Chirurgie esthétique
Toxine botulique: Gare aux abus!

Par William Türler - Mis en ligne le 30.07.2012 à 11:25

La substance antiride reste privilégiée par la clientèle des cliniques romandes. Son risque principal: l’excès.

Difficile de ne pas avoir en tête certains abus lorsqu’on pense à la toxine botulique, notamment le fameux effet «front figé» de quelques actrices américaines. Un effet généralement lié à un problème de dosage. «Afin d’éviter ce genre de difficultés, il faut définir la quantité juste, souligne Alyona Gaillard de Laclinic. L’objectif est d’affaiblir le tonus des muscles pour effacer des rides, tout en ne paralysant pas complètement les muscles et que le visage garde une certaine expression naturelle. Le facteur le plus important est donc le professionnalisme du médecin qui effectue les injections.»

On le sait peu, mais au-delà de l’effacement des rides, la toxine botulique peut être utilisée dans toutes sortes d’indications, parfois esthétiques, parfois médicales (le Botox est le nom du produit commercialisé par le laboratoire Allergan). On peut citer le traitement de la migraine, la transpiration excessive des aisselles et des mains, les spasmes des cordes vocales chez les personnes stressées ou victimes de tumeurs de la gorge, le strabisme et les spasmes musculaires chez les nouveau-nés à la suite d’un manque d’oxygène à la naissance.

Respect de l’anatomie. «Ce médicament n’est ni plus ni moins dangereux que n’importe quel autre, note le chirurgien lausannois Sabri Derder. Les dosages et les indications doivent simplement être respectés, de même qu’une technique basée sur le respect de l’anatomie et de l’harmonie faciales, lorsqu’on parle d’esthétique du visage.» Les effets d’une injection s’estompent après cinq à six mois et le traitement peut être répété à raison de deux fois par an.

«La qualité de la toxine est très importante si l’on ne veut pas risquer des complications ou des problèmes ultérieurs, poursuit Alyona Gaillard. Actuellement, il y a deux fournisseurs en Suisse autorisés par Swissmedic pour les indications esthétiques. Dès lors, si votre médecin achète son produit en Chine, il convient de se méfier…» Selon elle, la consommation importante en Suisse romande est indissociable des flux importants de personnes étrangères et du haut niveau de vie.

L’écrasante majorité de la clientèle est féminine. Le groupe Matignon enregistre cependant une croissance de la proportion d’hommes (actuellement 10%), dont les demandes concernent principalement la zone entre les sourcils ainsi que la transpiration des aisselles. Quant à la clientèle étrangère du groupe, elle s’élève à 10% dans les cliniques de Lausanne et de Vevey.

Pour le docteur genevois Pierre Quinodoz, les principales améliorations depuis quelques années en matière de toxine botulique proviennent du type de seringues avec des aiguilles de meilleure pénétration, plus fines et parfois siliconées, ainsi que de l’utilisation de canules mousse évitant les saignements. «Il s’agit d’un acte médical car des dangers sont réels avec des contre-indications absolues telles que les maladies de la transmission neuromusculaire, l’hypersensibilité connue à l’un des composants, comme l’albumine, l’inflammation ou l’infection du site d’injection, ainsi que la grossesse et l’allaitement. Il n’existe pas d’étude contrôlée chez la femme enceinte.» D’autres contre-indications concernent les interactions médicamenteuses, notamment les médicaments anticoagulants.

Risques faibles. En matière esthétique, la toxine botulique permet d’atténuer les rides de la mimique, principalement du front, de la glabelle (surface située entre les deux arcades sourcilières) et des pattes-d’oie. Le médecin esthétique Philippe Sillard rappelle qu’il existe deux sortes de rides. Celles de contraction situées dans le haut du visage, typiquement liées au soleil ou au travail sur ordinateur: «Les muscles se contractent et se décontractent, jusqu’au moment où ils ne se décontractent plus, comme des petites crampes. La toxine botulique agit en empêchant l’hypercontraction de ces muscles.» Les rides d’affaissement, qui concernent plutôt le bas du visage, sont le plus souvent comblées en injectant de l’acide hyaluronique, constituant naturel de la peau qui diminue avec l’âge.

Le spécialiste ajoute que le risque lié à la toxine botulique reste très faible aux doses utilisées en médecine esthétique (des doses beaucoup plus importantes sont utilisées en médecine, neurologie ou en ophtalmologie). «En ce qui concerne ma pratique, elle évolue dans le sens d’un rajeunissement des patientes», ajoute Philippe Sillard. Il n’est plus rare de voir des jeunes femmes de 25 ans demander ce type de traitement. Mais pour lui, l’âge n’est pas un critère en soi: «Soit il y a une bonne indication à la toxine botulique, soit non, quel que soit l’âge, avec un rôle intéressant de prévention de l’apparition des rides. Il faut savoir dire non, car certaines patientes en veulent toujours plus, mais cela reste marginal.»

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