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MADRID, 18 MAI «Les jeunes descendirent dans la rue et, soudain, tous les partis vieillirent...», a résumé, ce jour-là dans El País, le caricaturiste espagnol El Roto. Les «Indignés» tirent leur nom du best-seller de Stéphane Hessel (93 ans), «Indignezvous!».
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Jeunes indignés en Europe
Un autre Mai 68?

Par Matthieu Ruf, Julie Zaugg - Mis en ligne le 15.06.2011 à 13:36

A Madrid, les «Indignés» de la Puerta del Sol ont levé le camp. Mais la lutte continue. Partout en Europe, la «génération sans futur» veut s’en créer un, en rejetant les partis politiques majoritaires et la dictature des marchés. Un autre Mai 68 est-il arrivé?

Pour le symbole, il fallait que ce fût en Grèce. Au VIe siècle av. J.-C., sur l’agora d’Athènes, les citoyens de la première démocratie débattaient des affaires publiques en prenant la parole à tour de rôle.

«CE MOUVEMENT N’A PAS DE PRÉCÉDENT DANS L’ESPAGNE DÉMOCRATIQUE.» Cristina Bermejo, secrétaire syndicale à Madrid

En juin 2011, à deux kilomètres de là, des Athéniens de tous les âges campent, s’organisent en comités et défilent derrière le microphone de la place Syntagma, en face du Parlement.

Pour dire leur colère contre la corruption généralisée, l’incurie de leurs gouvernants, le chômage galopant, les plans d’austérité budgétaire qui frappent de plein fouet leur qualité de vie.

Parmi ces citoyens, de très nombreux jeunes, qui refusent de voir leur avenir se résumer à un chiffre: 42,5%. Soit la proportion de Grecs entre 15 et 24 ans actuellement au chômage.

Avant les 80 000 personnes réunies le 5 juin dernier à Athènes, des dizaines de milliers de jeunes «Indignés» ont aussi manifesté et installé des campements à Lisbonne, Rome, Bologne, Madrid ou Barcelone.

Malgré des contextes nationaux différents, toutes ces mobilisations ont pour racine la précarité de l’emploi, l’absence de perspectives professionnelles, le démantèlement des services publics, voire la corruption des élites politiques. Des problèmes, pour la plupart, liés aux mesures destinées à redresser les budgets publics après la crise financière de 2008.

«Tout le monde a été surpris par ces mouvements, résume Jean Batou, professeur d’histoire économique et sociale à l’Université de Lausanne. Mais on pourrait aussi être surpris que ce ne soit pas venu plus tôt.»

Sans précédent. Les raisons de protester sont évidentes depuis de nombreux mois. Au début de cette année, L’Hebdo était allé à Madrid sonder la jeunesse espagnole, déjà touchée par 43% de chômage, mais étrangement amorphe (lire l’édition du 17 février).

Responsable de la section Jeunesse du plus grand syndicat, Commissions ouvrières (CCOO ), Cristina Bermejo déclarait alors: «Nous avons assisté à une légère mobilisation jusqu’à la grève générale du 29 septembre. Depuis, c’est l’apathie. Personne ne comprend ce qui arrive.»

Aujourd’hui, Cristina Bermejo ne peut qu’exprimer sa surprise et admettre que les Indignados espagnols se sont levés sans les syndicats.

Mais elle se réjouit de cette politisation soudaine de la jeunesse de son pays: «Cela n’a pas de précédent dans l’Espagne démocratique. Il y a eu de grosses manifestations après le naufrage du Prestige en 2002 ou contre la guerre en Irak en 2003, mais la continuité des mouvements actuels est incomparable.»

Après plus de trois semaines d’occupation des places centrales, les jeunes Espagnols poursuivent désormais le mouvement par des assemblées de quartiers et ont prévu une grande manifestation le 19 juin.

En janvier de cette année, le président du World Economic Forum, Klaus Schwab, se faisait prophète: le report du poids de la crise financière sur les finances publiques, donc sur les contribuables, produit, disait-il, une crise sociale.

«Si on continue à résoudre nos problèmes sur le dos des prochaines générations, je vois venir une révolte de la jeunesse, une sorte de nouveau “Mai 68”, dont on remarque les premiers signes avec les protestations des étudiants en Angleterre contre la politique d’austérité.» Quelques mois auraient-ils suffi pour lui donner raison?

"Marche comme un égyptien"

«La grosse différence, c’est que Mai 68 est arrivé à la fin des trente glorieuses, une période de plein emploi. Il n’y avait pas les inquiétudes sociales actuelles», nuance d’emblée Jean Batou.

 La volonté de libération vis-à-vis d’une morale bourgeoise archaïque, de soutien à l’émancipation du tiers monde, de révolution pour constituer une utopie communiste, tout cela est absent des revendications des jeunes mobilisés d’aujourd’hui.

A défaut d’être un «nouveau» Mai 68, l’indignation du printemps 2011 pourrait-elle devenir un «autre» Mai 68 en ayant un impact politique et social d’une ampleur similaire?

Sa matrice peut clairement être identifiée à la crise financière de 2008 et ses multiples conséquences actuelles. Mais l’élément déclencheur? Jean Batou avance une hypothèse: les révoltes des diplômés chômeurs en Tunisie et en Egypte, «cette méthode d’occupation de l’espace public pour dire son indignation».

Et le professeur de mentionner une mobilisation peu couverte en Europe, celle des habitants de l’Etat américain du Wisconsin contre les coupes dans le secteur public pour éponger la dette, qui attira jusqu’à 100 000 personnes devant le Parlement de Madison en février dernier. «Marche comme un Egyptien», disait l’une des pancartes, entre autres références aux manifestations de la place Tahrir.

Le modèle des casseroles. Mais l’influence du printemps arabe est avant tout symbolique. Car tous les observateurs, et les Indignés eux-mêmes, insistent pour dire que le contexte n’a rien à voir: «Cela ne nous paraît pas juste de nous comparer avec les Egyptiens ou les Tunisiens, dit par téléphone Juan Cobo Escorial, photographe de 27 ans et l’un des campeurs de la première heure de la Puerta del Sol de Madrid. Ici, on ne nous tire pas dessus.»

Olivier Fillieule, professeur à l’Université de Lausanne et spécialiste des mouvements sociaux, est catégorique: «Que l’idée d’un campement permanent sur les places centrales des métropoles se soit imposée dans le contexte de la révolte du Caire, pourquoi pas. Mais la situation dans les pays arabes, eux-mêmes dans des circonstances bien différentes, est on ne peut plus éloignée de la réalité européenne.»

Un autre exemple, plus discret, a joué un rôle non négligeable, notamment en Espagne: la «révolution des ustensiles de cuisine» de l’hiver 2008-2009 en Islande.

A la suite des trous abyssaux provoqués par la crise du crédit dans les bilans des banques du pays, qui le plongent dans une crise économique sans précédent, les habitants de cette île prospère et dénuée de toute protestation sociale défilent devant le Parlement en tapant sur des casseroles.

Leurs exigences sont réalisées: le départ du gouvernement et la mise en faillite des banques aux dépens des créanciers, non des contribuables. Plus frappant encore, le 7 juin dernier s’est ouvert le procès de l’ancien premier ministre Geir Haarde, accusé de négligence et de mauvaise gestion dans cette crise bancaire de 2008.

Un mouvement horizontal

Le pouvoir au peuple: voilà l’un des moteurs essentiels du mouvement des Indignés. A la Puerta del Sol ou sur la place Syntagma, ce sont des démocraties miniatures qui ont surgi des pavés. Des commissions se sont constituées pour gérer l’ordre public ou le ravitaillement, mais aussi pour discuter de thèmes tels que l’économie ou la formation.

Les porte-parole interviennent par rotation, afin d’éviter toute appropriation. Juan, membre de la Commission de communication du campement de Sol, explique: «C’est facile de corrompre un leader.» Au syndicat CCOO, Cristina Bermejo le déplore: «Nous aimerions proposer plus de soutien au mouvement, mais nous ne savons pas à qui nous adresser.»

La spontanéité et l’organisation horizontale des campements suscitent un enthousiasme palpable parmi les participants. «Je prend souvent part à des manifestations», raconte Eva Kastanara, étudiante en droit de 22 ans à l’Université de Thessalonique, où elle a pris part aux discussions et aux votes de la place de la Tour-Blanche.

«Mais c’est la première fois de ma vie que je vois les gens, vieux ou jeunes, Grecs ou immigrants, aussi unis. Tout le monde est concerné.» Hormis quelques affrontements marginaux avec la police, la prise de la rue par les Indignés se distingue de Mai 68 par son caractère extraordinairement pacifique.

Toutes les cinq secondes. Si ces nouvelles agoras ont vu le jour de manière aussi rapide, c’est aussi grâce à internet. Lisbonne, Madrid, Athènes: les plus gros rassemblements de ces derniers mois ont leur origine dans l’initiative de quelques jeunes sur les réseaux sociaux, où les mouvements continuent de vivre.

Sur le mur de la page Facebook des Aganaktismeni (Indignés) de Grèce, un nouveau commentaire est posté toutes les cinq secondes. A la moindre violence policière, des vidéos en témoignant sont aussitôt mises en ligne.

Pourtant, si l’on a beaucoup parlé du caractère libératoire, face à la censure, des réseaux sociaux pendant les manifestations de juin 2009 en Iran ou, plus récemment, les révolutions tunisienne et égyptienne, il serait faux de les considérer comme la cause de la mobilisation des Européens.

«Un mouvement utilise les moyens de communication bon marché et démocratiques, rappelle Jean Batou. En 1968, c’étaient les affiches et les tracts; aujourd’hui, c’est internet.»

L'espoir de la "démocratie réelle"

Le revers de la médaille d’une telle organisation horizontale, c’est le caractère forcément général des revendications des Indignés, toutes débattues en groupe. «Démocratie réelle, maintenant» est le slogan qui semble le plus s’internationaliser.

A Madrid, l’assemblée populaire demande une réforme de la loi électorale; plus de participation politique des citoyens via des initiatives populaires; un plus grand contrôle des instituts financiers. A Lisbonne, en mars, et en Italie, en avril, les manifestants exprimaient leur ras-lebol de subir la précarité.

En Grèce, la colère contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement, l’Union européenne et le Fonds monétaire international est prédominante. «Ils sont en train de détruire notre futur, s’exclame, de Thessalonique, Eva. On ne peut faire confiance à personne.»

Crise de la représentation. La méfiance envers les partis politiques institués, de gauche comme de droite, envers les syndicats également: voilà un trait assurément commun aux jeunes indignés d’Europe. «PP ou PSOE, la même m…», affirmait une pancarte de Sol en référence aux deux partis espagnols se partageant le pouvoir depuis trente ans.

«Tolérance zéro pour la corruption», assène Juan. Mais il s’agit d’un problème plus grave que la faillibilité personnelle des politiciens: le sentiment que la même politique sera appliquée, quel que soit le parti au gouvernement.

Déroutes électorales des socialistes au Portugal et en Espagne, du Parti majoritaire Fianna Fail en Irlande, de Berlusconi en Italie: quel meilleur indicateur d’une impression d’impuissance que ce mouvement de balancier presque automatique?

Un balancier humiliant pour la gauche, incapable de faire vivre des thèmes, comme l’Etat social ou la régulation de la finance, qui sont avant tout les siens.

Pour Andreas Gross, conseiller national socialiste zurichois et membre du Conseil de l’Europe, la révolte des jeunes de 2011 est nouvelle, précisément pour cette raison: elle exprime le manque d’emprise de la politique nationale sur l’économie internationalisée, dans une crise pour laquelle ils paient sans en être responsables.

«Les marchés globaux ont un pouvoir de définition contre lequel un Etat national ne peut résister. Le président espagnol Zapatero a déclaré: “Si j’avais 25 ans, je serais allé à la Puerta del Sol!” Il avoue ses faiblesses structurelles. Bien sûr, les gouvernements ont fait des erreurs, mais ce n’est pas le problème principal.»

Même s’ils occupent des espaces politiquement symboliques, les Indignés ont compris que les lieux de pouvoir sont ailleurs. Selon Andreas Gross, pour avoir une influence, la démocratie doit être portée au-delà de l’Etat-nation, c’est-à-dire au niveau européen.

Et maintenant? De Madrid à Athènes, en passant par Paris ou Lisbonne, les messages de soutien, voire les déplacements de militants sont une réalité. Mais cela suffira-t-il à donner au mouvement une influence sur la gouvernance économique de l’Europe?

Pour Olivier Fillieule, «le mépris souverain avec lequel les pouvoirs politiques ont traité ces mouvements», ainsi que la formulation de revendications peu précises, ne laissent pas présager une pérennité du printemps des Indignés.

Mais il admet aussi que toute prédiction est pour l’instant impossible. «La décision en Espagne de lever les campements et de poursuivre les mobilisations dans les quartiers peut aussi bien signifier la fin du mouvement qu’une nouvelle étape vers la dissémination de ces luttes à plus grande échelle.»

S’organiser sans perdre leur âme, voilà le défi qui attend les Indignés. En Grande-Bretagne, où les étudiants ont été les premiers à se mobiliser massivement en novembre, ce défi est très actuel.

En 1968 en France, le mouvement avait connu un cinglant échec politique avec la victoire des conservateurs gaullistes aux élections de juin, mais son influence culturelle se fait encore sentir aujourd’hui.

Et en 2011? «S’il ne se traduit pas dans les urnes, il ne sera pas utile, analyse Cristina Bermejo. Mais il est de toute façon positif. Nous savons maintenant que les gens sont conscients de ce qui se passe.»


Mai 68

Une révolution culturelle

L’expression «Mai 68» est devenue un symbole pour parler de mouvements très éloignés les uns des autres, du combat pour les droits civiques aux Etats-Unis à la libération sexuelle, en passant par l’opposition à la guerre du Vietnam ou le Printemps de Prague.

Mais, en France, le point de départ est l’occupation, par quelques étudiants, d’un étage de la tour administrative de la Faculté de Nanterre, le 22 mars 1968. A la révolte estudiantine contre le système d’enseignement paternaliste et le puritanisme bourgeois s’ajoute une mobilisation des milieux ouvriers avec la grève générale du 13 mai.

Outre des affrontements avec les forces de l’ordre du gouvernement gaulliste, une frénésie festive d’assemblées et de débats donne naissance à des slogans devenus célèbres, comme «Soyez réalistes, demandez l’impossible».

Malgré un désaveu dans les urnes à la fin de juin, avec le plébiscite de l’UDR de De Gaulle, Mai 68 aura une influence durable dans les domaines de la formation et des droits sociaux.


L'Europe des Indignés

ISLANDE

Révolution des ustensiles de cuisine Quelques mois après la faillite des banques islandaises qui plonge le pays dans une crise sans précédent, jusqu’à 7000 personnes frappent durant plusieurs jours sur des casseroles, devant le Parlement, pour exiger de nouvelles élections. Cet événement, dans un pays où personne ne manifestait, inspire désormais les Indignés.

ROYAUME-UNI

National campaign against fees and cuts* Pour protester contre la hausse drastique des taxes d’études, les étudiants anglais défilent à Londres. Une minorité s’en prend violemment au siège du Parti conservateur. Aujourd’hui, les étudiants tentent de s’organiser (lire page 22). Fin mars, 300 000 personnes ont défilé contre les coupes budgétaires du gouvernement. Les étudiants craignent que l’université ne soit réservée à une élite et que le reste de la jeunesse doive se contenter d’emplois mal payés. Une manifestation est prévue le 30 juin. *Campagne nationale contre les taxes universitaires et les coupes

PORTUGAL

Geração à rasca, M12M* A l’initiative d’un groupe de jeunes, entre 200 000 et 300 000 personnes défilent pour demander aux politiques «d’agir» contre la précarité. C’est la plus grosse manifestation depuis la fin de la dictature en 1974. Depuis, inspiré par ses voisins espagnols, un petit groupe d’Indignés a campé sur la place du Rossio de Lisbonne, délogé sans ménagement le 4 juin par la police. *Génération "dans la mouise", Mouvement du 12 mars

FRANCE

Les Indignés S’inspirant clairement de l’exemple espagnol, des jeunes se sont réunis place de la Bastille fin mai pour manifester contre «le chômage, la précarité et la corruption». Si des assemblées se poursuivent dans des dizaines de villes françaises, attirant plusieurs centaines de personnes à Paris, le mouvement des Indignés français a pour l’instant de la peine à prendre.

ITALIE

Il nostro tempo è adesso* Familière des manifestations anti-Berlusconi, notamment celle des femmes du 13 février dernier, l’Italie des jeunes précarisés est aussi descendue dans les rues de nombreuses villes du pays le 9 avril dernier. «Notre temps est arrivé, la vie n’attend pas», dit le slogan du mouvement lancé par 14 jeunes, archéologues, journalistes ou opérateurs de call centers.*Notre temps est arrivé

ESPAGNE

15-M, Democracia Real Ya, Tomalaplaza* Ce qui commence par un groupement citoyen de quelques amis, Juventud en acción, culmine le 15 mai par une manifestation de dizaines de milliers de personnes à la Puerta del Sol, au centre de Madrid, suivie par un campement de trois semaines. Chaque soir, des milliers d’Indignés s'y réunissent, comme sur la Plaça Catalunya de Barcelone et dans des dizaines d'autres villes. Les campements viennent d’être levés pour se perpétuer via des assemblées de quartier. Une grande manifestation est prévue le 19 juin. * 15 mai, Démocratie réelle maintenant, Prends la place

GRÈCE

Aganaktismeni* Depuis deux ans que dure la grave crise économique en Grèce, les citoyens se sont mobilisés de nombreuses fois, parfois violemment, contre les mesures d’austérité. Mais depuis le 25 mai, des campements sur la place Syntagma d’Athènes, et dans d’autres villes comme Thessalonique, se sont dressés à l’image des Indignés espagnols. Pour l'instant, il n'est pas prévu de les lever. *Les Indignés


TAUX DE CHÔMAGE DES MOINS DE 25 ANS - 1er trimestre 2011

Premier à grimper dans les crises, le chômage des jeunes continue d'augmenter au sud de l'Europe. En Grèce, en conséquence de la cure d'austérité dictée par l'UE et le FMI, il est passé depuis le printemps 2010 de 29,8% à 42,5%.

ESPAGNE 44%

GRÈCE 42.5%

ITALIE* 28.3%

PORTUGAL 27.4%

FRANCE 20.9%

UE 27 20.6%

ROYAUME-UNI* 20.2%

ISLANDE 15.9%

SUISSE 3.5%

*Dernières données disponibles: 4e trimestre 2010




Tags: Révoltes, jeunes européens, Mai 68, Indignés,

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