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UDC: le parti qui torpille l’économie

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 17.08.2011 à 13:01

L’UDC n’a plus de politique économique, si ce n’est celle, erratique, de son guide suprême Christoph Blocher.

C’est le retournement de veste de l’année. Durant plus de six mois, Philipp Hildebrand était devenu l’ennemi public No 1 de l’UDC, dont le stratège en chef Christoph Blocher, relayé par la Weltwoche – son bras armé médiatique –, avait réclamé le départ. Selon lui, le président du directoire de la Banque nationale suisse (BNS) aurait dû démissionner après avoir dilapidé les réserves de la banque centrale dans une vaine tentative d’affaiblir le franc suisse au printemps 2010.

«SI J’ÉTA IS PHILIPP HILDEBRAND, J’AURAIS DÉMISSIONNÉ APRÈS L’ANNONCE DES PERTES DE LA BNS.» Christoph Blocher, janvier 2011, sur Teleblocher

Soudain, depuis le 11 août dernier, alors que le franc n’avait jamais encore été aussi fort en frisant la parité avec l’euro, l’UDC a mis une sourdine à ses critiques. «La BNS mérite tout notre soutien dans cette guerre contre l’euro», a déclaré Christoph Blocher au site d’information Newsnetz.

Retour à 2003. Ce n’est là que le dernier épisode des errements de la «politique économique» de l’UDC, si tant est que l’on puisse encore utiliser cette expression. Dans sa dernière plateforme électorale, l’UDC parle beaucoup de politique migratoire et extérieure, en voulant lutter contre «l’immigration massive», expulser les criminels étrangers et se battre contre l’adhésion à l’Union européenne (UE). Mais elle ne consacre pas un seul chapitre à la politique économique.

Sur le site internet de l’UDC, il faut remonter à 2003 pour y dénicher un document relatif à la place économique suisse. A l’époque, le parti s’inquiète du fait que «la croissance de l’économie suisse est encore inférieure à la moyenne internationale».

Encore capitaine d’industrie chez Ems Chemie avant d’être élu au Conseil fédéral, Christoph Blocher y rejette l’accord bilatéral avec l’UE sur la fiscalité de l’épargne. Quant au patron de Stadler Rail Peter Spuhler – qui porte encore la moustache –, il y fustige «la politique d’endettement de la Confédération qui freine la croissance».

Longtemps, l’UDC s’est autoproclamée le «seul vrai parti de l’économie», jouant sur la popularité de ces figures de proue de l’économie, toutes deux parties de rien pour arriver à la tête d’entreprises florissantes comptant quelque 2000 collaborateurs. Mais elle ne fait plus illusion aujourd’hui.

Application floue. Lorsque l’UDC a lancé son «initiative contre l’immigration massive» le 1er août dernier, elle a habilement maintenu le flou sur sa mise en application, faisant semblant d’ignorer les conséquences inévitablement fatales qu’elle aurait sur l’accord avec l’UE concernant la libre circulation des personnes.

Furieux, le Parti libéral-radical s’est chargé de lui rappeler que cet accord avait permis la création de 300 000 nouveaux emplois. Fulvio Pelli a écrit à tous les députés de l’UDC ayant soutenu la reconduction et l’extension de cet accord en 2005 et 2009. A trois mois des élections fédérales, presque tous sont restés à couvert. Seul le Thurgovien Peter Spuhler a clairement déclaré qu’il ne signerait pas l’initiative.

«LA BANQUE NAT IONA LE SUISSE MÉRITE TOUT NOTRE SOUTIEN DANS CETTE GUERRE CONTRE L’EURO.» Christoph Blocher, août 2011, sur Newsnetz

On en attendait autant du Fribourgeois Jean-François Rime, patron d’une PME à Bulle et partisan de l’accord par le passé. Mais celui-ci figure dans le comité d’initiative. Il est vrai qu’il est un candidat déclaré au Conseil fédéral et qu’il doit désormais donner des gages aux doctrinaires du parti.

«Le Conseil fédéral a eu tort de ne pas activer en 2009 la clause de sauvegarde de cet accord qui aurait permis de limiter l’immigration. Il faut désormais le renégocier», se justifie Jean-François Rime.

Face à l’appréciation du franc suisse, l’UDC, d’habitude si prompte à réagir lorsqu’une question alarme la population, a surtout surpris par un assourdissant silence. Aucune mesure concrète pour améliorer le pouvoir d’achat des consommateurs. Christoph Blocher n’a fait que proposer des mesures qui ressemblent à un nouveau livre blanc, comme la baisse de l’impôt fédéral sur les entreprises – de 8,5 à 7% –, la baisse de la TVA et de la redevance poids lourds.

Il est même favorable à l’abolition de la taxe verte qu’est la rétribution à prix coûtant dans le dossier énergétique, pour mieux enterrer la sortie du nucléaire que le Conseil national vient pourtant d’approuver. Des propositions qui résonnent comme autant de provocations n’ayant quasiment aucune chance de recueillir une majorité au Parlement.

Atomisé. «L’UDC n’a plus de programme économique mis à jour parce qu’elle préfère se concentrer sur une plateforme électorale censée combattre des problèmes fantasmés», accuse le vice-président du PLR Pierre Weiss.

Interrogé, le secrétaire romand de l’UDC Claude-Alain Voiblet le reconnaît en partie. «C’est vrai que notre programme économique a été atomisé dans les différents dossiers. Mais nous l’abordons notamment à travers notre politique financière, en exigeant en particulier des baisses d’impôts, y compris pour les entreprises.»

Il suffit de passer en revue les grands dossiers du moment pour constater qu’entre les requêtes de l’association faîtière Economiesuisse et l’UDC, les divergences sont criantes. A commencer par l’accord sur la libre circulation des personnes, que l’UDC prend le risque de sacrifier à des fins électoralistes.

Pourtant, ce même accord, Christoph Blocher le défendait encore lors de la campagne de 2005 lorsqu’il était encore au gouvernement: «Mes amis politiques se trompent. Il faut oser l’extension de la libre circulation.» Désormais, il la combat, ou du moins tient à la renégocier.

Ce slalom ne surprend guère le politologue Oscar Mazzoleni: «En récoltant près de 30% de l’électorat, l’UDC est devenue de plus en plus hétérogène, rassemblant des gens aussi bien de l’industrie et de la finance que des salariés et des paysans. C’est ce qui explique ses ambivalences et ses changements de position dans sa politique économique comme dans d’autres domaines.»

Les milieux économiques se sont aussi irrités du virage à 180 degrés pris par le stratège en chef à propos de la l’initiative de Thomas Minder contre les rémunérations abusives des grands patrons. En tant que ministre de la Justice, Christoph Blocher avait snobé l’entrepreneur schaffhousois, même s’il l’avait reçu dans son bureau. Avant de pactiser soudain avec lui en février 2010 pour tricoter un contre-projet toujours loin de séduire l’économie.

En fait, Economiesuisse et l’UDC ne se rejoignent qu’en matière de politique financière, toutes deux étant partisanes d’une gestion rigoureuse des deniers publics et d’une baisse des impôts. Mais là aussi, les racines agrariennes et souverainistes du parti l’obligent à faire de grosses exceptions pour l’agriculture et la défense.

Bien que minorisé au sein du gouvernement, le ministre UDC Ueli Maurer voit d’un très bon oeil les partis bourgeois se battre pour une armée de 100 000 hommes qui coûterait cinq milliards de francs par année, soit un milliard de plus que le veut le Conseil fédéral.

Le centre de Herrliberg. Les errements de la politique économique de l’UDC ne surprennent plus vraiment. Ce parti n’a toujours qu’un guide suprême en la matière, et un seul centre de décision: Herrliberg, là où se situe la somptueuse villa de Christoph Blocher. Au point que dans certains milieux économiques, on ne parle plus de l’UDC, mais de «Herrliberg»!

La question qui se pose désormais est de savoir jusqu’à quel point Christoph Blocher est prêt à jouer avec le feu. Un dirigeant qui l’a rencontré récemment se déclare persuadé que le stratège en chef «n’a surtout pas envie de voir triompher l’initiative contre l’immigration massive, mais simplement de la voir friser les 50%». On pourrait s’en rassurer. C’est plutôt alarmant.



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Tags: UDC, politique économique, Christoph Blocher,

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Réaction de caramel
le 21.08.2011 à 17:21
quand aux gauchistes eux, tout le monde le sait ils...
 



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