La folle énergie que déploie economiesuisse pour combattre l’initiative fiscale du Parti socialiste étonne. Tant qu’à délier sa bourse, le lobby aurait mieux fait de s’intéresser à la votation sur l’expulsion des étrangers et à ses conséquences sur nos relations avec l’Union européenne.
En admettant que les sondages annonçant un oui aient raison, la probabilité que le texte recueille également la majorité des cantons paraît aussi infime que l’effet marginal attendu sur la fortune des contribuables concernés.
UNE MINORITÉ DE RICHES CONTRIBUABLES ESTIME QU’ON LES TAXE TROP.
Après le refus, ce printemps, de l’abaissement du taux de conversion minimal de la prévoyance professionnelle (72% de non), economiesuisse semble redouter un nouveau mouvement d’humeur des citoyens. En cas de surprise, MM. Bührer et Gentinetta ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. L’orchestration de menaces de délocalisation par certains patrons le week-end dernier a beaucoup agacé en Suisse alémanique.
L’initiative «Pour des impôts équitables. Stop aux abus de la concurrence fiscale» est une réaction à l’introduction par Obwald de taux d’impôts dégressifs pour les gros contribuables, que le Tribunal fédéral a entre-temps jugé inconstitutionnels.
Elle vise également à combattre le tourisme fiscal pratiqué par une petite minorité de riches contribuables, qui estiment, non sans arrogance, qu’on les taxe trop à Zurich ou à Bâle. Mais ne pas vouloir payer des impôts cantonaux et communaux dont les autres profiteraient, n’est ce pas la négation de la vie en société?
La campagne a peu porté sur cet aspect. Personne n’aime payer des impôts. Trop d’impôts tue l’impôt, dit-on. Non sans raison: la Suisse n’a-t-elle pas bâti une bonne part de sa prospérité sur les propensions confiscatoires des percepteurs français, allemands, italiens…?
La ritournelle va de pair avec une autre, scandée depuis deux décennies: le moins d’Etat. Ces deux mantras dominant le débat politique, il est peut-être opportun de renverser la question: si trop d’impôts tue l’impôt, quelles sont les conséquences du «pas assez d’impôts»?
Deux exemples. Le manque de rentrées fiscales obère le développement des réseaux de transports publics - les réfugiés fiscaux n’en ont cure, ils se déplacent peu en train ou en bus. Le manque de rentrées fiscales favorise un système de santé à deux vitesses - les réfugiés fiscaux n’en ont cure, ils ont accès rapidement aux meilleurs médecins.
Le manque d’impôts ruine une société. La plupart des Suisses éprouvent le sentiment que les inégalités se creusent, et pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Impressions subjectives, contestables, mais que la campagne menée pour le maintien des privilèges de quelques égoïstes n’aura de loin pas contribué à dissiper.
| Dossier 'Partis politiques' | | |
Tags: Impôts, contibuables, initiative Parti Socialiste,
|