SPECTACLE
Trois Fersen chez Ramuz
Le chanteur incarne à lui seul tous les personnages de «L’histoire du soldat» de Ramuz et Stravinski.
Il ne connaissait pas L’histoire du soldat ni la musique de Stravinski. Mais l’excellent Thomas Fersen, dandy imbibé de spleen et d’humour mélancolique, était déjà un amoureux de la langue de Ramuz (lecteur de Derborence et d’Aline). Conquis par «ce conte naïf et rustre», il a accepté la proposition du metteur en scène et compositeur Roland Auzet et devient comédien pour la première fois. L’histoire est simple: le soldat échange son violon (ici remplacé par une arme de poing) contre un livre magique offert par le Diable en personne. Un livre qui permet de connaître les cours boursiers à l’avance et de dominer le monde. Sur scène, Thomas Fersen est seul; mais il est plusieurs. Il incarne tour à tour le soldat, le Diable et le lecteur (qui tient un peu le rôle du chœur des tragédies grecques). Il brouille les cartes, efface les seuils: le texte de Ramuz devient une marqueterie unifiée où l’on glisse, perdant nos repères. On ne sait plus qui parle, ni à qui. Un trouble que l’artiste juge «délicieux». Parce que, dans la vie, rien n’est jamais tranché. Parce que nous sommes à la fois le diable tentateur et l’homme avide de posséder. «J’aime l’idée que l’abîme s’ouvre sous les pieds des spectateurs. Le langage est diabolique!» Celui qui connaît L’histoire du soldat goûtera ce glissement vers l’abstraction; les autres risquent de se perdre quelque part «entre Denges et Denezy».
Trader moderne. Fersen l’évanescent est avant tout présent par sa voix grave et sèche, magnifique. Il joue sans effet, comme un acteur de cinéma, le gangster mélancolique d’un film noir. Côté mise en scène, la nappe discrète de musique électronique et les projections vidéo (lignes graphiques et chiffres) semblent plus accessoires. Roland Auzet les multiplie pendant le long passage musical de la fin, comme s’il avait peur que le public s’ennuie (pas question pour Stravinski de raccourcir sa partition: elle était achevée alors que Ramuz ne cessait, lui, de reprendre son texte, d’où le déséquilibre). Malgré cette baisse de tension, L’histoire du soldat, créée le 28 septembre 1918 à Lausanne, paraît d’une actualité fulgurante. Notre soldat est un trader moderne. Sa solitude, au milieu de tant d’abondance, est l’aveu cinglant d’un homme devenu un mort parmi les vivants. «Ce n’est pas la nourriture qui compte; c’est l’appétit; alors, je n’ai rien, ils ont tout; je n’ai plus rien, ils m’ont tout pris.» On y lit aussi l’amertume de Ramuz, qui ne sera jamais aussi créatif que lorsqu’il fréquente Stravinski. Il enviait sa célébrité et resta, à son départ, «comme un amoureux délaissé» (dixit Alain Rochat, spécialiste de la correspondance des deux hommes). Stravinski lui apportait la reconnaissance des milieux d’avant-garde. La tentation un peu diabolique de la célébrité et de la gloire.
«L’histoire du soldat». Mise en scène de Roland Auzet. Avec Thomas Fersen. Direction musicale Geoffroy Jourdain. Avec l’Ensemble instrumental de la Haute Ecole de musique de Lausanne. Théâtre de Vidy. Du 14 au 23 février.
Tags: Thomas Fersen, L’histoire du soldat, Ramuz,
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Samedi 15 octobre 2011 au Samedi 5 mai 2012
Hiver de Danses
«HIVER de DANSES» est un concept élargi pour la promotion de la danse contemporaine, dans la ligne et l’esprit du festival «neuchâtel scène ouverte» (2003-2010). Les détails des 10 week-ends figurent dans Temps libre sous la rubrique «Danse»
En Ville, Neuchâtel
Rens./Loc.: 032/730 46 65
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Mercredi 28 décembre 2011 au Dimanche 15 janvier 2012
On Mouille! - La Croisière de l’Helvetia
L’Helvetia, fleuron de la flotte suisse, avec ses cabines de
luxure, ses hublots avec vue sur la politique cantonale et fédérale, son pont V.I.P, son grand cabaret, son terrain synthétique de foot ou encore ses boutiques avec défilé de mode...
Salle de la Fontenelle, Cernier
Rens./Loc.: Banque Raiffeisen de Cernier au 032 858 24 33
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