Il a fallu le pousser: le conseiller fédéral et vice-président Ueli Maurer ne voulait pas se rendre au Sommet de la francophonie, à Kinshasa. Le chef de la Défense UDC déteste voyager. Il n’a jamais mis les pieds en Afrique subsaharienne. Alors, pensez: une expédition au Congo! La logique du protocole a fini par l’emporter: organisatrice du précédent sommet à Montreux, la Suisse se doit de passer le témoin au Gouvernement congolais en la personne de sa présidente (malheureusement prise, aux mêmes dates, par la réunion du FMI) ou de son vice-président. C’est ainsi que l’on verra, ce samedi 13 octobre, Ueli Maurer poser en grande pompe entre le Français Hollande et le Congolais Kabila (lire l’article de Linda Bourget en page 44). La scène, un poil burlesque, prêterait à sourire si la situation n’était pas aussi tragique. A l’est de ce pays grand comme quatre fois la France, les conflits se sont rallumés ce printemps. Plus de 200 000 personnes ont été déplacées. Les viols, les assassinats de civils et le pillage des matières premières ont repris, soutenus par le Rwanda voisin et son président Paul Kagamé. La corruption ronge la société – la chaîne francophone TV5 qui couvre le sommet a dû payer des pots-de-vin pour pouvoir s’installer et faire son travail, le comble! Parce que le sommet tend à légitimer le gouvernement Kabila, coupable de manquements démocratiques graves, l’opposition congolaise a appelé au boycott. François Hollande a un temps laissé planer le doute. Comme une vingtaine d’autres chefs d’Etat, il a finalement confirmé sa participation. Mais sans obtenir en échange de solides garanties du pouvoir en place. Une occasion manquée, une de plus? Les grands bastringues comme le Sommet de la francophonie sont le plus souvent décevants. Des discours ronflants pour la galerie, puis plus rien. Dans certaines circonstances, ils peuvent toutefois s’avérer utiles. A Kinshasa, les participants, au lieu de débattre d’environnement, comme le prévoit le programme, pourraient parler des violences dans le Kivu et la manière d’y mettre fin. La Suisse? Elle a d’immenses compétences en matière de résolution des conflits, de maintien de la paix et de droits de l’homme. Ce serait pour les délégués helvétiques (Didier Burkhalter fait aussi partie du voyage) l’occasion de le rappeler. Dans la région des Grands Lacs, la Confédération investit de plus des dizaines de millions au titre de l’aide au développement. Elle pourrait s’en prévaloir pour faire pression sur la République démocratique du Congo, mais aussi sur le Rwanda. Au Sommet mondial sur la société de l’information, à Tunis en 2005, Samuel Schmid, alors président, avait dénoncé, en français, les dérives autoritaires du régime Ben Ali. Surprise: celui que ses camarades du Parti UDC ont traité de «demi-conseiller fédéral» s’était alors révélé un politique courageux et avisé. Les Tunisiens lui en savent encore gré. Ueli Maurer serait-il capable d’un tel geste? A-t-il les qualités requises pour représenter la Suisse à l’étranger? Poser la question, c’est y répondre: à moins d’un miracle, il faut s’attendre à un silence absent. Ou à un gag de cantine. Le voyage de Kinshasa donne comme un avant-goût de son année présidentielle. Nous voilà avertis. |









