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Film suédois lumineux, «Troubled Water» s’interroge sur la
culpabilité et la rédemption à travers la figure d’un tueur d’enfant
doublé d’un musicien virtuose.Deux adolescents font une grosse
connerie. Ils volent une poussette laissée sans surveillance sur une
terrasse de restaurant. L’enfant s’échappe, tombe, se blesse à la tête,
finit noyé dans la rivière qui coule à côté. Les coupables sont
condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Huit ans plus
tard, Thomas, organiste virtuose, bénéficie d’une remise de peine. Il
devient titulaire du poste d’organiste dans une petite église d’Oslo.
Anna, pasteure extrêmement sexy, tombe amoureuse de ce jeune homme
triste. Il va vivre avec elle et son jeune fils, Jens. La rédemption
est possible. Comme dit le diacre, «il faut croire aux miracles; il y a
trois jours, nous n’avions pas d’organiste. Aujourd’hui, nous en avons
un et sa musique est si belle qu’une femme pleure devant l’église en
l’écoutant.» Craignant que le soir ne tombe durement au moment où la
lumière revient, Thomas dissimule son passé à sa compagne. Au
milieu du film, le cinéaste opère un renversement de perspective et
reconstruit la chronologie en adoptant le point de vue d’Agnès, la mère
de l’enfant noyé. C’était elle la femme qui pleurait devant l’église
quand Thomas jouait à l’orgue une version sublime de Like a Bridge over
Troubled Water (Simon & Garfunkel). Quand les ténèbres tombent et
que la douleur est tout autour, Agnès a reconnu l’homme qui fit son
malheur. Elle ne lui a jamais pardonné. Elle n’a jamais cru à
l’innocence qu’il proclamait au tribunal. Elle veut savoir ce qui s’est
passé près de la rivière. Elle épie Thomas, ne supporte pas qu’il ait
le droit de jouer de si belles musiques, dénonce l’«assassin d’enfant»
au diacre qui rappelle: «Ici, c’est une église. Si l’on n’y trouve pas
le pardon, où le trouvera-t-on?» Mais Agnès exige davantage que des
excuses ou des justifications: des aveux. Elle perd pied, frôle la
folie, se retrouve luttant contre les eaux turbulentes du désespoir.
Douloureusement, Thomas vient à résipiscence. Son repentir lui vaut un
geste de tendresse de la part d’Agnès, mais n’empêche pas le soir de
tomber sur lui. Erik Poppe voulait «tourner un film sur la
rédemption et le pardon». Lui-même a perdu un être cher dans un
accident provoqué par un conducteur ivre et se demande ce qu’il
ressentirait face au coupable. Le chemin du mal. Baignant
dans la lumière limpide de l’été scandinave, celle des Fraises
sauvages, hanté par l’esprit de Bergman, porté par des acteurs d’une
justesse et d’une densité bouleversantes, Troubled Water s’affirme
comme un film résolument adulte et immensément grave. Il mène une
réflexion sur la culpabilité et le pardon – dût-il passer par
l’expiation, selon le dogme protestant, ou la vérité, indispensable à
l’apaisement des victimes et des coupables. Il s’interroge sur la
nature théologique du mal – «Dieu a un chemin pour toute chose, pour le
mal aussi». Il préfère «suivre le difficile chemin menant au pardon
plutôt que les turpitudes d’un désespoir pourtant si proche» (La
Croix). Il proclame enfin la supériorité du cinéma nordique.
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