Top 50 albums - Années 2000 (III)
| 40 Franz Ferdinand - s/t (Domino - 2004) Habiles et malins, quatre Ecossais reprennent les formules mises en place par Orange Juice et Josef K à la fin des années 70 et rendent justice à leurs aînés. Le tout s'en se cacher ni se planter. Avec la roublardise de vieux briscards, Alex Kapranos et sa bande conquièrent le monde grâce à un tiercé gagnant bien rôdé: design vintage, attitude arty et pop-songs minutées. Collections de hits tranchants (This Fire, Michael), fédérateurs (Take Me Out, Dark of the Matinée) et mélodiques en diable (Jacqueline, Darts of Pleasure), ce premier album n'invente rien mais capitalise à merveille sur des bases irrésistibles. Et offre à la scène écossaise une première place méritée sur le podium de la pop, 30 ans après ses premiers sursauts. 39 Dominique A - Auguri (Labels - 2001)Ne reniant ni le minimalisme des débuts, ni le rock brûlant de Remué, le Nantais réussit son plus beau chapitre, transposant sa verve unique en un songwriting abouti et sans fioritures inutiles. Espagnolades (Antonia), country légère (Je t'ai toujours aimée), dérives noisy (Pour la peau) et oeillades à la variété (Les enfants du Pirée) composent un album en tous points remarquable. A ce canevas s'ajoutent des textes à la poésie sensible et personnelle, le regard ironique (Les chanteurs sont mes amis), la mélancolie aiguisée (Le commerce de l'eau, Les hommes entre eux). Servi par la production impeccable de John Parish et des instrumentations aussi sobres que variées, Dominique A s'impose comme le franc-tireur humble et essentiel de l'Hexagone.38 Scott Walker- The Drift(4AD - 2006) Aussi dérangeant que fascinant, The Drift est un chef-d'oeuvre monstrueux, éprouvant pour les nerfs quand on ose s'y plonger. "Horrorpop!" comme s'est exclamé Momus à l'époque. Grand artificier, Scott Walker y fait dissonner deux orchestres, joue de percussions qu'on croirait sorties d'un abattoir, fait hurler les sax comme des animaux. Quant à son chant, il dérive dans un lyrisme baroque et glaçant, contant l'exécution de la maîtresse de Mussolini (Clara) ou l'histoire du jumeau mort-né d'Elvis (Jesse). Entre passages lancinants - mais toujours hantés - et brusques coups de sang, The Drift a des airs de labyrinthe fantôme, surprenant son auditeur à chaque dédale. Et ne ressemble à rien d'entendu jusqu'ici. Ni depuis.
37 Sonic Youth - Sonic Nurse(Geffen - 2004)Voilà un album qui démarre pied au plancher, avec un titre qui n'aurait pas dépareillé sur Goo ou Dirty, Kim Gordon en furie et bruits de soudure à l'arrivée (Pattern Recognition). Puis Unmade Bed et Dripping Dream renouent avec le rock minéral de Daydream Nation. Enfin, Kim Gordon & The Arthur Doyle Hand Cream évoque les débuts no-wave, la production un brin moins lo-fi. En quatre titres, Sonic Youth a revisité son histoire. Et ne s'arrête pas en si bon chemin. Eclaté et cohérent à la fois, Sonic Nurse sonne moins comme un album hésitant que démocratique, chaque musicien empruntant son chemin, à la manière de Lee Ranaldo livrant son meilleur morceau avec Papercup Exit. Ou de Thurston Moore rendant son hommage au rock avec New Hampshire. Au final, on tient le meilleur disque du quatuor new-yorkais pour sa troisième décennie d'activité.36 Liars - Drums Not Dead (Mute - 2006) Non, les percussions ne sont pas mortes! Elles trônent même au centre de ce véritable concept album, dialogue de sourds entre deux personnages imposant leurs thèmes propres, Drum et Mr Heart Attack. Tribales, désaxées ou approximatives, les rythmiques dictent le ton tandis que les morceaux s'enchaînent, jusqu'à donner naissance à une suite étouffante, quasi claustrophobe, faite de nappes vocales et instrumentales. Seul rais de lumière dans ces ténèbres abrasifs, The Other Side of Mr. Heart Attack dévoile - justement - une autre facette de Liars, ballade en suspension dans la lignée du meilleur de Radiohead et du Velvet Underground, traversée d'un unique battement de mesure. Une manière de signifier que le voyage prend fin et que Liars a bien réussi son coup.
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