Il a les cheveux blonds frisés d’un pâtre suisse, les yeux bleus, est bien campé sur ses jambes en face de vous aussi bien que sur ses photographies: c’est que Ueli Alder, beau gosse né il y a 31 ans à Urnäsch, au pied du Säntis dans le canton d’Appenzell, se met en scène dans ses photographies sans chercher le moins du monde à se déguiser. Appenzellois il est, Appenzellois il restera, même exilé à Zurich, même professionnel figurant dans les 70 talents mondiaux de demain repérés par le Musée de l’Elysée à Lausanne pour son opération reGeneration2.
Cette identité, Ueli Alder lui tourne autour avec ferveur, humour et émotion dans sa série principale, intitulée «Si tu pars assez loin, tu te retrouveras sur le chemin du retour», titre inspiré d’un vieux dicton appenzellois qui lui convient tout particulièrement. Fils d’un peintre traditionnel, né dans une vieille et vaste ferme comme on en voit sur les calendriers, il est élevé de manière tout aussi «traditionnelle». Lui-même peint aussi d’après des photographies, puis finit par s’intéresser davantage aux photographies qu’il prend qu’à la peinture. Son père l’encourage: il s’inscrit à l’école d’art de Zurich en présentant une série d’images de l’alpage près de la maison où les cendres de sa mère, morte durant son adolescence, ont été répandues.
Au début, il ne pense pas à son pays comme sujet d’inspiration, jusqu’à ce qu’un professeur l’y envoie quasi de force pour son travail de fin d’études. Il y passe cinq mois en 2007. C’est le déclic: «Cela a été une révélation. J’ai redécouvert mon pays et, partant, mon identité. Pour les photos, j’ai eu de suite besoin de me poser dedans, d’être dans le cadre, de m’ancrer dans le paysage.» Brouillant les pistes entre fiction et documentaire, Ueli Alder crée une imagerie sophistiquée et tendre, très picturale, qui rappelle à la fois la peinture paysanne locale, voire des scènes à la Anker, et le western américain, deux genres éloignés qu’il marie d’autant mieux qu’ils sont les deux mamelles de son inspiration.
Deux âmes. «Deux âmes vivent en moi: Appenzell et le western hollywoodien. Mon père aussi aimait ces deux choses, qui sont chacune une mélange de clichés et d’authenticité nostalgique. J’essaie de les mélanger en créant quelque chose qui soit à la fois typiquement suisse et typiquement Far West. Je nourris le cliché tout en le cassant.» Il dit qu’il aime mieux son pays après l’avoir photographié. «Ce travail m’a appris à le regarder vraiment. Je pensais que les gens étaient un peu étroits d’esprit, comme disait ma mère. Du coup, j’ai été attiré par les étendues américaines. Mais mes photos montrent des gens fiers de leur culture, comme je le suis. Les Appenzellois sont très égocentrés et ambitieux. Ils ne veulent pas que leur culture deviennent du folklore. Ils ont le sentiment d’être exceptionnels.»
Ueli Alder s’est toujours demandé où menait l’injonction «Go West!». Il s’envole cet été pour Chicago, où il passera un an à se perfectionner grâce à une bourse d’études. «Je reviendrai.»
reGeneration2 – photographes de demain. Musée de l’Elysée, Lausanne. Jusqu’au 26 septembre. Trois images de Ueli Alder dans le catalogue de l’exposition. www.elysee.ch
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