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Outre Clooney, votre compatriote Josef Ackermann est donc aussi un entrepreneur?
Oui, il est entrepreneur, mais c’est aussi un excellent banquier. Il n’y a aucun financier qui soit seulement entrepreneur. Un entrepreneur est un artiste. Regardez autour de vous, dans cette pièce, on est dans le studio d’un artiste et pas à l’étage du chef. Le banquier, même s’il est aussi entrepreneur, réfléchit à la question suivante: comment puis-je, avec l’argent que j’ai à disposition, produire encore plus d’argent? L’entrepreneur cherche à créer quelque chose de nouveau, de nouvelles places de travail, il veut imaginer de nouveaux produits, de nouveaux développements pour tous, à plus long terme. Dans ce sens, Joe Ackermann est avec nous un entrepreneur. C’est un banquier entrepreneur.
La finance s’est décrochée de l’économie réelle. Voyez-vous une chance de changer cela?
En ne laissant plus les Bourses sous le seul contrôle et la seule influence des banquiers, mais aussi sous le contrôle des entrepreneurs et en leur laissant insuffler la mentalité entrepreneuriale. Un jour, un directeur de hedge funds américain m’a appelé et m’a dit: «Monsieur Hayek, réjouissezvous, nous allons acheter des actions de Swatch Group pour 300 millions de dollars.» Mais j’aurais dû lui garantir au préalable que, une année plus tard, la valeur de l’action aurait doublé. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de l’un de mes vieux amis qui se permettait de me faire une blague du 1er avril. Alors, je lui ai dit que ce ne serait pas le cas. Il me répondit: «Vous êtes fou? Ne soyez donc pas si naïf.» Il avait tellement d’amis à la Bourse qu’on pourrait répandre quelques rumeurs. «Vous m’aidez et vous recevrez beaucoup d’argent.» Je lui ai répondu d’aller au Diable, qu’il devrait avoir honte de me faire une proposition pareille. Et il m’a répondu: «You fucking fool!» A l’heure qu’il est, cet homme a dû faire faillite.
Les banques suisses sont partie prenante dans la finance mondiale. Votre réputation n’est plus ce qu’elle était…
Dans le passé, les banquiers ont fait beaucoup pour la croissance de la Suisse – chemins de fer, tunnel du Gothard, infrastructures, industrialisation – ils nous ont apporté, à nous tous, de grands avantages et des développements positifs. Mais, dans la deuxième moitié du siècle passé, une grande partie de la finance suisse s’est malheureusement calquée de plus en plus, et sans aucun esprit critique, sur l’exemple des Bourses et des marchés financiers anglosaxons. La nouvelle mentalité financière anglo-saxonne n’a pourtant qu’un seul objectif – l’argent, l’argent, l’argent et encore l’argent, aussi vite et autant que possible, à n’importe quel prix. Ce comportement est hautement nuisible pour l’industrie.
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