Le débat sur l’opportunité d’une adhésion à l’Union européenne (UE) n’agite pas que la presse romande. En Suisse alémanique également, les journaux multiplient interviews et articles sur ce thème.
Dans Le Temps, le fiscaliste Xavier Oberson lance une bombe: «La Suisse est arrivée au bout de la voie bilatérale.» Le Genevois – un des rares Romands à avoir l’oreille de Hans-Rudolf Merz à Berne – dénonce le manque de stratégie du Conseil fédéral dans ce dossier: «Il est absurde que la Suisse reprenne toutes les règles contraignantes d’un club sans en faire partie.» Sur les ondes de la Première, l’industriel Bernard Rüeger, membre du comité directeur d’economiesuisse, dénonce le statut de «nain politique» de la Suisse et le manque de stratégie à long terme du gouvernement.
Le Tages-Anzeiger publie une interview du professeur Peter von Matt, partisan de rouvrir une discussion: «La Suisse ressemble à un homme qui tâtonne dans un épais brouillard. En reprenant de nombreuses lois européennes, nous nous mettons toujours davantage sous tutelle.» La Basler Zeitung constate qu’avec sa propre voie, la Suisse risque de s’égarer, «car l’Europe n’a rien perdu de sa dynamique malgré la mise en route laborieuse du Traité de Lisbonne.»
Comme à son habitude, l’ambassadeur de l’UE en Suisse Michael Reiterer n’intervient pas dans ce débat et reste factuel. Dans la SonntagsZeitung, il s’étonne que la présidente de la Confédération Doris Leuthard songe à rediscuter de la clause de sauvegarde inclue dans l’accord sur la libre circulation des travailleurs. Il ajoute qu’il ne croit pas à un accord-cadre pouvant chapeauter les 120 accords bilatéraux.
Un premier diagnostic tombe: tous les signaux sont au rouge pour la voie bilatérale. Bruxelles le laisse poliment entendre, Berne commence à l’avouer. Mais le débat sur l’adhésion à l’Union ne sera vraiment relancé que lorsque l’économie sortira de son assourdissant mutisme. Elle ne le fera qu’après avoir constaté qu’elle perdra bientôt des milliards de francs chaque année en étant privée de l’accès au marché européen des services.
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