En 2008, l’UBS va vraiment boire le calice jusqu’à la lie. Son titre continue d’être chahuté en Bourse. Mardi 24 juin, il évoluait autour de 23 francs. Le cours de la banque s’approche logiquement de 21 francs, soit le prix payé par les actionnaires qui ont récemment injecté près de 16 milliards de francs dans le capital de l’établissement. Cette recapitalisation ayant été garantie par quatre géants bancaires (le français BNP Paribas, les américains JP Morgan, Morgan Stanley et Goldman Sachs), ce prix fait office de plancher. Si ce plancher devait crever, l’UBS serait alors mûre pour attirer des acheteurs. Mais, au-delà de ces tribulations financières, la banque n’a pas achevé de nettoyer ses tiroirs. Elle pourrait devoir faire face à la nécessité de mettre de côté encore plus d’argent. Pour deux raisons: les risques liés à l’immobilier commercial américain et les risques de déficiences de compagnies d’assurances auprès desquelles la banque a souscrit des garanties pour se couvrir des subprimes. «La question est: que reste-t-il encore à amortir, se demande Michel Juvet, analyste financier et membre de la direction de Bordier & Cie. Dans ses comptes, l’UBS a encore 17 milliards de francs liés au secteur des subprimes et j’estime qu’environ 10% du total – soit 1,7 milliard – pose encore problème. J’ai aussi des inquiétudes pour deux autres postes: les quelque 6 milliards de francs liés à de l’immobilier commercial aux Etats-Unis et environ 6 autres milliards de francs dans l’immobilier, couverts par des assureurs qui n’ont peut-être pas les capacités à honorer leurs engagements.»
Aucune éclaircie en vue. Or, les assureurs américains qui se sont aventurés dans ces montages complexes souffrent mille morts: MBIA Inc. a perdu 70% de sa valeur boursière depuis le début de l’année et son concurrent Ambac Financial plus de 90%. Bref, les détenteurs de ces titres peuvent les transformer en cocottes en papier. Egalement engluée dans ce montage avec ces assureurs, la Royal Bank of Scotland vient d’annoncer des provisions à hauteur de 2,7 milliards de livres sterling (4 milliards de francs). Reste à savoir, pour en revenir à l’UBS, quels montants elle jugera bon de mettre de côté pour ce poste très sensible. La même question se pose pour l’immobilier commercial, où ses crédits à risques dépassent aussi les 6 milliards de francs. Au premier trimestre, les provisions de la banque dans ce segment s’étaient élevées à un bon milliard. Qu’en sera-t-il au second trimestre? Le géant en perdition va-t-il opter pour un vrai nettoyage à l’eau de Javel, quitte à afficher à nouveau de lourdes pertes? Pour l’heure, aucune véritable éclaircie ne s’est faite jour dans le secteur immobilier américain. Mais, ça et là, ce marché donne à nouveau des signes de vie. C’est ce que constate Indraneel Karlekar, chef de la recherche chez ING Real Estate (dont le portefeuille pesait, en mars 2008, 107,8 milliards d’euros, soit 175 milliards de francs): «J’habite à New York. Je suis donc bien placé pour observer le marché. Il ne s’est rien passé pendant ces six derniers mois. Mais il semble se réanimer: Boston Properties, l’un des grands opérateurs américains, vient de racheter le building de General Motors.» Au début de juin, ce bâtiment emblématique de Manhattan a effectivement basculé pour 2,8 milliards de dollars, dans le cadre d’une transaction de 4 milliards de dollars comprenant aussi deux autres gratte-ciel new-yorkais.
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