Pronostics de nouvelles pertes abyssales, rumeur de vente de Paine Webber, démêlés judiciaires à répétition, refonte du conseil d’administration et nouvelle gouvernance: l’approche des vacances ne calme pas la tornade qui s’abat depuis une année sur UBS. A quand la chute? La masse d’informations négatives alimentant le doute, rares sont les investisseurs à rester optimistes. La preuve par l’action qui, mardi, se négociait à son cours le plus bas depuis 1998 et la création de la banque. Si les spécialistes parlent beaucoup des futures dépréciations qui seront comptabilisées au 2e trimestre – 3 à 10 milliards de francs, selon les estimations, qui s’ajouteront aux 37 déjà partis en fumée –, le monde bancaire est beaucoup plus discret lorsqu’il s’agit d’évoquer l’importance de la bataille juridique que livre la grande banque en Floride.
Enorme enjeu. Pourtant, l’enjeu de ce qui est devenu «l’affaire Birkenfeld», du nom d’un ancien cadre de la banque accusé d’avoir aidé des clients à frauder le fisc américain et qui a décidé de coopérer avec les enquêteurs pour réduire sa peine, est énorme. UBS doit sauver son «business» américain. Il y va de son statut de banque universelle. Reste à savoir comment sortir du marasme. Pour Klaus Stöhlker, conseiller en communication zurichois, il n’y a plus qu’une issue: «Un accord avec les Etats-Unis est la seule chance qui reste à UBS. Mais cela va coûter cher. Plus d’un millard de dollars, en tout cas. Peut-être deux. Mais cela n’a pas d’importance vu l’enjeu.» Avocat et fiscaliste, Xavier Oberson ne veut pas se prononcer sur le cas spécifique: «C’est une procédure normale, une affaire concrète où l’accusé, pour sa défense, met en cause UBS. Cela devrait se terminer par un accord, comme ce fut le cas pour un grand cabinet d’audit il y a quelques années.» En l’occurrence, KPMG qui avait été condamné, en juin 2005, à 465 millions de dollars d’amende, ainsi qu’à la publication d’un communiqué dans lequel la firme endossait la responsabilité des actes de ses employés. Mais la procédure n’est pas seulement importante pour UBS. Derrière la vitre, la place financière suisse retient son souffle en silence, craignant que la situation ne dégénère. «Il est primordial de confiner l’affaire au cas Birkenfeld, estime Raymond Lorétan, président d’Agen et ancien ambassadeur à New York. L’entraide judiciaire a été demandée pour un cas précis. Nous ne sommes pas (encore) dans une situation où la place financière suisse est stigmatisée.» Mais le risque de dérapage n’est pas nul: «Le danger existe que l’on instrumentalise la situation et qu’elle se transforme en conflit de principe contre la place bancaire suisse.»
La mort de l’Helvétie. Ce risque de propagation, la Suisse tient à l’éviter à tout prix, en toute discrétion pour éviter de mettre le feu aux poudres. Cependant, on s’active en coulisse. Ainsi, sitôt l’entraide judiciaire demandée par la justice américaine le 11 juin, la Confédération a dépêché une délégation de haut vol à Washington. Objectif: estimer la validité de la requête américaine qui exige d’UBS qu’elle livre les données concernant 20 000 de ses clients fortunés. Selon le New York Times, cette liste pourrait contenir les noms d’Américains ayant passé par la banque pour frauder le fisc. Pour la Suisse, il s’agit surtout de préserver un atout essentiel: le secret bancaire. D’ailleurs, Dominique Warluzel, célèbre avocat genevois, ne peut croire que l’entraide judiciaire sera accordée: «Si elle l’était, ce serait la fin du monde, l’abandon du dernier bastion du secret bancaire. A terme, ce serait la mort de l’Helvétie qui ne doit sa survie qu’à sa différence.»
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