Le Parti socialiste a de la chance. La course à la succession de Micheline Calmy-Rey lui donne une belle occasion d’occuper le terrain avec plusieurs papables de fort calibre. Dans une campagne électorale atone, ce n’est pas rien.
Jean Studer, conseiller d’Etat neuchâtelois. Il cultive une stature d’homme d’Etat dans un canton devenu, au fil des années, un peu petit pour lui. La Tessinoise Marina Carobbio, une parlementaire peu connue, mais prometteuse.
Mais c’est le tandem Maillard-Berset qui est au centre de l’arène. Avec ces deux-là, l’Assemblée fédérale ne sera pas contrainte, le jour J, de se déterminer sur des nuances de gris.
Parce qu’ils se coltinent chacun une ou plusieurs des grandes questions qui taraudent vraiment les gens, parce qu’ils sont d’authentiques bêtes politiques et intellectuelles, comme on en voit peu dans ce pays, le duel promet d’être passionnant. On connaît la trajectoire de Pierre-Yves Maillard. Ses origines modestes. Son engagement de syndicaliste. L’homme a enfilé, avec aisance, le costume de conseiller d’Etat. Ses collaborateurs témoignent de sa rapidité de compréhension, de son goût des solutions efficaces. Ses convictions sont claires, son discours carré. Par exemple sur l’élection du Conseil fédéral par le peuple: il est pour.
Le grand public lui reconnaît d’ailleurs d’immenses compétences dans le domaine de la santé, comme le montre un sondage paru dans le SonntagsBlick. Les journaux lémaniques le trouvent, eux aussi, formidable. Et le rédacteur en chef de l’actualité à la Radio romande, Patrick Nussbaum, s’est fendu d’un éditorial enflammé, deux jours à peine après la démission de la reine Micheline.
Seulement voilà, au moment du vote, le Parlement le trouvera beaucoup trop à gauche. Ses chances? Elles sont plus minces que ce qu’on se plaît à croire à Lausanne.
En face, Alain Berset. On déduit de son physique de gendre idéal qu’il est tendre. Faux: c’est un tueur. Contrairement à Maillard qui s’éclate dans son canton, il calcule au millimètre sa trajectoire fédérale, depuis des années. Accélérant un peu quand il le faut pour marquer des points à droite, ralentissant les battements de son cœur européen quand le contexte l’exige. Flattant le corporatisme de la Chambre haute, qui ne manquera pas de le soutenir.
Chez lui aussi, des compétences et une maîtrise des dossiers indubitables. En économie, d’abord: il a été l’un des premiers à réclamer un cours plancher pour le franc face à l’euro. En politique internationale ensuite: son pedigree en ferait un excellentissime ministre des Affaires étrangères. Mais l’homme saura-t-il, une fois à l’exécutif, passer des idées aux actes? A-t-il la peau assez épaisse pour le poste, lui qui s’indigne si promptement lorsqu’on l’égratigne?
Le paradoxe de cette élection au gouvernement: avec Maillard le challenger, on sait ce qu’on achète. Avec Berset le superfavori, on ose un beau pari.
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