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Troubled Water (En eaux troubles)
Réalisateur : Erik Poppe
Acteurs : Pal Sverre Valheim Hagen, Trine Dyrholm, Ellen Dorrit Petersen
Sortie: 28.4.2010
Distributeur : LOOK NOW!

Film suédois lumineux, «Troubled Water» s’interroge sur la culpabilité et la rédemption à travers la figure d’un tueur d’enfant doublé d’un musicien virtuose.

Deux adolescents font une grosse connerie. Ils volent une poussette laissée sans surveillance sur une terrasse de restaurant. L’enfant s’échappe, tombe, se blesse à la tête, finit noyé dans la rivière qui coule à côté. Les coupables sont condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement.

Huit ans plus tard, Thomas, organiste virtuose, bénéficie d’une remise de peine. Il devient titulaire du poste d’organiste dans une petite église d’Oslo. Anna, pasteure extrêmement sexy, tombe amoureuse de ce jeune homme triste. Il va vivre avec elle et son jeune fils, Jens. La rédemption est possible. Comme dit le diacre, «il faut croire aux miracles; il y a trois jours, nous n’avions pas d’organiste. Aujourd’hui, nous en avons un et sa musique est si belle qu’une femme pleure devant l’église en l’écoutant.» Craignant que le soir ne tombe durement au moment où la lumière revient, Thomas dissimule son passé à sa compagne.

Au milieu du film, le cinéaste opère un renversement de perspective et reconstruit la chronologie en adoptant le point de vue d’Agnès, la mère de l’enfant noyé. C’était elle la femme qui pleurait devant l’église quand Thomas jouait à l’orgue une version sublime de Like a Bridge over Troubled Water (Simon & Garfunkel). Quand les ténèbres tombent et que la douleur est tout autour, Agnès a reconnu l’homme qui fit son malheur. Elle ne lui a jamais pardonné. Elle n’a jamais cru à l’innocence qu’il proclamait au tribunal. Elle veut savoir ce qui s’est passé près de la rivière. Elle épie Thomas, ne supporte pas qu’il ait le droit de jouer de si belles musiques, dénonce l’«assassin d’enfant» au diacre qui rappelle: «Ici, c’est une église. Si l’on n’y trouve pas le pardon, où le trouvera-t-on?» Mais Agnès exige davantage que des excuses ou des justifications: des aveux. Elle perd pied, frôle la folie, se retrouve luttant contre les eaux turbulentes du désespoir. Douloureusement, Thomas vient à résipiscence. Son repentir lui vaut un geste de tendresse de la part d’Agnès, mais n’empêche pas le soir de tomber sur lui.

Erik Poppe voulait «tourner un film sur la rédemption et le pardon». Lui-même a perdu un être cher dans un accident provoqué par un conducteur ivre et se demande ce qu’il ressentirait face au coupable.

Le chemin du mal.

Baignant dans la lumière limpide de l’été scandinave, celle des Fraises sauvages, hanté par l’esprit de Bergman, porté par des acteurs d’une justesse et d’une densité bouleversantes, Troubled Water s’affirme comme un film résolument adulte et immensément grave. Il mène une réflexion sur la culpabilité et le pardon – dût-il passer par l’expiation, selon le dogme protestant, ou la vérité, indispensable à l’apaisement des victimes et des coupables. Il s’interroge sur la nature théologique du mal – «Dieu a un chemin pour toute chose, pour le mal aussi». Il préfère «suivre le difficile chemin menant au pardon plutôt que les turpitudes d’un désespoir pourtant si proche» (La Croix). Il proclame enfin la supériorité du cinéma nordique.



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 Troubled Water: Dans les eaux troubles de la faute et du pardon
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