Un tiers des pays du continent célébreront en 2010 un demi-siècle d’indépendance. Seize Etats au total situés en majorité en Afrique de l’Ouest, soit l’ancienne Afrique occidentale française (AOF). Singulièrement, Paris souhaite s’associer à ces réjouissances, pour compenser peut-être le recul de la France sur le continent (lire en page 26).
Mais, à y regarder de plus près, y a-t-il vraiment de quoi se réjouir? Le Niger, qui fêtera le 18 décembre, avait montré des signes de démocratisation. Mais Mamadou Tandja, l’autocrate en place, ne veut plus quitter le pouvoir. Triste bilan aussi au Cameroun, qui célébrera le 20 mai. Le père de l’indépendance, Félix Moumié, était assassiné le 3 novembre 1960 par les services secrets français à Genève et, depuis plus de trente ans, le pays est dirigé par le potentat Paul Biya. Longévité battue par Omar Bongo qui présida le Gabon de 1967 à 2009. Son décès fait place à son fils, Ali, sous l’œil bienveillant de Paris.
Ceux qui ne jouent pas le jeu de la Françafrique en font les frais, à l’exemple de la Côte d’Ivoire du «renégat» Laurent Gbagbo. Le pays dirigé de 1960 à 1993 par feu le président Félix Houphouët-Boigny, cette Côte d’Ivoire jadis qualifiée d’«Eléphant d’Afrique» (en regard des Tigres et Dragons d’Asie), n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le Togo, premier pays à célébrer son indépendance (le 27 avril), jadis stable, est en ruine. La Mauritanie, avant-dernière à fêter (le 28 novembre), collectionne les coups d’Etat; Madagascar, indépendante depuis le 26 juin 1960, est en proie à l’instabilité politique et à l’insécurité.
Les massacres font rage à l’est de la République démocratique du Congo, où l’on dénombre au moins 5 millions de morts en dix ans. Passé l’indépendance, le 30 juin 1960, le maréchal Mobutu y usurpa le pouvoir en assassinant Patrice Lumumba avec la complicité des Belges et de la CIA. Depuis sa disparition en 1997, l’ex-Zaïre ne sort pas du marasme.
L’ami de Paris. La République centrafricaine fêtera elle aussi, le 13 août, en omettant de rappeler que, en 1965, un certain Jean-Bedel Bokassa renversa le pouvoir pour se proclamer empereur sous le regard amical de Paris; le Tchad, libéré le 11 août 1960, a déjà connu plusieurs guerres. Exportateur de pétrole depuis 2003, il vit au rythme des coups d’Etat avortés contre son dictateur, Idriss Déby. Au Burkina Faso, le Che Guevara africain, Thomas Sankara, fut assassiné en 1987 par l’actuel président, Blaise Campaoré, qui maintient il est vrai une certaine stabilité au «Pays des hommes intègres». Le Bénin fêtera le 1er août, mais la situation économique de ce pays portuaire se dégrade. Et la Somalie, indépendante depuis le 1er juillet 1960? Ce pays fantôme n’a connu que la guerre.
En comparaison, le petit Sénégal pourra se féliciter, le 4 avril, d’une prospérité et d’une stabilité relatives, en oubliant que le niveau de vie s’y dégrade et que la guerre a repris en Casamance. Le Mali, affranchi un 22 septembre, peut se féliciter d’être à l’abri de vastes conflits, mais la sécheresse et des groupes armés au nord le menace désormais. Quant au Nigeria, géant économique et démographique avec 149 millions d’habitants, indépendant depuis le 1er août 1960, il vient de plonger dans une nouvelle crise due à la corruption. Riche en pétrole, le pays pourrait prospérer, mais une redistribution faible nourrit des rivalités ethniques et religieuses, ainsi que des rébellions dans le delta du Niger. Y a-t-il de quoi se réjouir?
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