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La chronique de Jacques Pilet
Tous les dangers et toutes les chances

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 23.12.2009 à 11:58

Si 1989 fut une année historique, 2010 pourrait éclairer l’avenir du monde. Illustrant tous les dangers et toutes les chances.

Il y a de quoi retenir son souffle. Personne ne sait encore ce qu’il adviendra de la crise économique. Les pouvoirs ne veulent pas affoler les peuples. Ils parlent de frémissements prometteurs. Ceux-ci ne rassurent pas quant aux racines du mal.

Aucune régulation internationale efficace ne se met en place. Après la gigantesque opération de privatisation des profits et de socialisation des pertes, les démiurges de la finance peuvent continuer de s’enrichir et de négliger l’économie dite réelle. Si rien ne change en 2010, ce sera à nouveau le désastre. A la différence près que les Etats, déjà follement endettés, ne pourront plus sauver les meubles.

Plusieurs pays et non les moindres sont au bord de la banqueroute, à commencer par la première puissance, les Etats-Unis, qui n’avance plus sans se shooter à l’emprunt.

Quant à la production industrielle, elle résiste là où elle n’a pas été sacrifiée à la finance. Elle s’adapte aux nouveaux besoins, tels ceux créés par le sursaut écologique. L’Europe n’a pas dit son dernier mot face à l’Asie. Ce qui ne l’empêche pas de s’installer dans un chômage durable et bien plus large que ne le disent les statistiques embellies.

Le système capitaliste mondialisé peut encore aller un bout de chemin, tant bien que mal, mais il a perdu de sa superbe et frôle toutes sortes d’abîmes. Beaucoup ne lui font plus confiance (cf. l’envolée de l’or…) sans voir nulle part un modèle qui pourrait prendre le relais. Alors qu’en Asie, on fonce sur la voie libérale sans états d’âme.

Nous faisons-nous peur? Sommes-nous en sursis avant de nouveaux et pires déboires? Sommes-nous à l’aube d’un temps nouveau sur une planète redessinée? Jamais les prévisions n’ont été aussi opposées. Les prochains mois donneront des débuts de réponses.

Le suspense, toute proportion gardée, vaut aussi pour la Suisse. Comment se remettra-t-elle des coups économiques et politiques subis cette année? Il y en eut tant que la moulinette à banaliser les péripéties ne fonctionne plus.

Oui, quelque chose a changé et pour longtemps, dans le fonctionnement de nos banques. Plusieurs d’entre elles doivent se réinventer. Quant aux deux géantes, seuls les naïfs peuvent jurer qu’elles sont sorties d’affaire pour de bon. Elles profitent des artifices comptables introduits aux Etats-Unis qui permettent de surévaluer des produits encore toxiques. La Confédération serait-elle en mesure de sauver encore l’une ou l’autre? Rien n’est moins sûr. Cela dit, les soucis des banquiers affectent moins le pays réel que ceux-ci le prétendent, et l’économie suisse, hors du secteur financier, reste remarquablement saine.

Et la politique? La machine du pouvoir fédéral a démontré toutes ses faiblesses. Un gouvernement tâtonnant, un fonctionnement inadapté à l’urgence, une démocratie directe dévoyée, des politiciens la tête dans le guidon, incapables de prendre de la hauteur et d’ouvrir une perspective novatrice. L’an prochain, c’est probable, tout peut continuer comme avant. En pire, donc. Mais on ne peut exclure que sous la pression des événements, des déclics se produisent, que des voix entraînantes s’élèvent enfin, qu’une dynamique vers de vraies réformes s’amorce. A vos paris.

Le dossier européen servira de test. L’embrouillamini des relations bilatérales avec l’UE devient si encombrant qu’on ne peut plus le cacher. Ce qui crée un flottement néfaste à terme pour l’économie, troublant notre perception de l’avenir. 2010 provoquera probablement un discret basculement. Soit vers un débat où les partisans de l’adhésion gagneront du terrain. Soit vers un repli encore plus marqué. Mais le grand écart fatigue.

L’Union européenne durcira-t-elle le ton face à un partenaire devenu trop «compliqué»? Ou décidera-t-elle de pérenniser son statut particulier? L’heure du choix approche.

L’Europe elle-même retient son souffle. Sa nouvelle architecture (traité de Lisbonne) la rendra-t-elle plus forte? Ou ne fera-t-elle que masquer un retour des nations divisées? Là, on sera assez tôt au clair. Les nouvelles têtes portées au sommet ne tarderont pas à révéler leur force ou leur faiblesse.

La guerre et la paix. Le discours d’Obama à Oslo ne concerne pas seulement les Etats-Unis et leurs alliés. L’onde de choc des conflits porte loin. Du côté de l’Afghanistan, les risques sautent aux yeux, les chances, elles, restent fumeuses. De même du côté de l’Irak qui restera un sanglant protectorat américain, un creuset de fanatismes religieux… et une réserve de pétrole prometteuse. En revanche, 2010 pourrait être l’année du désastre ou celle de l’espoir sur une autre zone névralgique: Israël, Palestine, Liban et Iran.

Chasser les habitants arabes de Jérusalem-Est, étouffer Gaza et morceler sans fin la Cisjordanie ne suffit pas aux durs du Gouvernement israélien. Leur tentation est connue: frapper l’Iran et peut-être, une fois encore, le Hezbollah au Liban. Obama aurait peine à l’empêcher. Si cela se produit, toute la région tremblera, et au-delà… A moins que ne décollent enfin les négociations avec Téhéran. Où la colère contre la dictature ne cesse de monter. Là encore, on s’approche de caps décisifs.

Comment? Terminer ce rapide panorama des risques et des chances sans parler de climat? Pardonnez cette impasse. Mais là, rien ne changera. Surtout pas les vacarmes médiatiques et les grands discours chargés d’arrière-pensées diverses. Des mesures anti-CO2 seront prises, avec plus ou moins de conviction, et c’est heureux. Mais quels que soient les efforts dont l’humanité se montrera capable, la planète se réchauffera, comme tant de fois dans le passé, et se refroidira tour à tour. Cela dit en simple rappel à la modestie humaine.

Beaucoup ne font plus confiance au système capitaliste mondialisé, sans voir nulle part un modèle qui pourrait prendre le relais.

Retrouvez cette chronique dans «L'air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d'informations complémentaires.




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