Illégal... Le projet d’intervention du DRA 10 (Détachement de reconnaissance de l’armée) pour exfiltrer nos deux otages de Libye était tout simplement contraire à la loi.
Telle est la conclusion surprenante d’une position officielle commandée par le conseiller fédéral Ueli Maurer, chef du Département de la défense (DDPS) à Christian Catrina, le chef de la politique de sécurité du secrétariat général de son département. Un document d’une page, daté du 14 janvier 2011 et que L’Hebdo a pu se procurer.
Et quel est l’argument de l’ambassadeur Catrina? Les forces d’actions spéciales suisses ne peuvent intervenir à l’étranger que si elles y opèrent «avec l’accord du pays concerné, ou là où il n’existe plus d’Etat». Car dans le cas contraire, «aucune mission ne doit être menée».
Ce qui interdit de facto toute opération clandestine dans un Etat souverain reconnu par la Confédération, comme c’est le cas de la Libye même si les relations entre Berne et Tripoli sont électriques depuis l’arrestation de Hannibal Kadhafi à Genève en juillet 2008.
Le document du DDPS recadre également les capacités «offensives» du DRA 10. «De toute manière, la formation et l’armement du DRA 10 ne sont pas adaptés à de telles missions», écrit Christian Catrina.
Voilà donc qui clot l’épisode rocambolesque des projets d’exfiltration. Un épisode qui avait mis en lumière le DRA 10, cette troupe d’une cinquantaine de professionnels triés sur le volet et très qualifiés dont la mission, au contraire, est d’agir dans l’ombre.
Et qui avait nui à sa crédibilité sur la scène internationale où le détachement était censé travailler en collaboration avec d’autres armées. «Elles nous prennent pour des rigolos désormais», estime un officier supérieur. «Ils ne veulent plus collaborer avec des soldats qui ont chacun un juriste sur le dos et dont les missions s’étalent le lendemain dans la presse.»
Résultat: l’avenir du DRA 10 est des plus sombres. Selon nos informations, le détachement basé à Isone serait condamné à se rapprocher, voire fusionner avec le détachement spécial de la police militaire.
«Ueli Maurer ne veut pas entendre parler de missions du DRA 10 à l’étranger comme le rapatriement de Suisses d’une zone de crise», analyse un officier. «Le conseiller fédéral UDC et son parti estiment que le DRA 10 ne doit agir qu’en Suisse.»
Cette idée provoque une levée de boucliers de la part des cantons qui ne veulent pas couper l’herbe sous les pieds de leurs propres forces spéciales de police.
Karin Keller-Sutter, conseillère d’Etat saint-galloise et présidente des directeurs cantonaux de justice et police, est montée au front en décembre en rappelant que le DRA 10 est un instrument de politique étrangère. Et que ces forces spéciales ne pouvaient pas être déployées sur notre territoire.
A tort selon l’ambassadeur Catrina. Dans son analyse, il souligne que le DRA 10 peut intervenir également en Suisse mais à la demande et surtout sous la responsabilité des autorités civiles.
Indépendance perdue. Et comme un malheur ne vient pas seul, cette troupe a perdu son indépendance en quittant le 1er janvier 2011 le giron des forces terrestres pour rejoindre le tout nouveau commandement des forces spéciales, en compagnie des éclaireurs parachutistes, ou de la sécurité militaire.
Bref, de spécial, le DRA 10 pourrait très rapidement devenir un auxiliaire de police, une sorte de GIGN helvétique. «Il s’agit d’un enterrement de première classe», estiment plusieurs militaires qui se demandent pourquoi la Confédération a investi des dizaines de millions de francs dans «une Ferrari sécuritaire» qu’elle s’apprête à ranger au garage...
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