celle de Zurich. Et enfin secrétaire général du PDC .
L’homme est à l’image de son CV: totalement atypique! Mais qu’est donc allé faire au PDC ce célibataire de 38 ans, protestant et urbain dans l’âme, passant presque tous ses week-ends à Berne, Zurich et Genève?
Qu’on se détrompe. Durant six ans, ce chercheur a consacré sa thèse de doctorat aux racines de la démocratie chrétienne depuis la Deuxième Guerre mondiale. Autant dire qu’il en récite les valeurs tel un chapelet: de la solidarité à la «politique de médiation» en passant par la subsidiarité.
Tim Frey est donc paré pour la campagne de 2011, même si le parti auquel il a adhéré peu avant son entrée en fonction paraît bien optimiste en visant les 17% des suffrages (14,5% en 2007). Cet académicien sait aussi mettre les mains dans le cambouis et distribuer des tracts jusque tard dans la nuit.
Ses hobbies
WIKIPÉDIA
Tim Frey est un auteur de longue date de cette immense encyclopédie, y ayant contribué par une centaine d’articles. Il apprécie la mise à disposition du savoir à un large public et les interactions sociales que suscite Wikipédia, qui «comporte des éléments de monarchie et d’anarchie». Son fondateur Jimmy Wales garde un grand pouvoir sur le projet, auquel n’importe qui peut pourtant participer.
La BD

Des BD, il en a «un bon mètre cube». Depuis son enfance, il baigne dans l’univers des auteurs de la ligne claire, Hergé et autres E.P. Jacobs. Lorsqu’il est à Genève, il tente de trouver une chambre à l’hôtel Cornavin, comme Tintin dans L’affaire Tournesol. «J’aime le rythme de ce médium qu’est la BD, qui vous raconte une histoire en 60 pages.»
L'Europe
FRITZ KALTENEGGER

Le secrétaire de l’Österreichische Volkspartei, qu’il rencontre régulièrement. Le PDC suisse est un membre associé du plus grand groupe au Parlement européen, le European People’s Party. De plus en plus de décisions touchant la Suisse se prennent à Bruxelles et Tim Frey y a envoyé pour la première fois une collaboratrice à une conférence sur la cybercriminalité. «A force d’aborder tous nos problèmes sous un angle national, nous volons parfois à l’aveugle en Suisse.»
MARION KINDLE
Une ancienne étudiante de Tim Frey à Zurich, devenue députée adjointe et secrétaire politique de la Vaterländische Union, le parti au pouvoir au Liechtenstein, qui est membre de l’Espace économique européen (EEE). Même s’il n’a jamais été un «euroturbo», Tim Frey estime que le «non» du peuple suisse à l’EEE a été «la plus grave erreur historique des dernières décennies».
La garde rapprochée
CHRISTOPHE DARBELLAY

Le président du PDC, avec lequel il a même participé à la Patrouille des glaciers. Un démocrate courageux n’évitant aucun débat. «Il était juste de ne pas réélire Christoph Blocher en 2007, car celui-ci menaçait le système de concordance.» Il n’en reste pas moins que le PDC et son président souffrent de leur image de «girouettes», incapables de choisir leur camp entre la gauche et la droite. Tim Frey ne s’en offusque pas trop. «Notre vocation de parti du centre est de trouver des solutions qui fassent avancer le pays. Il faut éviter tout blocage qui paralyserait la Suisse.»
DORIS LEUTHARD

Seule ministre du PDC au Conseil fédéral. Son bilan n’est-il pas resté modeste? «Non. Elle s’est battue pour l’ouverture de nouveaux marchés pour l’économie, par exemple par cet accord bilatéral de libre-échange avec le Japon dont on sous-estime l’importance.»
ALEXANDRA PERINA

La secrétaire générale adjointe du PDC a brigué sans succès un siège au Conseil exécutif bernois en 2010. Mais Tim Frey et sa petite équipe ont innové en menant campagne jusque sur les pistes de ski d’Adelboden en plein fief UDC.
SANDRA MAISSEN
Elle, c’est «Cosinus», lui «Genio». La secrétaire générale de la Conférence des gouvernements cantonaux et Tim Frey ont œuvré à la tête du Mouvement scout de Suisse. Sandra Maissen incarne ce fédéralisme fondateur de la Suisse moderne. «Avec la subsidiarité comme l’un de nos principes clés, nous sommes le parti le plus fédéraliste de Suisse», souligne Tim Frey.
La relève
MICHEL CHEVROLET

Le fougueux candidat PDC au Gouvernement de la Ville de Genève est «un entrepreneur qui mène une remarquable campagne de proximité avec son bus», se félicite Tim Frey. Michel Chevrolet lui rend le compliment: «Tim est un vrai Genevois, un secrétaire général très engagé sur le terrain.» En novembre dernier, tous deux ont distribué des flyers pour soutenir les lieux festifs de Genève dans des bars jusque tard dans la nuit.
SABRINA MOHN

Bien qu’âgée de 26 ans seulement, cette enseignante et députée au Grand Conseil a repris la présidence du PDC de Bâle-Campagne.
MARIE CHAPPUIS
La jeune vice-présidente du PDC genevois est une grande partisane de la mobilité douce et a réclamé un système de prêts de vélos (Vélib’), comme à Paris. «Tim est un homme pétillant qui nous encourage toujours à faire de la politique sans complexes», dit-elle.
Ses relais économiques
STEFAN MEYERHANS

L’actuel M. Prix, qui est aussi PDC, est un des acteurs de la lutte contre l’îlot de cherté qu’est la Suisse. Un combat essentiel, notamment pour la classe moyenne dont le pouvoir d’achat se réduit constamment. Stefan Meyerhans dit soigner ses contacts avec tous les secrétaires généraux. «J’attends des politiciens qu’ils veillent à ne pas affaiblir la loi sur les cartels, comme le veulent certains milieux économiques », confie M. Prix.
PHILIPPE KRICK

Durant ses études, Tim Frey a joué les coursiers à vélo pour 20 francs de l’heure au service de Philippe Krick. Cet ancien cadre banquier et officier a émigré à Genève où il a créé la «première entreprise de cyclomessagerie en Europe francophone. Philippe est un pionnier qui fonce, toujours réglo avec ses employés», admire Tim Frey.
KATHRIN AMACKER

Cette conseillère nationale de Binningen (BL) a dû démissionner lorsqu’elle a été nommée responsable de la communication d’entreprise chez Swisscom.
Les adversaires
ÉRIC STAUFFER

Le leader du Mouvement citoyens genevois (MCG) n’hésite jamais à jeter de l’huile sur le feu dans sa campagne contre les frontaliers. «C’est un populiste qui attise les émotions sans jamais proposer la moindre solution», critique Tim Frey. Genève a besoin de 100 000 nouveaux logements. «Eric Stauffer ferait mieux de proposer des mesures pour soulager le marché de l’immobilier.»
ULRICH SCHLÜER

Le conseiller national UDC, rédacteur en chef du journal Schweizerzeit et grand partisan de l’initiative pour l’interdiction des minarets. «Il raconte les mêmes salades depuis l’époque où il a été secrétaire de James Schwarzenbach», auteur de l’initiative contre la surpopulation étrangère en 1970 déjà.
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