Meyrin: la rue de Livron, l’un des principaux axes qui traversent cette banlieue populaire, est éventrée sur toute sa longueur pour accueillir le futur tram Cornavin-Meyrin-Cern. Ponts de l’Ile: au cœur de la cité, à deux pas du quartier des banques, le bras qui franchit le Rhône subit une délicate consolidation pour permettre au tram Cornavin-Onex-Bernex de passer par là. Plaine de Plainpalais: en plein réaménagement, la grande place a complètement disparu derrière les barrières de construction. Indéniablement, Genève est en chantier. Mais le canton n’est pas touché uniquement dans sa chair. Son esprit, aussi, est en plein chambardement, à travers la réforme de sa Constitution entamée il y a un an, qui doit notamment clarifier les relations entre le canton et ses communes. C’est dans ce contexte mouvant que les citoyens genevois s’apprêtent à élire, le 15 novembre, leur nouveau Conseil d’Etat. Cinq sortants se représentent et deux s’en vont (Laurent Moutinot et Robert Cramer), à l’issue d’une législature marquée par le retour d’une certaine sérénité au sein d’un exécutif partagé à parts à peu près égales entre la gauche (4 élus) et la droite (3 élus). «Si la dernière législature avait été celle des budgets pas votés, des grèves de la fonction publique et de l’explosion de la dette, celle-ci a été celle des déblocages», constate le conseiller d’Etat François Longchamp. Mais si le canton s’est remis au travail, il n’a pas encore atteint la ligne d’arrivée. Cinq chantiers restent en plan.
LES TRANSPORTSIl manque toujours une pièce centrale au réseau des transports publics genevois: la ligne Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA), qui doit relier d’une traite Nyon à la France via le centre-ville. Elle est bloquée par un référendum, sur lequel les Genevois se prononceront le 29 novembre. «Ce jour-là, nous avons rendez-vous avec notre destin», relève gravement le chef du Département des finances David Hiler. La fronde des opposants regroupe les résidents aisés de Champel – outrés de devoir subir les désagréments du chantier sur le pas de leur porte et terrorisés à l’idée de voir débarquer chez eux la jeunesse d’Annemasse – mais aussi des élus libéraux qui s’inquiètent des surcoûts engendrés par l’ouvrage ou le MCG et l’UDC qui brandissent la peur du frontalier. Au total, 1600 recours ont été déposés contre le CEVA, dont une soixantaine sont pendants. «Les Genevois sont un peuple chaud; 15 à 20% de la population est systématiquement prête à s’exciter contre le système», souligne le député PDC Guy Mettan. L’ancien journaliste a déposé une motion pour tenter de «canaliser ce tsunami législatif»: il propose qu’une commission examine la validité de tout nouveau projet de loi. Autre source du blocage, la guerre acharnée que se livrent partisans des transports publics et de la voiture. Véritable serpent de mer, la traversée du lac cristallise cette lutte. Mark Muller a présenté début octobre une première ébauche de ce projet destiné à boucler l’autoroute de contournement. Socialistes et Verts la voient d’un mauvais œil, alors que la droite l’appelle de ses vœux. Mais certaines voix parviennent à se hisser au delà de cette opposition. «Une vraie boucle autoroutière, d’ici à 20 ans, nous permettrait de donner une part importante aux transports publics et à la mobilité douce à l’intérieur de ce cercle», explique David Hiler. «Il y aura toujours des voitures, dit de son côté la candidate libérale au Conseil d’Etat Isabel Rochat. Autant prévoir une vraie complémentarité avec les transports publics.» Elle appelle à rendre ces derniers plus attractifs en augmentant leur cadence et en créant des couloirs prioritaires pour les bus au centre-ville, qui n’entraveraient pas le trafic automobile puisque celui-ci serait détourné sur le contournement. Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, appelle les politiciens à «saisir les subventionnements fédéraux mis à disposition pour ces infrastructures de transport.» Et de rappeler qu’à l’époque de la construction de l’autoroute Lausanne-Genève, on avait renoncé à la doter de trois voies car on ne pensait pas en avoir un jour besoin. «Aujourd’hui, cet élargissement indispensable va coûter plus cher à réaliser que si on s’était projeté dans l’avenir à l’époque.» «LE PROJET LA PRAILLE-VERNETS-ACACIAS MANQUE DE VISION. IL FAUT DONNER ENVIE D’Y ADHÉRER.»Pierre Maudet, conseiller administratif
LE LOGEMENTL’autre grand dossier de la législature, c’est la pénurie chronique de logements. Il en faudrait 2500 de plus par an. Mark Muller dit avoir empoigné la question: «Sur les douze derniers mois, nous avons délivré 2053 nouvelles autorisations de construire, soit le niveau le plus élevé depuis douze ans.» Un coup d’œil aux statistiques cantonales confirme un début de reprise, du moins en ce qui concerne les requêtes (2243 en 2008 contre 1360 en 2000) et les autorisations de construire (1581 en 2009 contre 1352 en 2000). En revanche, le nombre de logements neufs continue de diminuer (1083 en 2008 contre 1987 en 2000). C’est que les quatre gros projets immobiliers du canton – le nouveau quartier de la Praille-Acacias-Vernets (PAV), les Vergers de Meyrin (1000 logements), les Communaux d’Ambilly à Thônex (3000 logements) et La Chapelle-Les Sciers à Plan-les-Ouates (1300 logements) – sont tous bloqués. Le PAV est immobilisé par un référendum lancé en ville de Genève par la gauche, les syndicats et l’Asloca, qui trouvent le projet trop peu social. Les trois autres le sont par les recours de riverains ou les lenteurs administratives. Ces retards ont valu à Mark Muller un bilan contesté – jusque dans les rangs libéraux – en matière de logement. La verte Michelle Künzler, qui cherche à se profiler en vue de reprendre le Département du territoire de Robert Cramer, se montre particulièrement virulente, fustigeant les «négociations de coulisse» menées autour du PAV. Elle appelle à privilégier «un processus participatif qui inclut les citoyens dans les décisions urbanistiques.» «Je peine à déceler les contours de ce projet, note pour sa part le conseiller administratif radical Pierre Maudet. Que veuton faire dans cet espace? Il manque une vision, qui donne envie aux gens d’y adhérer. » Mark Muller a effectivement entretenu un certain flou, évoquant d’abord 6000 logements, avant d’en promettre 14 000. Il a également parlé de gratte-ciels ou de logements à bas coûts. Et a usé deux directeurs de projet en moins de deux ans. Ce manque de direction fait dire à certains que le magistrat, ex-secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière, laisse trop de liberté aux promoteurs. «Il veut faire du PAV une pure manœuvre de spéculation immobilière, critique un député bourgeois. Ce projet n’a aucune âme, aucune identité. Il s’agit d’un simple empilement de cubes de béton.» Le chef du Département des constructions assume: «Les promoteurs, qui vont devoir vendre les logements, sont les mieux placés pour savoir ce dont les citoyens ont besoin. Il faut leur laisser une certaine liberté. Je ne suis pas partisan d’une planification à outrance.» A plus long terme, il veut «déclasser de nouvelles zones, notamment des terrains agricoles enclavés, et utiliser davantage la nouvelle loi sur la surélevation des bâtiments.» Il aimerait en outre que le territoire et les constructions soient à nouveau regroupés dans un seul département.
L’EMPLOILa figure du frontalier est rapidement devenue incontournable au cours de cette campagne menée sur fond de crise économique. Pourtant, Genève ne se porte pas si mal. «Le canton a bien résisté à la crise. Les masses salariales sont stables et les entreprises ont gardé beaucoup de monde grâce au chômage partiel», note Blaise Matthey. Il y voit un effet de la diversification réussie du tissu économique genevois. «Nous continuons d’attirer de nouvelles entreprises à Genève, notamment en provenance d’Asie, renchérit Pierre-François Unger, en charge du Département de l’économie. Jusqu’à fin juin, le nombre d’emplois a continué à progresser.» Sur le front politique, la nouvelle loi sur le chômage, entrée en vigueur en 2008, a permis de maîtriser l’explosion des sans emplois, grâce à un suivi plus étroit (emplois de solidarité, allocations de retour en emploi, etc.). Le père de cette loi, le chef du Département de l’emploi et de la solidarité François Longchamp, a déjà pensé à la suite: sortir les working poors de l’aide sociale en leur fournissant des prestations complémentaires familiales «Cela leur évitera d’aller devant un assistant social, une démarche coûteuse et stigmatisante qui n’a aucune utilité pour eux.» Reste que malgré cette situation relativement rassurante, les Genevois ont peur pour leur emploi. Les 50 000 frontaliers qui passent chaque jour la douane sont perçus comme une menace. Une rancœur exacerbée par les bouchons qu’ils provoquent. Face à cela, les partis traditionnels paraissent comme hébétés, se contentant de répéter que Genève a 60 000 postes de plus que sa population active et que, parmi les «frontaliers», se trouvent 20 000 Suisses habitant en France. Pas étonnant alors que les recettes du président du MCG Eric Stauffer, lui aussi en lice pour le Conseil d’Etat, apparaissent comme la seule réponse concrète. «Nous n’en voulons pas aux frontaliers euxmêmes, mais aux autorités fédérales qui n’ont pas négocié de quotas, alors qu’on l’a fait pour les ressortissants de l’UE installés en Suisse sous le régime de la libre circulation, dit ce dernier. Pour corriger cette erreur, il faut inciter les entreprises à donner la priorité aux travailleurs genevois, en accordant à celles qui acceptent cette limitation des abattements fiscaux ou des allocations de retour à l’emploi.» De rares voix tentent malgré tout de reprendre l’offensive. «Je trouve le silence du Conseil d’Etat insupportable, s’emporte la candidate socialiste Véronique Pürro. L’Etat doit améliorer le contrôle du dumping salarial et mieux expliquer à la population pourquoi l’économie a besoin des frontaliers.» David Hiler se demande, lui, si le canton n’a pas «trop peu mis en oeuvre des mesures d’accompagnement en 2002», lors de l’introduction de la libre circulation. Il rappelle que «la transition a été très brutale, le nombre de frontaliers ayant pratiquement doublé en 10 ans.» Les Genevois mal formés ou les seniors ont été les grands perdants. «Derrière le succès du MCG, il faut entendre le cri de ces personnes», dit le Vert. «SUITE À L’INTRODUCTION DE LA LIBRE CIRCULATION EN 2002, LE NOMBRE DE FRONTALIERS A DOUBLÉ.»David Hiler, conseiller d’Etat
L’INSÉCURITEThème brûlant, l’insécurité a fait une entrée fracassante dans la campagne avec les affiches de l’UDC fustigeant «la racaille d’Annemasse». Avant cela, la polémique faisait déjà rage sur la délinquance très visible dans certains quartiers, comme les Pâquis ou les Eaux-Vives. «Nous avons affaire à 250 types qui nous pourrissent la vie, essentiellement avec du trafic de drogue et des vols à la tire», assure Pierre Maudet, en charge de la sécurité en ville de Genève. Les cambriolages, commis par des gangs d’Europe de l’Est, se sont également multipliés. La droite accuse Laurent Moutinot, en charge de ce dossier, d’avoir tardé à réagir. Il a attendu la fin de son mandat pour annoncer une réorganisation de la police et la construction d’une nouvelle prison. Elle lui reproche de n’avoir pas appliqué la loi sur la mendicité, ni les dispositions fédérales qui permettent d’incarcérer les requérants d’asile en attente de renvoi pendant 18 mois (détention administrative). A gauche, on renvoie la responsabilité à ses prédécesseurs, Gérard Ramseyer et Micheline Spoerri. Tous les partis sont en revanche d’accord sur le manque de policiers. «Bâle en compte 900 pour 180 000 habitants. Genève n’en a que 1200 pour 450 000 résidents», fait remarquer Isabel Rochat. Faisant campagne pour succéder à Laurent Moutinot, Véronique Pürro relève que la priorité va au recrutement. «Actuellement, nous ne parvenons pas à repourvoir tous les postes. Mais l’examen d’entrée à la gendarmerie a été assoupli et, pour la première fois depuis longtemps, la prochaine volée sera pleine.» L’accent doit aussi être mis sur une police de proximité. «Il faut la rendre plus visible dans les zones à problèmes, comme aux Pâquis, en favorisant les îlotiers, les patrouilles à pied et les commissariats ayant pignon sur rue», dit la socialiste. Mais elle ne doit pas agir seule: les agents municipaux ont un rôle à jouer, tout comme l’unité d’urgence des services sociaux. «Vingt pour cent des interventions de la police relèvent du social.» La droite réclame, en outre, une nouvelle prison, destinée à la détention administrative, à proximité de l’aéroport. Eric Stauffer, qui se targue de pouvoir nettoyer les rues de Genève de ses dealers en 45 jours, va plus loin encore: «Lors du G8, on a créé des cellules de prison à Palexpo. Pourquoi ne pas en faire autant pour les requérants dans l’attente de leur refoulement?» Véronique Pürro, est prête à appliquer la détention administrative «du moment que la loi fédérale la prévoit», mais doute de son efficacité: «Une bonne partie des personnes concernées par cette mesure à Genève sont des Algériens. Or, la Confédération n’a pas conclu d’accord de réadmission avec ce pays.» Le vrai problème, selon elle, c’est le trafic de drogue qui attire ces personnes dans le canton. «Tant qu’il y aura des consommateurs, il y aura des vendeurs.» Yves Nidegger n’est pas de cet avis: «En 18 mois, le requérant a le temps de se souvenir où il a mis son passeport. Il n’y a alors plus besoin d’accord de réadmission.» «JUSQUE DANS LES ANNÉES 60, GENÈVE AVAIT UN RÉSEAU DE TRAMS ALLANT JUSQU’À DOUVAINE OU SAINT-JULIEN. ON A RÉGRESSÉ.»
Manuel Tornare, conseiller administratif
LA CONSTITUANTEL’Assemblée constituante genevoise a jusqu’en 2012 pour dresser une nouvelle charte fondamentale. Le principal enjeu est de clarifier les relations – enchevêtrées – entre le canton et ses communes. «On a encore une vision trop paternaliste des communes. Il faudrait leur donner davantage de liberté», juge David Hiler. Il esquisse la piste d’un impôt communal basé sur le lieu d’habitation, sans tenir compte du lieu de travail. Loin d’être innocente, cette mesure amputerait la Ville d’une part importante de ses revenus. «Les grandes entités culturelles comme les musées (actuellement du ressort de la ville, ndlr) seraient alors subventionnées par le canton, ce qui semble plus rationnel», glisse-t-il. Le conseiller administratif Manuel Tornare aimerait pour sa part voir la ville gagner en poids, quitte à regrouper plusieurs communes au sein d’une grande entité urbaine. «C’est un échelon plus pertinent que le canton aujourd’hui.» Isabel Rochat veut au contraire «rééquilibrer la balance en faveur des petites communes face à la ville qui a trop de poids.» Mais cette réforme n’est pas près de voir le jour. Empêtrée dans une querelle au sujet de son budget et peuplée de seniors ou d’agitateurs, comme l’UDC Soli Pardo et le trublion d’extrême gauche Christian Grobet, la Constituante n’a que peu avancé dans ses travaux en un an. Jacques-Simon Eggly, l’un de ses quatre présidents, dénonce le manque de soutien du Conseil d’Etat. «Certains de ses membres voient la Constituante comme un exercice inutile.» Si David Hiler, François Longchamp et Charles Beer la soutiennent, Mark Muller et Laurent Moutinot ne se montrent guère enthousiastes. Pour Pierre Maudet, on s’est tout simplement trompé d’échelon: «On doit penser en termes de région franco-valdogenevoise. Presque plus aucun sujet ne se règle au niveau cantonal. » Il cite le cas du tronçon Lausanne-Genève, saturé, qui nécessite une réponse ferroviaire (3e voie), routière (élargissement de l’autoroute) et lacustre (navettes de la CGN entre la rive française et suisse). «Il faut procéder à une reventilation des compétences, à la fois vers les communes, vers un échelon régional à définir et vers la Confédération.» Manuel Tornare rappelle que le grand Genève était une réalité au XIXe siècle: «Le traité de Vienne (1815) rattachait plusieurs communes de Savoie à la ville. Et celui de Turin (1860) instaurait des zones franches autour de Genève, où les paysans français venaient vendre leurs produits.» Sans oublier que, jusque dans les années 60, la Ville possédait un réseau de tram allant jusqu’à Douvaine ou Saint-Julien. «On a régressé depuis cette époque. Nous manquons d’institutions communes.» Le socialiste prône la création d’une assemblée transfrontalière du Grand Genève, élue au suffrage universel. David Hiler pense que l’impulsion viendra de la base. «L’agglomération existe déjà pour les pendulaires qui franchissent quotidiennement les frontières cantonales ou nationales.» Comme souvent, les gens sont en avance sur la politique. A eux de dire quelle Genève ils veulent en glissant leur bulletin dans l’urne le 15 novembre.
LES NOUVELLESLa question «femme»Le gouvernement
cantonal sorti des urnes en 2005 ne comportait pas une seule femme.
Celui de la ville, élu deux ans plus tard, non plus. Quand les Verts,
les libéraux et les socialistes ont dû décider quels candidats envoyer
à l’élection au Conseil d’Etat, la pression pour inclure au moins une
femme sur leur ticket était donc à son comble. Chez les Verts, le choix
de Michelle Künzler pour accompagner le sortant David Hiler n’a pas été
trop difficile à faire. Ils avaient inscrit la parité dans leurs
statuts, ce qui réduisait considérablement leur marge de manœuvre. Et
l’homme susceptible de contester la place, le conseiller national
Antonio Hodgers, est jeune: il aura bien le temps de se représenter
plus tard. Au parti libéral, la nomination d’Isabel Rochat a été
plus tendue. Ce choix a pris son opposant, Olivier Jornod, par
surprise. Elu meilleur député par ses pairs lors d’un sondage de la
Tribune de Genève en début d’année, il pensait que sa candidature ne
ferait pas un pli, face à celle de la conseillère administrative de
Thônex, moins connue. Mais sa popularité et son profil très à droite
l’ont discrédité auprès des députés, qui craignaient de faire de
l’ombre au sortant Mark Muller, déjà critiqué en raison de sa gestion
du difficile dossier du logement. Le score élevé réalisé le 11 octobre
par Isabel Rochat (en seconde position derrière Mark Müller avec 15 491
voix) a achevé de l’imposer au sein de son parti, alors qu’Olivier
Jornod devait se contenter d’une décevante septième place, avec 14 350
voix. Au PS, on a carrément frôlé le psychodrame. La candidature
surprise du municipal Manuel Tornare, aussitôt qualifié de ladykiller,
a mis les trois femmes qui s’opposaient à lui sur les dents. Lors de
l’assemblée des déléguées, c’est pourtant Véronique Pürro qui finit par
s’imposer, devant Anne Emery-Torracinta, aux côtés de Charles Beer.
Ultime rebondissement, Manuel Tornare termine deuxième de l’élection au
Grand Conseil, avec 13 631 voix. Véronique Pürro n’arrive qu’en
quatrième position avec 13 014 voix.
LES SORTANTS
Une majorité de gauche en sursis
Sur
les cinq sortants qui se représentent, l’un sort du lot: le Vert David
Hiler. Lors des élections au Grand Conseil, il a été le mieux élu, avec
20 585 voix, dont un bon nombre provenant des camps socialiste et
libéral. Le grand argentier a accumulé une grande crédibilité, tant à
gauche qu’à droite, en sortant les finances genevoises des chiffres
rouges (un excédent de 280 millions de francs est prévu pour 2009) et
en réduisant en partie la dette de 13,2 milliards de francs, sans pour
autant couper dans les prestations sociales, ni augmenter les impôts –
il vient même de les baisser. «Je suis d’avis qu’il faut allier
responsabilité individuelle et redistribution du produit économique»,
détaille-t-il. Ou encore: «Je ne suis pas pour moins d’Etat, mais pour
un Etat plus agile.» Une vision post-moderne, parfois qualifiée de
politique du «ni, ni», qui fait fi des paradigmes étatistes du XXe
siècle défendus par la gauche classique, tout comme de
l’ultra-libéralisme promu par une partie de la droite.
Reste à
savoir si la gauche conservera sa majorité, acquise en 2005, ou si la
libérale Isabel Rochat lui ravira un siège. Au total, elle réunit 40,5%
des voix, contre 36,2 pour les partis bourgeois, si l’on se fie aux
résultats des élections au Grand Conseil. Mais ce chiffre inclut les
électeurs de l’extrême gauche, qui pourraient choisir l’abstention ou
les trois candidats communistes. Sans eux, PS et Verts ne pèsent plus
que 28,3%. La majorité n’est pas non plus acquise pour les partis
bourgeois. Si les locomotives François Longchamp et Pierre-François
Unger tireront leur ticket vers le haut, ils pourraient céder des voix
à la droite populiste, qui présente trois candidats, et subir le
contrecoup de l’impopularité du libéral Mark Muller. Mais la gauche
pourrait aussi souffrir du bilan du socialiste Laurent Moutinot, accusé
de ne pas avoir agi sur l’insécurité et mis en cause dans l’affaire
libyenne, de l’inexpérience de la Verte Michelle Künzler, qui n’a
jamais occupé de fonction dirigeante ou siégé dans un exécutif, ainsi
que de l’image centriste de David Hiler.
LES AIGUILLONS
Des idées pour faire bouger Genève
Membres
de l’exécutif de la Ville, représentant de l’économie ou défenseur de
la Genève internationale, ces quatre hommes réfléchissent à la Genève
de demain et le font savoir. En toute indépendance, puisqu’ils ne se
présentent pas à l’élection au Conseil d’Etat du 15 novembre. Le
radical Pierre Maudet et son collègue socialiste Manuel Tornare pensent
que l’échelon cantonal n’est plus d’actualité et appellent à se
projeter dans l’agglomération franco-valdo-genevoise. Le directeur de
la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey, insiste sur
l’importance de saisir les opportunités en matière de développement des
transports, publics et privés, pour ne pas répéter les erreurs du
passé. Le député PDC Guy Mettan lutte contre la «recourite » et la
multiplication des projets de loi, qui paralysent tous les grands
projets d’infrastructures à Genève.
LES TRUBLIONS
La droite populiste au gouvernement?
Au
début de la campagne, la candidature des deux MCG Eric Stauffer et
Mauro Poggia apparaissait plus comme un aiguillon destiné à accroître
la part de vote protestataire lors des élections au Grand Conseil que
comme une menace sérieuse sur l’un des sièges au Conseil d’Etat. Mais
la donne a changé le 11 octobre. Les 14,74% réalisés par le MCG, un
score qui a pris tout le monde au dépourvu, placent le parti au-delà
des radicaux (9,6%) et du PDC (9,9%), qui ont chacun un siège, et même
du PS (12,9%), qui en a deux.
Alors le MCG est-il assuré d’entrer
au gouvernement? Ce n’est pas si simple: l’élection au Conseil d’Etat
est davantage une question de personnes que de partis, ce qui pourrait
pénaliser le peu consensuel Eric Stauffer et le peu connu Mauro Poggia.
De même, l’élection en deux étapes – un particularisme genevois –
encourage les citoyens à exprimer leur mauvaise humeur lors de la
première échéance, puis à la corriger – par un vote plus centriste –
lors de la seconde. Enfin, sans alliance, il est presque impossible
pour un candidat de réunir les 33% de suffrages nécessaires pour être
élu.
Quant au candidat UDC Yves Nidegger, ces chances paraissent
minces depuis le 11 octobre: son parti a perdu deux sièges, chutant à
8,6% des voix. Le dernier espoir, pour lui, résidait dans une alliance
avec l’Entente. Les libéraux n’y semblaient pas trop hostiles,
contrairement aux radicaux et au PDC. Cela n’aurait d’ailleurs pas
manqué d’allumer un incendie entre les deux premiers, censés fusionner
avant les élections fédérales de 2011. Mais ce scénario a été
définitivement enterré juste avant l’élection au Grand Conseil avec la
publication des affiches de l’UDC fustigeant la «racaille» d’Annemasse.
Les démocrates du centre sont alors devenus infréquentable pour
l’Entente. Quant à une alliance avec le MCG, elle semble encore plus
improbable, les deux partis de la droite populiste ne se tenant pas en
grande estime et étant opposés sur certaines questions, comme
l’initiative sur les minarets que le MCG récuse.
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