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Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 16.11.2011 à 12:05 |
Un T-shirt et un smartphone. Rien de plus commun en apparence que ces objets. Ils pourraient pourtant permettre bientôt de détecter les changements d’humeur de patients affectés de troubles bipolaires et d’améliorer ainsi leur traitement. Une première en la matière. Vêtement et téléphone mobile constituent en effet les deux éléments clés d’un dispositif innovant élaboré dans le cadre du programme européen Psyché. Avec, côté helvétique, la participation du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel, pour les aspects technologiques, et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) pour les questions médicales. Les troubles bipolaires, qui se caractérisent par une alternance de phases de dépression et de grande excitation, sont «difficiles à traiter et s’accompagnent de nombreuses rechutes», souligne Markus Kosel, psychiatre et psychothérapeute aux HUG. Lorsqu’elles traversent un épisode dépressif, les personnes concernées n’ont aucune envie de se soigner et, quand elles vivent un épisode maniaque, elles ressentent une grande exaltation dont elles n’ont pas envie de sortir. Pour améliorer leur suivi psychiatrique, il est donc important de pouvoir anticiper ces changements d’humeur. Simple et pratique. Actuellement, les patients sont invités à remplir un «agenda de l’humeur» mais, souligne le psychiatre genevois, ils «oublient souvent de le faire». D’où l’idée de concevoir un dispositif qui enregistre automatiquement, 24 h sur 24, un certain nombre de paramètres physiologiques et comportementaux et les transforme en informations directement exploitables par les médecins. Pour ne pas gêner les personnes dans leur vie quotidienne, «il fallait concevoir un système simple et pratique», explique Mattia Bertschi, chef du projet Psyché au CSEM. De là est née l’idée du T-shirt que «n’importe qui, de 4 à 90 ans, peut enfiler sans problème», et que l’on peut cacher sous un pull ou, l’été, revêtir seulement le soir et pendant la nuit. Il ne s’agit toutefois pas d’un maillot ordinaire. Discrètement intégrés dans des bandes du tissu, des capteurs enregistrent le rythme cardiaque et respiratoire de l’individu, ainsi que ses mouvements. Cela permet de savoir si la personne est active ou non et d’évaluer la qualité de son sommeil, un élément «primordial dans le suivi des troubles bipolaires», d’après Markus Kosel. Il suffit ensuite d’y connecter une petite boîte blanche, «qui ressemble à un baladeur MP3», indique le chercheur du CSEM, pour que ces informations soient enregistrées, traitées et transmises au smartphone du patient. Mais le mobile a d’autres fonctions. Doté d’une application spéciale, il permet aussi – et c’est là l’une des principales innovations du système – d’analyser la tonalité de la voix de son propriétaire. Un paramètre particulièrement précieux dans le cas des troubles bipolaires, puisque les fluctuations d’humeur se répercutent sur la prosodie de la voix et le rythme de la parole, les épisodes dépressifs se caractérisant notamment par des phrases monotones et plus courtes et par des silences prolongés. Destinataire de ces informations, le médecin pourra aussi «demander au dispositif d’enregistrer certains paramètres particuliers», indique Mattia Bertschi, et «rappeler au patient de prendre ses médicaments ou l’aider à mieux gérer ses activités», ajoute Markus Kosel. Encore à l’état de prototype, le dispositif a déjà fait l’objet de tests préliminaires, sur des volontaires sains, qui se poursuivent actuellement avec de «vrais» patients. Puis, en juin prochain, démarrera un essai plus important qui «permettra une évaluation du système complet», indique le chef du projet à l’institut neuchâtelois. Si les résultats se révèlent satisfaisants, ce T-shirt intelligent pourra être mis à la disposition de patients ayant des troubles bipolaires et de leurs psychiatres. Mais, ensuite, rien n’exclut que les technologies développées sous l’égide de la déesse Psyché soient adaptées à des personnes souffrant de troubles anxieux ou autres «maladies de l’âme». |









