Grâce et disgrâce
Trop clientéliste ou pas assez
Le Parti socialiste a présenté la semaine dernière son projet de nouveau programme, un effort de clarification et de transparence, stimulant et imparfait, qui sera finalisé l’automne prochain. Parmi les critiques figure un drôle de blâme: le PS courrait après deux électorats, celui des classes moyennes et celui des classes populaires, une faute qui expliquerait ses revers. Son salut électoral passerait par un choix, l’abandon d’une de ses ailes. Autrement dit, le PS ne serait pas assez clientéliste. Notez que ce clientélisme servile et univoque est exactement ce que l’on critique, ces temps-ci, chez les libéraux-radicaux. Trop inféodés aux intérêts de la place financière, dit-on.
Ce n’est pas un hasard si on reproche tout et son contraire aux deux grandes formations qui, avec le PDC, ont forgé la Suisse actuelle. Notez que l’accusation du grand écart impossible colle au PDC depuis plus longtemps encore. Pour certains, l’alpha et l’oméga de l’analyse politique suisse consiste désormais à se caler sur le comportement de l’UDC. Le présupposé de base est que les blochériens feraient tout juste, puisqu’ils gagnent les élections, et que les autres font tout faux et ne savent pas s’y prendre. Dans ce frichti sommaire du prêt-à-penser, on oublie que l’UDC est singulièrement perdante dans nombre de votations où les autres reçoivent quittance par le souverain de leur prise de position. De même, la cohérence des valeurs et l’honnêteté intellectuelle ne sont plus des paradigmes de référence. Les électeurs sont réduits à des parts de marché. On confond grossièrement le rôle des lobbies et celui des partis.
On perd de vue que toutes les grandes formations à vocation gouvernementale sur le long terme sont généralistes, et vivent de différents courants. Leur dynamisme tient à la synthèse interne, c’est-à-dire à la discussion libre et démocratique des positions. Mais dans un paysage politique de plus en plus fragmenté, pipolisé et médiatisé à outrance, le traditionnel exercice de synthèse interne passe désormais pour une coupable et inutile concession au camp d’à côté. Le simplisme est devenu un impératif.
Faut-il le rappeler? Le clientélisme est le fait de chercher à élargir son influence par des procédés démagogiques d’attribution de privilèges. Veut-on vraiment que le PS, le PLR et le PDC perdent leurs âmes? Qu’ils deviennent aussi stériles dans leurs réflexions que l’UDC incapable de penser l’avenir de la Suisse dans son contexte réel? Pourquoi a-t-on oublié que les partis à pensée unique sont la fin de la démocratie?
L’HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE N’EST PLUS UNE RÉFÉRENCE.
| Dossier 'Partis politiques' | | |
Tags: Chantal Tauxe, grâce et disgrâce, parti socialiste,
|