Les clichés ont la vie dure. Le relent baba cool qui colle à certains tissus, par exemple. Un porteur de chemise en chanvre ne peut être qu’un échappé de la coopérative Longo Maï, voire un maître d’ouvrages de l’école Steiner. Grave erreur! Lin, bambou, chanvre, ramie (plante de la famille des orties), Tencel (fait à partir de cellulose de pulpe de bois d’eucalyptus), coton bio: les tissus écologiques seront hype en 2010. L’année 2009, celle des fibres naturelles, porte ses fruits. De plus en plus de consommateurs ont la fibre écolo et se rendent compte qu’acheter des habits n’est pas un geste anodin. La fabrication de vêtements implique beaucoup de pollution et de misère sociale.
Cogérant de la Cantate du chanvre, une entreprise française qui vend du lin, du chanvre et du coton bios, Julien Hilaire observe le marché depuis dix ans. «Au début, nous ne vendions que quelques mètres de tissu. Aujourd’hui, nous en sommes à dix kilomètres par année et comptons 500 à 600 clients. Le marché du textile est en train de changer. Beaucoup de petits créateurs, qui produisent en France, en Belgique et en Suisse, travaillent avec ces tissus.» Il constate que si les consommateurs sont prêts à faire le pas et à enfiler des matières plus naturelles, pour leur bien-être mais également pour préserver l’environnement, l’industrie de l’habillement a encore des progrès à faire. «Il y a un problème de filières et d’approvisionnement. Les industries ne savent pas où aller chercher la matière première.»
Passage obligé. Mais le mouvement est en marche. De basique, le choix des textiles devient intéressant, comme l’explique Stéphanie Danjou, lauréate des Ethical Fashion Days qui ont eu lieu à Genève, à la mi-octobre. Diplômée de la Haute Ecole d’art et de design de Genève, la styliste explique: «Cette année, lorsque j’ai visité les salons du textile à Paris, j’ai pu constater que les entreprises se mettent à développer une petite gamme. Désormais, tout le monde s’y met. On ne pourra plus faire autrement.» Même les grands créateurs? «Pas pour la haute couture, mais pour le prêt-à-porter, même si cela prendra du temps.»
Si les grands noms tardent à se réveiller, la demande des consommateurs est bien là, comme le confirme le succès de Switcher dont l’objectif, pour 2010, est que tous les articles – sept millions de pièces – soient 100% en coton bio. Propriétaire de la boutique Sativa à Lausanne, Fabian Saldarini est persuadé que ces nouveaux tissus constituent la tendance de demain. «Les gens savent que l’industrie du textile est très polluante. Ils choisissent également les fibres naturelles pour mettre quelque chose de “bien” sur eux.»
Une matière «bien», c’est ce que porteront les quelque 2000 employés des services de soins de la Ville de Zurich – une première en Suisse semble-t-il – dès 2010, soit 8000 polos et autant de pantalons en coton bio. Les policiers de Zurich, eux, arborent des chemises de la même matière depuis une année. A quand les uniformes en chanvre?...
Tags: Fibres écologiques, mode éthique,
|