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Tous Noirs, tous différents

Mis en ligne le 25.09.2008 à 00:00

Qui sont les Blacks de Suisse? Combien sont-ils, d'où viennent-ils, où vivent-ils, quels métiers exercent-ils?

L'Hebdo; 2008-09-25

Tous Noirs, tous différents

Qui sont les Blacks de Suisse? Combien sont-ils, d'où viennent-ils, où vivent-ils, quels métiers exercent-ils?

01 Qu'est-ce qu'un Noir?

Un Camerounais né à Yaoundé et un Afro-Américain grandi à New York ontils quelque chose en commun? La couleur de la peau, serait-on tenté de dire. Certes, mais culturellement, tout les oppose. Alors que deux Brésiliens issus du même quartier de Rio peuvent partager les mêmes références, mais être d'apparence radicalement différente. La question de base: un Noir, c'est quoi? ne trouve donc pas de réponse simple. Du Sri-Lankais couleur charbon aux traits typiquement indiens en passant par l'aborigène d'Australie ou le métis amricain, tous peuvent se considérer, selon la définition européenne, comme des Noirs. La Commission fédérale contre le racisme a pour sa part une vision plus restrictive: les Noirs de Suisse, ce seraient les personnes «de descendance africaine, de couleur de peau sombre habitant en Suisse. La notion de descendance se réfère, comme dans l'expression américaine bien connue African heritage, à des personnes dont le passé culturel et l'origine sont liés à l'Afrique noire, soit parce qu'ils viennent d'un pays africain, soit parce qu'ils sont membres de la deuxième ou de la troisième génération de la diaspora noire.» Noir c'est Noir, mais une fois cette évidence posée, tout reste à dire...

02 Combien sont-ils en Suisse?

A vrai dire, très peu. On estime que 50 000 Noirs vivent ici, soit 3% de la population étrangère et moins de 1% de la population suisse. Selon Denise Efionayi-Mäder, directrice adjointe de Swiss forum for migration and population studies (SFM) de l'Université de Neuchâtel, «la population noire a quasiment doublé en dix ans». Cependant, dans la mesure où il est difficile de faire l'unanimité autour des critères qui définissent un Noir, les compter est une gageure. D'autant plus que, en Suisse comme en Europe et contrairement à la tradition américaine, les questionnaires ne posent jamais la question de l'appartenance raciale. «La statistique fédérale relève les nationalités, mais pas les ethnies», précise Jonas Montani, de l'Office fédéral des migrations.

On retient donc dans les statistiques helvétiques les ressortissants des pays africains - ce sont majoritairement des hommes jeunes, et ils seraient 47 000 aujourd'hui. Mais dans ce chiffre sont inclus 9000 Magrébins, qui dans leur majorité ne sont pas Noirs... Autre problème de taille, les Américains, les Brésiliens, les Haïtiens ou les Dominicains par exemple ne sont pas comptabilisés. Les naturalisés non plus. D'où cette estimation qui évalue leur présence à 50 000 individus. On sait par ailleurs que 15% des Africains sont nés en Suisse, que les deux tiers possèdent un permis B ou C, et que la moitié est mariée, les autres étant célibataires, divorcés ou veufs.

03 Pourquoi viennent-ils de plus en plus en Suisse?

Le rapport de la Commission fédérale contre le racisme est clair: «La plupart des Noirs partagent le même point de vue: la Suisse est une destination de rêve, car elle n'a participé à aucune guerre. Dans les pays africains, sa tradition humanitaire est célèbre.» Mais il précise que d'autres facteurs interviennent dans ce choix. Un témoignage les illustre: «Je suis parti pour des raisons économiques, et parce que dans mon pays ça ne va pas - c'est pareil dans les autres pays africains: il y a des arriérés de salaires, des problèmes de santé, c'est très difficile d'acheter des médicaments. Je n'avais pas d'avenir, et j'ai décidé de partir pour me débrouiller ailleurs.» Se débrouiller ailleurs, c'est d'abord trouver un travail et bien souvent envoyer de l'argent au pays pour faire vivre la famille. Un emploi tout de suite, oui, mais lequel? Les travailleurs noirs sont 40% à être employés comme ouvriers non qualifiés, contre... 2% dans la finance et 1% dans l'administration! Autre phénomène qui explique leur présence croissante: le regroupement familial - qu'il soit légal ou non. Lorsqu'un Africain est en Suisse, il fait figure de tête de pont pour les membres de sa famille qui finissent par le rejoindre, d'une manière ou d'une autre. Ce qui fait dire à l'un d'entre eux: «L'immigration africaine en Europe et en Suisse, c'est comme l'eau. Malgré toutes les lois et les barrages, elle trouve toujours son chemin.»

04 D'où viennent-ils ?

L'origine des ressortissants africains qui s'installent chez nous année après année est, comme leur nombre, très variable. Elle est fonction de nombreux facteurs, dont la situation politique et économique. «La présence africaine en Suisse devient remarquable entre les années 1980 et 1990, avec les demandeurs d'asile angolais, érythréens, éthiopiens, zaïrois. C'est la période où les ressortissants africains fuient les guerres civiles, les régimes dictatoriaux et la famine», écrit Théogène-Octave Gabuka, coordinateur du Réseau de formation et de recherche sur les migrations africaines. Depuis, il y a eu des afflux de Somalie, du Nigeria, du Togo ou de la Côte d'Ivoire. Ce qui explique que la population noire présente chez nous soit très hétéroclite, que ce soit en termes d'origine, d'ethnie, de langue ou de religion. «Les populations noires sont très différentes et il n'y a pas de panafricanisme», confirme Denise Efionayi-Mäder. Ce qui les unit, ici, c'est leur difficulté à trouver un travail ou un logement, et à s'intégrer. Ces dernières années, la présence très visible et très problématique de Noirs actifs dans les trafics de drogue a rendu plus délicate leur acceptation par la population. Le traitement de cette problématique et de la criminalité des Noirs par les médias est d'ailleurs perçue par une partie de la communauté comme raciste. Le livre d'Innocent Naki, Sois parfait ou retourne chez toi, traite de cette problématique, en prenant pour exemple notamment les émeutes de Bex et l'affiche du mouton noir de l’UDC.

05 Où sont-ils ?

De toute évidence, les Noirs préfèrent la Suisse romande, où ils se sentent mieux acceptés. La moitié des Africains résidant en Suisse vit ainsi entre Genève et Lausanne. Un choix également lié à la langue (la même proportion parle français) et à leur attirance pour la vie urbaine - ils sont très peu nombreux à s'installer à la campagne. Leurs points de ralliement se situent souvent près des gares: beaucoup n'ont pas les moyens d'avoir une voiture.

06 Comment s'intègrentils?

Les Noirs sont toujours victimes du délit de faciès. Ils soulignent l'empressement de certains policiers à les contrôler systématiquement, les difficultés administratives, les démarches vouées à l'échec pour trouver un logement. Dans une étude qualitative intitulée Les Noirs en Suisse, une vie entre intégration et discrimination, publiée il y a trois ans sous la responsabilité de la Commission fédérale contre le racisme, la question est abordée de front, notamment par le directeur, George Kreis: «Les propos recueillis dans le cadre de cette étude nous montrent clairement que la couleur de peau joue un rôle majeur dans tous les domaines de la vie quotidienne, une réalité dont nous, Blancs vivant dans un environnement à majorité blanche, avons trop peu conscience.»

Car, outre dans leurs rapports avec les autorités, les Noirs disent être confrontés à des situations ou des actes de discrimination raciale dans leur vie quotidienne, en étant par exemple soupçonnés de vol dans les magasins ou servis sans amabilité. Toujours selon ce même rapport, «les Suisses de couleur sont souvent considérés comme des étrangers et subissent les mêmes discriminations que les étrangers». L'intégration professionnelle est particulièrement difficile, parce les Africains peinent à obtenir des équivalences de diplômes. Un licencié en sciences politiques travaille donc comme vendeur, un dentiste a trouvé un emploi dans une station service, une femme d'affaires s'est reconvertie en femme de ménage...

D'autres témoignages font état de la fragilité des Noirs sur le marché du travail: «Ils sont employés à 10 francs de l'heure pour huit heures, puis c'est neuf heures, puis dix heures, puis onze heures, sans raison valable. Et ces gens ont peur de se plaindre, parce qu'ils ont besoin de ces 10 francs.»

Etre Noir en Suisse reste donc, de fait, difficile. Notamment à cause de l'amalgame qui est fait entre couleur de la peau et criminalité dans une partie de la population et certains médias. Les trajectoires d'un Thabo Sefolosha, d'un Carl-Alex Ridoré ou d'une Nancy Kabika pourraient donner à la communauté l'image publique positive qui lui manque.

COMBIEN? Les Noirs sont trois fois plus nombreux aujourd'hui qu'il y a vingt ans 1990 16 800 1997 26 300 2007 47 000 Sylvain Ouadja, le grand frère des banlieues genevoises

Au pays, Gbati Ouadja - Sylvain en Suisse - était gardien de l'équipe togolaise de football: «J'étais un sportif d'élite.» Alors, en 2000, quand il rejoint à Genève son frère qui joue pour Servette, il cherche un emploi qui lui permette d'utiliser ses aptitudes physiques. Il tombe sur Gilles-Serge Agboton, un Béninois qui a lancé une entreprise de sécurité. Sur les 80 salariés d'AS Sécurité, une soixantaine sont Noirs. «Cela facilite le contact avec les jeunes issus de l'immigration, explique le patron. Lorsque nous effectuons la surveillance de concerts de hip-hop, par exemple, nous avons rarement des problèmes.» Les employés de sécurité patrouillent également dans certains quartiers sensibles, comme Meyrin, sur demande de la Municipalité. Ils ont un rôle proche de celui du «grand frère». «Nous demandons aux jeunes de nous appeler s'il y a une rixe, explique Sylvain. Il s'agit de les empêcher de faire justice eux-mêmes. Nous ne faisons intervenir la police que si le problème ne peut pas être réglé à l'amiable.» Conseils pour s'intégrer ou trouver un emploi font aussi partie des tâches prises en charge par le Togolais de 34 ans. «Je sais de quoi je parle. Je suis passé par là.» Se mettre au même niveau que les jeunes, ne pas jouer les Rambo devant eux, autant de tactiques qui évitent de braquer une population perçue comme ingérable et qui a tendance à assimiler le policer blanc à un ennemi. Une méthode payante: AS Sécurité vient d'engager l'un de ces jeunes. Sylvain sera là pour l'épauler. JZ

SÉCURITÉ

Sylvain (à dr.) et son collègue Junior patrouillent dans les rues de Meyrin après 22 heures.

JEAN REVILLARD REZO

Beda Kouassi, un requérant au Grütli

Dans le bistrot de quartier qu'il s'est choisi comme QG, Beda Kouassi, 27 ans, connaît tous les habitués, des Suisses pour la plupart. «Yverdon, c'est chez moi», sourit-il. Pourtant, rien ne prédestinait ce Nigérien grandi en Côte d'Ivoire à s'installer dans ce petit bout de pays vaudois. Arrivé en Italie en 2002, après avoir franchi la Méditerranée en bateau, il ne savait pas où aller. «Je suis rentré dans un supermarché et j'ai adressé la parole au premier Noir que j'ai vu.» De fil en aiguille, les conseils de compatriotes l'amènent à déposer une demande d'asile au Centre d'enregistrement de Vallorbe, sous un faux nom. Débouté et en attente d'une hypothétique régularisation, il a fini par se créer des attaches. «Je me suis accroché aux gens, j'ai adhéré à des associations, je suis allé aux fêtes.» Le 1er Août 2007, par exemple, il s'est rendu sur la prairie du Grütli avec le Groupe Suisses-Etrangers. Mais il souffre de ne pas pouvoir travailler. «Ce n'est pas un choix d'être assisté. Avant que la loi ne change en 2005, j'ai exercé plusieurs emplois: nettoyeur, ouvrier d'usine. Je payais mon assurance maladie, mes impôts. J'étais autonome. Aujourd'hui, je ne touche plus que l'aide d'urgence.» Avant de partir, il hésite un instant, puis note son vrai nom: Noma Halidou. Cela fait six ans qu'il ne l'a pas utilisé. JZ

DÉBOUTÉ

Le Nigérien aimerait pouvoir gagner sa vie.

DR

Mouhamed Basse ne rase pas les murs

Mouhamed Basse, 47 ans, vit à Serrières (NE). C'est un homme engagé. Il a participé au dernier numéro de la revue InterDialogos consacré aux Africains. Venu en Suisse il y a une vingtaine d'années pour étudier, il s'est marié avec une Jurassienne - ils ont deux enfants. Actif dans diverses associations, professeur de physique à Bienne, entraîneur de football, passionné de Neuchâtel Xamax, c'est un homme bien intégré, qui se considère comme Neuchâtelois. Mais il ne cache pas que le quotidien n'est pas toujours facile «quand on s'appelle Mouhamed, qu'on est Noir et musulman». Il aime à raconter que, lorsqu'il était au Sénégal, toute la classe était noire, sauf le prof. Aujourd'hui, à Bienne, c'est le contraire: la classe est blanche et le professeur est Noir. Son engagement lui a valu de dire le discours du 1er Mars 2006 pour l'anniversaire du canton de Neuchâtel, un grand moment. Il constate cependant: « Quand on prend position, on s'expose davantage. Mais je n'ai pas envie de raser les murs. Les Noirs doivent être plus visibles. Neuchâtel compte aujourd'hui dix conducteurs de bus noirs. Il y a quelques années, il n'y en avait aucun.» Positif par nature, il pense que la présence des gens de couleur en Suisse constitue, pour l'avenir, un «enrichissement culturel qui n'est pas mesurable aujourd'hui». EF

ENGAGÉ

Le prof de physique est aussi entraîneur de foot.

DR

NANCY KABIKA

Candidate genevoise à Miss Suisse

Depuis des semaines. elle est partout. A croire qu'elle est déjà Miss Suisse... Nancy Kabika, 24 ans, Congolaise d'origine et candidate pour le titre, a déjà compris qu'elle fera la une de tous les journaux si le jury et le public lui donnent la couronne. A cause de ce challenge, elle a subi, par l'intermédiaire de la presse alémanique, les attaques d'une autre candidate, Katja Diethelm. Ce que sa concurrente lui reproche? Elle n'aurait pas le niveau intellectuel et les connaissances requis pour la fonction... C'est sans importance, répond-elle:«Ceux qui me connaissent savent qu'on peut parler de tout avec moi.» En tout cas, vraie ou fausse polémique, Nancy est d'une grande douceur et a le cÅ“ur sur la main - ce qui se sent lorsqu'on la lui sert. Le fait d'être Noire dans cette compétition est un challenge:

«C'est plutôt positif d'être la seule Black. Dans ma vie, je n'ai pas rencontré de difficultés liées à la couleur de ma peau.»

La jeune femme a quitté le Congo à l'âge de 4 ans. Aujourd'hui, elle est très intéressée par la mode, tout en faisant des études pour s'occuper de la petite enfance. A ceux qui demandent pourquoi il faudrait l'élire, elle répond:«Parce que j'ai la couleur de peau du chocolat suisse, un esprit ouvert et que je défends notre pays dans toute sa diversité culturelle. Les mentalités sont en train de changer, la Suisse est mûre pour élire une Miss noire. Il suffit de regarder les gens dans la rue pour voir à quel point le pays est déjà très métissé.» Elle compte ainsi sur le vote du public de couleur pour faire pencher la balance. Mais, même si elle devait échouer ce samedi 27septembre à Lugano, elle est déjà devenue une personnalité connue dans tout le pays. EF

NICOLAS RIGHETTI REZO

QUEL TRAVAIL? Leurs principaux secteurs d'activité Industrie 17% Hôtellerie 14% Entretien d'immeubles et autres services 13% Commerce 12% QUELLE ORIGINE? Les pays d'origine des Noirs établis en Suisse Congo 14% Somalie 12% Angola 11% Cameroun 9% Ethiopie 6% Nigeria 5% Cap-Vert 4% Marcellin Moukam-Kameni, le missionnaire de Grimisuat

Depuis bientôt dix ans, Marcellin Moukam-Kameni est le curé de Grimisuat (VS). C'est un personnage haut en couleur qui fait quasiment l'unanimité dans cette petite commune voisine de Sion. Il se considère en quelque sorte comme un «missionnaire», une sorte de retour d'ascenseur de l'histoire: «J'ai pu réaliser un rêve en venant ici et m'occuper d'une paroisse. J'ai le sentiment de travailler dans une chambre de l'Eglise universelle.» Au début, les gens ont montré beaucoup d'engouement autour de sa personne. La curiosité est restée: «Il y a toujours des regards qui vous font sentir que vous êtes là sans être de là.» Il faut ajouter que Marcellin Moukam-Kameni a un bagage académique important. Avant de venir en Suisse, il a étudié à Strasbourg l'anthropologie, la théologie et la psychanalyse. Il a beaucoup d'amis dans la commune, qui ne compte que quatre Noirs. Mais, le dimanche, ils viennent de partout, même de l'extérieur du canton, pour assister à sa messe. «J'aime bien ce pays, il y a des familles comme chez nous, où l'on s'occupe des aînés. Les Valaisans sont des montagnards et je dis parfois, pour les titiller un peu, que la montagne les empêche de voir plus loin.» Deux de ses sÅ“urs sont également en Suisse, mariées à Zurich et au Tessin. Mais, à 49 ans, il songe quand même à retourner un jour au Cameroun: «Quand je réfléchis au reste de ma vie, je souhaiterais rentrer mourir dans mon pays.» EF

ÉGLISE

Curé de Grimisuat depuis dix ans, le Camerounais souhaite rentrer un jour, pour mourir dans son pays.

SEDRIK NEMETH

Maman Nelly, vendeuse de pagnes et de mèches à Lausanne

Dans la communauté, on l'appelle Maman Nelly. En Suisse depuis 1981 - «pour suivre mon mari» - cette Angolaise née en République démocratique du Congo tient le magasin La N'Djiloise, dans le quartier lausannois de Vinet. Cosmétiques pour peaux noires, mèches, pagnes, bijoux et salon de coiffure, la petite échoppe, nommée d'après l'aéroport de Kinshasa, est un concentré d'Afrique. «La seule chose que nous ne vendons pas, ce sont les produits à base d'hydroquinone (une substance pour blanchir la peau, ndlr), interdits en Suisse.» La boutique est gérée par une association socioculturelle. «Nous ne faisons pas de profit. Le magasin sert à faire connaître et diffuser notre culture.» Il attire une petite clientèle blanche, mais sert surtout de point de ralliement aux Africains de Lausanne. A côté, on trouve d'ailleurs un restaurant éthiopien. En face, un bistrot sénégalais. Cette mère de quatre enfants est également très active au sein de l'Eglise apostolique. «On s'y retrouve entre Africains. Le pays d'origine n'a aucune importance.» Baptêmes, mariages et communions sont autant d'occasions de regrouper la communauté. Si Maman Nelly déplore le côté «un peu renfermé» des Suisses, elle s'en accommode avec bonhomie: «Je comprends leur retenue. On ne peut pas toujours connaître le cÅ“ur des gens.» Sa fille Gloria, 14 ans, se sent, elle, «davantage Suisse que Congolaise». Sans pour autant renier ses racines. «Je suis allée une fois à Kinshasa, j'ai aimé apprendre à connaître ma culture.» A la maison, en tout cas, on parle le lingala. JZ

ÉCHOPPE

L'Angolaise propose une large palette de produits africains. Les immigrés y font leurs courses. Les Suisses y font des découvertes.

PIERRE-ANTOINE GRISONI STRATES

SERGEI ASCHWANDEN

Judoka, médaillé de bronze aux Jeux de Pékin

«Je me suis toujours senti bien en Suisse où j'ai tout fait, de l'école jusqu' au sport de haut niveau. Je suis né à Berne d'une mère kényane et d'un père uranais. Je n'ai jamais eu de problèmes particuliers pour trouver un emploi à cause de la couleur de ma peau, car mon travail c'est le judo. Cela dit, avec mes origines, j'espère que j'amène quelque chose aux autres. La couleur de la peau est finalement secondaire, ce qui compte, c'est la personnalité. Mais le métissage .devient de plus en plus fréquent et c'est une richesse pour la Suisse, bien que je ne me sente pas spécialement concerné par cette problématique qui, pour moi, est secondaire. Je travaille et vis entre Macolin et Lausanne. Quant au métissage, pour l'instant, je ne suis pas marié, parce que je n'ai tout simplement pas assez d'argent pour le faire...» EF

PETER KLAUNZER KEYSTONE

RICARDO LUMENGO

Conseiller national socialiste bernois

«Je remarque que les Africains sont fiers d'avoir quelqu'un de la même origine qu'eux dans une fonction politique. Ils se reconnaissent en moi. Je me sens porté par cette communauté qui reste ma référence première et que je fréquente lors de fêtes, de mariages ou d'enterrements. Cela influence mes convictions politiques: je trouve par exemple indispensable de lutter contre le racisme. J'en ai moimême souffert lors de ma campagne électorale: on m'a lancé des bananes pendant un discours, le parti de la liberté m'a dénigré sur son site internet et j'ai été agressé physiquement avec une barre en bois. De nombreuses personnes vivent ce genre d'attaques au quotidien et dans l'anonymat. Moi, je peux au moins en parler publiquement. La présence africaine en Suisse est récente, contrairement à la France où elle date de l'époque coloniale. Il faut du temps pour que la population s'y habitue, que la tolérance et l'acceptation se développent.» EF

PETER GERBER RDB/BLICK

À LIRE

Les Noirs en Suisse. Une vie entre intégration et discrimination. Etude de la Commission fédérale contre le racisme. Berne, 2004, 90 p.

Les Africains en Suisse. Entre intégration, participation et racisme. InterDialogos, Neuchâtel, 2007-2008, 40 p.

Trajectoires d'asile africaines. Swiss Forum for Migration and Population Studies, Neuchâtel, 2005, 130 p.

QUEL CANTON? La répartition des Noirs en Suisse; ils sont principalement établis en Romandie: 1. Genève 26,3% 2. Vaud 20,3% 3. Zurich 14% 4. Berne 9,6% 5. Fribourg 4,8% 6. Neuchâtel 4,7% 7. Valais 3,1%




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