Le déferlement de critiques à l’endroit de Hans-Rudolf Merz, contenu dans le rapport des Commissions de gestion du Parlement sur l’affaire UBS, a quelque chose d’inique. Ou, plutôt, il induit une regrettable erreur de perspective. Certes, on comprend mieux, maintenant, l’immense incurie du chef des Finances. On saisit par le menu les circonstances indignes dans lesquelles la Suisse a livré aux Etats-Unis le nom de 250 clients d’UBS pour prétendument sauver sa plus grande banque. En revanche, ce pavé de 363 pages ne nous apprend rien de très nouveau sur les dirigeants d’UBS et leurs agissements. Un demi-rapport, en quelque sorte ( lire l’article de Michel Guillaume et d’Yves Steiner).
Dans leur conclusion, ses auteurs le reconnaissent d’ailleurs volontiers. Pour faire toute la lumière, ils recommandent ainsi au gouvernement de faciliter une action judiciaire contre les anciens dirigeants d’UBS. Une injonction reprise avec éloquence par le président du PDC, Christophe Darbellay, qui en appelle à l’honneur de l’ancien conseiller fédéral Kaspar Villiger, l’actuel capitaine du tanker de la Bahnhofstrasse (lire l'interview, par Michel Guillaume).
Vœu pieu? Effet de manches alibi? Sans doute, si cette recommandation n’est pas accompagnée d’une pression politique forte et, pourquoi pas, d’un ultimatum avant la discussion aux Chambres sur l’instauration d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP). Et à ceux qui prétendent que la place financière et la Suisse avec elle n’ont rien à gagner à un nouveau «déballage», il faut répondre: bien au contraire, il est dans l’intérêt général de crever l’abcès. Avant de tourner la page.
La direction actuelle d’UBS, comme tous les collaborateurs de la banque, en sortiraient grandis, eux qui tentent de redresser la barre et de faire oublier les errances passées. Les établissements cantonaux et privés en profiteraient aussi, eux qui subissent l’amalgame avec les infractions commises par la grande banque aux Etats-Unis. En manifestant sa détermination, le Conseil fédéral regagnerait, lui, son crédit aux yeux d’une population écœurée par cette prise en otage du pays entier.
Enfin, un examen approfondi du cas UBS permettrait de mieux comprendre la dérive de la finance, ces dix dernières années. Le patron de la Banque nationale suisse, Philipp Hildebrand, livrait récemment des chiffres édifiants: entre 2004 et 2009, UBS a perdu 41,7 milliards de francs dans l’«investment banking». A Credit Suisse, ce même type d’activités s’est révélé trois fois moins rentable que la gestion de fortune. La ruée des banques helvétiques sur Wall Street s’est ainsi traduite par des prises de risques (et des boni) hallucinants et... un retour sur investissement pour le moins douteux.
Que Hans-Rudolf Merz tire bientôt sa révérence, soit. Mais laisser dans l’ombre les vrais responsables du désastre, Marcel Ospel et sa bande, c’est inacceptable. La fin de l’histoire reste à écrire.
La nouvelle UBS a intérêt à crever l’abcès. Avant de tourner la page.
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