Lundi 8 et mardi 9 décembre prochains, les parlementaires fédéraux auront-ils toutes les données en main? Les deux Chambres doivent se prononcer sur le plan de sauvetage de l’UBS, soit l’achat, pour 6 milliards de francs, d’obligations convertibles qui pourraient se traduire, dans trois ans, par la possession de 9,3% du capital de la plus grande banque suisse et du premier gestionnaire de fortunes du monde.
Bien, mais combien vaut aujourd’hui cette banque? Sa valeur évolue en fonction du cours en Bourse. Un jour, elle grimpe, le lendemain, elle dégringole, au gré des humeurs du marché qui ne sait plus si la crise qui s’installe durera un an, trois ans, cinq ans… Le refrain est connu.
Les récentes déclarations de Daniel Zuberbühler, directeur général de la Commission fédérale des banques, assurant que la Suisse pourrait, si tel devait être le cas, assumer une nouvelle recapitalisation de l’UBS, ont fait frissonner toute le pays. Et si le cauchemar n’était pas fini? Les mauvaises surprises sont-elles derrière la banque? L’aide massive – à hauteur de plus de 300 milliards de dollars! – récemment octroyée au géant américain Citigroup par les Etats-Unis a relancé les rumeurs.
Rester dans son rôle. On le sait, la valeur de l’UBS dépend notamment de celle de ses actifs toxiques encore dans son bilan, eux-mêmes liés pour l’essentiel aux prêts immobiliers américains. Or, les Etats-Unis sont frappés par une importante crise d’endettement des ménages et, donc, le marché du logement y est cliniquement presque mort.
Théoriquement, l’UBS pourrait produire une estimation actuelle de la qualité de ces actifs, tout comme un cafetier, une coiffeuse ou un patron de PME peuvent évaluer chaque jour la qualité de leurs créances sur débiteurs douteux. Mais, à notre connaissance, aucune estimation de fraîche date ne sera fournie avant les débats aux Chambres fédérales. Le président de la Confédération, Pascal Couchepin, interpellé sur ce sujet par L’Hebdo en marge d’un débat organisé samedi dernier à Lausanne par les Jeunesses libérales-radicales, n’en voit pas l’utilité.
De son côté, Fabio Abate, président de la Commission des finances du Conseil national, estime: «Dans la situation actuelle, il est préférable que nous, parlementaires, restions dans notre rôle qui est de nous prononcer sur ces 6 milliards de francs. Je n’ai donc pas jugé utile de demander davantage d’informations sur la situation de l’UBS. La politique ne peut pas intervenir en temps réel!»
Un président irrité. Quant au président de la BNS Jean-Pierre Roth, cette seule question l’irrite: «Nous ne pouvons tout de même pas fournir un bilan de l’UBS chaque jour!» Jean-Pierre Roth entend calmer le jeu: pour avoir une vision plus complète de l’état de santé d’une banque également sauvée par la BNS – elle a injecté 54 milliards de dollars dans la société «toxique» –, il faut attendre le bouclement des chiffres du 4e trimestre 2008.
En attendant ces calendes helvétiques, on ne peut que spéculer sur la valeur de ces actifs. «Nous n’allons pas rendre publique la structure de ce portefeuille, afin de le vendre au mieux sur le marché», a toujours répété Jean-Pierre Roth, une stratégie qui se comprend aisément.
La fusion, un scénario-cauchemar. En attendant des jours qu’on espère plus heureux, comment l’UBS va-t-elle dessiner son avenir? Dans les semaines qui viennent, la banque va continuer à nettoyer ses écuries. Elle est toujours condamnée à maigrir. Un fin observateur de cette situation s’étonne d’ailleurs que de nouvelles suppressions d’emplois n’aient pas été annoncées. Et le scénario d’une fusion avec sa rivale Credit Suisse? Ce serait la pire des solutions.
Pour Dominique Biedermann, directeur général de la Fondation Ethos, «une fusion ne serait absolument pas dans l’intérêt du pays». Pourquoi? «Parce que, aujourd’hui, la seule UBS dépasse déjà les capacités de régulation de la Suisse.» Un discours que le Genevois tenait déjà, il y a plus de dix ans, au moment de la fusion entre l’ex-UBS et la SBS. La casse sociale serait monumentale. Et la concurrence quasi inexistante pour les PME et les particuliers qui ont besoin de travailler avec des banques aussi efficaces sur le plan local que bien organisées sur le plan international.
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