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UDC au Conseil fédéral: Jean Studer s'oppose à Christiane Brunner

Mis en ligne le 11.09.2003 à 00:00

Débat Pour la première fois, un parlementaire socialiste critique l'ouverture de Christiane Brunner à un deuxième siège UDC au Conseil fédéral. Alain Rebetez a rencontré Jean Studer.

L'Hebdo; 2003-09-11

UDC au Conseil fédéral: Jean Studer s'oppose à Christiane Brunner Débat Pour la première fois, un parlementaire socialiste critique l'ouverture de Christiane Brunner à un deuxième siège UDC au Conseil fédéral.

Débat Pour la première fois, un parlementaire socialiste critique l'ouverture de Christiane Brunner à un deuxième siège UDC au Conseil fédéral. Alain Rebetez a rencontré Jean Studer.

Christiane Brunner estime que si l'UDC confirme en octobre sa force électorale, elle devrait obtenir un deuxième siège au gouvernement. Etes-vous d'accord?

Non. J'ai beaucoup d'amitié pour Christiane, mais quand j'ai entendu sa proposition, je me suis dit: elle fait fausse route, elle a tort. Si l'UDC obtenait un deuxième siège, il ne pourrait revenir qu'à un représentant de l'aile blochérienne, sinon l'exercice serait inutile. Or il est pour moi totalement exclu d'envisager de voter pour un tel candidat au Conseil fédéral: on ne peut pas se battre depuis des années pour une assurance maternité ou l'intégration européenne, et élire une telle personne. Christoph Blocher ou Joseph Deiss, ce n'est pas la même chose! Certains trouvent peut-être cela amusant sur le plan politique, mais je ne crois pas qu'à ce niveau l'on puisse se permettre de jouer avec la conduite de l'Etat.

A vous entendre, Christiane Brunner a donc franchi la ligne rouge?

On n'en est pas encore là. Elle indique une mauvaise direction, mais on n'a pas atteint le moment des choix décisifs. Il faut aussi reconnaître que Christiane Brunner a voulu lancer un appel aux radicaux et aux démocrates-chrétiens pour qu'ils se distinguent plus clairement de l'UDC. Mais sa formulation n'a pas été comprise par l'électorat socialiste, en tout cas pas dans un canton comme le mien.

Reste une question presque arithmétique: si l'UDC obtient 25% des suffrages, loin devant le PDC, comment expliquerez-vous vos positions aux électeurs?

L'histoire politique de ce pays montre que la composition du Conseil fédéral se détermine en fonction de règles un peu plus subtiles qu'une règle de trois. D'abord, il faut qu'un parti montre une certaine pérennité. Il y a seulement douze ans, l'UDC n'en était qu'à 12%, certes elle a enregistré une progression extraordinaire, mais cela ne signifie pas pour autant qu'elle sera durable...

En somme, vous faites le dos rond, et vous espérez que ce parti va retomber...

L'UDC est une force protestataire dirigée essentiellement par un homme. C'est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force parce qu'elle représente un refuge et une crédibilité liés aux qualités de Blocher, sa faiblesse parce qu'un mouvement protestataire n'est pas quelque chose qui dure, même s'il peut tenir dix ou quinze ans. Et la personne centrale n'est pas éternelle. On l'a vu en Suisse avec Oltramare ou Schwarzenbach, on le voit actuellement en France ou en Autriche.

Mais alors, à quoi sert-il d'aller voter, si l'UDC progresse lors de trois scrutins successifs et que rien ne change au gouvernement?

Regardez ce qui se passe dans les cantons. Même là où l'UDC progresse, elle a beaucoup de peine à entrer au gouvernement. C'est le cas à Genève, mais aussi à Lucerne, ou Soleure. L'UDC blochérienne est une force active, vindicative, attirante, mais elle a beaucoup de peine à convaincre l'électeur qu'elle est une force de gestion crédible. Même à Zurich, elle n'arrive pas à convaincre d'élire un maire UDC! Alors je ne comprends pas pourquoi on donnerait à ce parti une place au gouvernement fédéral, qu'il n'arrive pas à obtenir dans les gouvernements cantonaux.

Il y a aussi un argument tactique: avec deux sièges, l'UDC serait plus fortement liée à la politique du Conseil fédéral et perdrait en séduction protestataire.

On ne joue pas avec le feu. Je ne peux pas considérer la composition du Conseil fédéral comme un simple jeu de rôles. Ce qui m'inquiète, dans l'entrain médiatique qu'il y a à discuter de cette question, c'est une espèce d'attirance à défendre le changement pour le changement, et le peu de réflexion sur ce qu'on attend véritablement du gouvernement. J'ai de l'amitié et même de l'estime pour certains démocrates du centre bernois ou grisons, mais la tendance blochérienne est détestable, je parle bien sûr de l'idéologie politique, car les gens qui la composent sont aussi respectables que d'autres. Je ne suis pas de ceux qui croient qu'on peut faire avancer le pays en le mettant dans le formol: l'isolationnisme, l'absence de collaboration internationale, les éléments de xénophobie, le manque de solidarité à l'égard des plus démunis, tout cela est détestable.

Vous ne pouvez pas vous contenter de ne rien changer et mettre le couvercle sur la marmite.

Ça dépend de quelle marmite on parle. Dans celle du gouvernement, je ne pense pas qu'il faille changer les ingrédients. En revanche, dans la marmite du Parlement, il est nécessaire que ceux qui le souhaitent - et ils sont nombreux, il y en a même à l'UDC - réfléchissent à la manière de sortir des blocages actuels. Ces dernières années, la progression de l'UDC a été tellement spectaculaire qu'elle a aveuglé un peu tout le monde. Chacun se mesure à cette aune, à droite comme à gauche, que ce soit par attraction ou par répulsion, mais il y a là un formidable gâchis d'énergie, qui est détournée de l'action.

Je crois pour ma part à des accords parlementaires sur un certain nombre de sujets essentiels. Exactement comme la solution qui a été trouvée pour l'assurance maternité. Sur l'âge de la retraite, par exemple, je suis convaincu qu'un tel accord serait possible. Evidemment, cela implique qu'on s'accommode d'une forte opposition de l'UDC, mais qui s'épuisera d'elle-même.

N'est-ce pas un voeu pieux de croire que les partis bourgeois et le PS vont soudain comme par magie s'accorder sur les thèmes essentiels?

Mais il le faut! Ce dont on ne se rend pas compte, c'est que notre pays est en train de glisser vers le bas. Nous sommes en récession économique, nous avons des problèmes majeurs avec les assurances sociales, nous subissons l'Europe, qui nous dicte dans le détail la majorité de nos modifications législatives sans que nous participions aux décisions. Que fera-t-on de Schengen, de Dublin? Ce sont des enjeux énormes. Il faut retrouver une culture du dialogue que je ne sens pas beaucoup à Berne, redonner aux entretiens de Wattewil un sens, qu'ils ont perdu. Cela vous étonnera peut-être, mais dans une chambre aussi conservatrice que le Conseil des Etats, je pourrais facilement proposer de tels accords à une quinzaine de personnes. Et je sais que je trouverais un intérêt sincère. C'est à cela qu'il faut travailler. |

«La composition du Conseil fédéral se détermine en fonction de règles un peu plus subtiles qu'une règle de trois.» Jean Studer, conseiller aux Etats

Zauberformel; Bundesratswahl 2003; Gesamterneuerungswahl 2003






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