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Un cruel dilemme

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 18.01.2012 à 11:40

Chaque fois qu’un confrère se fait tuer dans un pays en guerre ou en état d’insurrection, nous nous posons la même question: est-il justifiable de mettre la vie de journalistes en danger pour couvrir des conflits lointains et qui souvent nous dépassent? Ou est-ce, au final, comme dans bien d’autres domaines, un risque inhérent à la profession? Le décès de Gilles Jacquier redonne à ce dilemme une cruelle acuité.

Le 11 janvier, à Homs, atteint par un obus, le grand reporter de France 2 était tué sur le coup. Au bénéfice d’un visa officiel, il travaillait sous la protection du Gouvernement syrien. Comme Patrick Vallélian, rédacteur à L’Hebdo, et Sid Ahmed Hammouche, rédacteur à La Liberté, qui faisaient partie du même groupe et qui cosignent un récit poignant, publié à titre exceptionnel dans nos deux journaux (lire en page 12). En acceptant d’être «embarqués» par les autorités, les journalistes étaient bien conscients qu’ils participaient à une offensive de propagande. Depuis quelques semaines, les autorités syriennes cherchent en effet à présenter les opposants au régime comme des terroristes coupés de la population. Au final, cette visite s’est révélée être un piège destiné à décourager les observateurs étrangers. Ce que ni les uns ni les autres n’avaient anticipé.

Cette affaire éclaire une fois encore la nature du pouvoir syrien. Un Etat policier qui s’est assuré, au fil des décennies, un contrôle presque total sur le pays. Une armée, des services secrets et des milices qui tuent sans scrupule. Elle souligne aussi comment, alors que, en apparence, la situation dans les rues peut paraître relativement calme, au fil de coups de force brefs et souvent peu spectaculaires, le nombre de victimes n’en finit pas d’augmenter. Le 11 janvier, dans ce même quartier de Homs, 7 civils syriens ont aussi perdu la vie.

 

Pour comprendre l’histoire en train de se faire, le travail de terrain est irremplaçable.

 

Quand El-Assad tombera-t-il? Dans un mois? Dans un an? Ce qui est sûr, c’est que ce pays joue un rôle autrement plus crucial au Moyen-Orient que la Libye. Voilà pourquoi il faut se garder d’une analyse trop manichéenne de la poudrière syrienne. Comme l’explique Jacques Pilet, les fronts ne sont pas aussi clairs qu’on veut bien le croire. Il est probable, d’ailleurs, qu’une partie importante des Syriens, s’ils ne soutiennent pas le régime en place, craignent qu’il ne soit remplacé par les islamistes (lire en page 43). Le printemps arabe remet de plus en cause l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas. Et donc une partie de l’équation palestinienne.

Mais, pour comprendre ce qu’une situation a d’unique et de nouveau, pour saisir l’histoire en train de se faire, le travail de terrain reste irremplaçable. Malgré les réseaux sociaux et l’ubiquité rendue possible par les téléphones portables. A l’heure des obsèques de Gilles Jacquier, alors que sa famille et ses amis pleurent sa disparition, c’est une tragique évidence: ce journaliste de talent ne sera pas le dernier à tomber en essayant de faire son métier.




Tags: Journaliste tué, risque journalisme, reporter, Homs, Syrie,

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