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Edito
Tourner la page?

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 17.11.2010 à 15:35

On aimerait en finir avec cette affaire écœurante. Mais, dans le procès de la Banque cantonale de Genève (BCGE), chaque rebondissement semble rendre la situation plus inextricable encore. Surtout, au fil des semaines, les vrais enjeux disparaissent derrière les effets de manches et les manœuvres dilatoires.

Les autorités politiques genevoises ont fait du procès de la BCGE un exercice de dédouanement.

Voilà pourquoi L’Hebdo, qui, dans son édition du 9 décembre 1999, avait révélé la faillite virtuelle de l’établissement genevois, revient sur cette saga qui continue d’empoisonner la République. Inextricable, vraiment? (Lire l’enquête de Xavier Pellegrini.)

Il y a d’abord dans cet enlisement quelque chose de tragique. Ce contraste étonnant entre la paralysie de l’appareil judiciaire et le rayonnement d’une Genève à vocation universelle. Ce clivage entre les élites locales et les organisations internationales qui font aussi la substance de cette ville.

Ce fossé entre les petits calculs et le souffle lémanique de grands projets à venir: le CEVA, qui devrait donner au canton un nouveau système circulatoire; la possibilité, à la Jonction, d’un mégacentre de recherche sur le cerveau.

Ce sont ces poussées de provincialisme aigu qui, régulièrement, affaiblissent Genève aux yeux du reste de la Suisse et du monde. A la manière d’un virus. Dans l’affaire de la BCGE, sans doute les années ont-elles contribué à jeter le flou sur la coresponsabilité du Gouvernement genevois d’alors.

Avec le recul, la création de la Fondation de valorisation apparaît, c’est évident, comme une formule chère et peu efficace. Au bout du compte, la débâcle aura coûté plus de 11 000 francs, en moyenne, par contribuable, comme les membres du Conseil d’Etat actuel eux-mêmes se plaisent à le répéter.

Il aurait pu en être autrement si les actifs pourris de la banque, si tous ces immeubles n’avaient pas été bradés dans la précipitation. Selon les avocats de la défense, les Genevois auraient même pu ne rien payer si le gouvernement avait procédé autrement. Ils ont de bons arguments.

Pour vérifier cette hypothèse, il faudrait toutefois, au-delà des déclarations générales, reprendre un à un les objets vendus à la casse par la fondation et comparer leur prix de liquidation avec leur valeur actuelle. Un exercice utile (lire notre article).

Il suffit aussi de jeter un œil sur le modèle suivi par d’autres cantons. Les Vaudois, par exemple. Au lieu d’opter pour une socialisation des pertes, ils ont recapitalisé leur banque. Ils ont mené à bien le procès des anciens dirigeants de l’établissement et récupéré leur mise.

La Banque cantonale vaudoise (BCV) est ainsi considérée aujourd’hui comme une success story, le psychodrame judiciaire appartient au passé. Les Genevois, eux, continuent de pédaler. Le procès de la BCGE pourrait même ne jamais avoir lieu.

Ce serait un scandale. Toutes les parties porteraient une part de responsabilité: l’appareil judiciaire, qui accumule les pannes; les autorités politiques, qui ont fait de ce procès un exercice de dédouanement; et les avocats qui, pour atteindre leurs objectifs, ne reculent devant aucune outrance.

Il faudrait d’ailleurs les prendre au mot, les avocats: s’ils croient vraiment à la coresponsabilité du Conseil d’Etat de l’époque, ils devraient se battre pour l’acquittement pur et simple de leurs clients. Et non pas jouer la montre, la prescription, voire l’enlisement définitif. On pourrait alors, enfin, espérer tourner la page.





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