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Un escort-boy, fantasme à 300 francs

Mis en ligne le 18.03.2004 à 00:00

Compagnie L'une consomme du sexe, l'autre pas. Mais toutes deux payent des hommes pour satisfaire certains de leurs besoins. Françoise Boulianne fait le marché en leur compagnie.

L'Hebdo; 2004-03-18

Un escort-boy, fantasme à 300 francs Compagnie L'une consomme du sexe, l'autre pas. Mais toutes deux payent des hommes pour satisfaire certains de leurs besoins.

Compagnie L'une consomme du sexe, l'autre pas. Mais toutes deux payent des hommes pour satisfaire certains de leurs besoins.Françoise Bouliannefait le marché en leur compagnie.

Sylvie a 51 ans. Elle est commerçante. Petite, blonde, elle bride ses seins et ses hanches dans de stricts tailleurs. Elégante, décidée, divorcée. Deux ou trois fois par an, elle part en voyage d'affaires à Londres. Journées palpitantes entrecoupées de mornes soirées solitaires. «Un soir, feuilletant un magazine qui traînait dans ma chambre d'hôtel, je me suis arrêtée sur une petite annonce illustrée par un portrait. Un solide athlète, visiblement. On devinait des poils, là, à l'échancrure du col de sa chemise. Cela m'a frappé, ce contraste entre le sex-appeal du bonhomme et le côté impeccable de sa tenue. L'agence proposait des escort-boys à des femmes dans mon genre, plus assez jeunes pour emballer un garçon dans un bar, mais pas assez résignées pour avoir renoncé à leur vie sexuelle.» Le ver était dans le fruit mûr. Sylvie n'a pas décroché son téléphone ce soir-là, mais lors de son séjour suivant.

«J'étais très intimidée, avoue-t-elle. Je m'étais demandé cent fois comment serait le garçon à louer, s'il me plairait, comment nous passerions du premier contact au lit, ce que j'aurais envie qu'il me fasse. Finalement, me convainquant que je n'avais rien à perdre, j'ai demandé à l'agence de m'envoyer un homme pour deux heures. Il est passé me prendre à l'hôtel et je l'ai invité au restaurant. J'avais beau me méfier, j'ai très vite oublié que j'allais le payer. Il était très galant, un vrai manuel de savoir-vivre. C'était si agréable que j'ai fait l'impasse sur le côté artificiel, visiblement professionnel, de son intérêt pour moi. Je lui ai demandé s'il était libre de jouer les prolongations. C'était oui. Nous sommes rentrés à l'hôtel. J'avais l'impression que tout le monde me regardait. Bizarrement, cela m'a plutôt émoustillée et j'ai pris le bras de mon jeune partenaire pour traverser le hall.»

Un peu incestueux? Ravie, Sylvie s'était juré de revoir son amant d'un soir. Quand elle est retournée à Londres, il ne travaillait plus pour l'agence. Elle a accepté un remplaçant. «Il était plus beau que le premier, bien élevé, cultivé et tout. Mais le courant n'a pas passé. Je suis rentrée seule et, depuis, je n'arrive plus à décrocher le téléphone pour tenter de retrouver les sensations de la première fois. Je me demande même si je ne fais pas un blocage, motivé par un sentiment de culpabilité. Cet amant à louer avait le même âge que mon fils aîné. C'était peut-être un peu incestueux, vous ne croyez pas?»

Interrogée sur le prix des services de ces jeunes gens, notre interlocutrice affirme ne plus s'en souvenir. «Mais ce n'est pas cela qui m'a gênée, souligne-t-elle. Au contraire, je m'étais dit que c'était quand même plus marrant que de m'offrir une belle robe. J'avais le sentiment d'être une pionnière, rien que ça!»

Corinne a 48 ans.Elle sait très bien , elle, ce qu'il lui en coûte d'avoir un peu d'attention. Elle débourse 300 francs pour chaque heure passée avec son escort-boy. Et elle avoue que cela lui plaît, de payer. «Comme cela, si je ne suis pas contente, je peux me plaindre à l'agence.» Ancienne courtepointière, elle fait aujourd'hui des ménages et arrive péniblement à gagner 3000 francs par mois. Alors, elle économise et ne peut s'offrir son petit luxe préféré que deux ou trois fois l'an. Son fantasme à elle, c'est d'être portée. Elle a fait des claquettes, de l'acrobatie, du théâtre, du chant. Elle a donné des spectacles, lors de fêtes organisées par des sociétés sportives ou caritatives. Mais son partenaire a vieilli. Le trouvant par trop dominateur, elle n'a plus voulu être sa maîtresse. Se trouvant trop fourbu, il n'a plus voulu la porter. Elle s'est retrouvée seule, enfermée dans son petit corps, avec ses yeux d'Ava Gardner pour pleurer.

Elle a mis des petites annonces. Femme, quarante et quelques années, cherche homme costaud pour la porter. «Soit c'étaient des hommes de 70 ans, hors de question, soit c'étaient des nuls. L'un d'eux m'a donné rendez-vous devant la gare de Genève, en me disant que je le reconnaîtrais à son pull rouge. En fait, il était en bleu. Il a pu m'observer à loisir, en train de l'attendre. Et comme je ne lui plaisais sans doute pas, il s'est éclipsé. Un autre m'avait retrouvée dans un café. Il est sorti, sous prétexte qu'il avait oublié son natel dans sa voiture. Je ne l'ai jamais revu. Eux, ils veulent du sexe, avec de belles femmes. Moi, j'ai besoin d'autre chose. J'ai compris que je n'arriverais à rien par cette méthode. C'est là que je me suis dit qu'il me fallait un escort-boy. J'ai appelé le 111. Ils ne connaissaient pas. J'ai regardé la rubrique Contacts de GHI et j'ai trouvé.»

Besoin d'être portée Quand l'agence lui a demandé ce qu'elle souhaitait, elle a répondu: «Je vais vous choquer. Mon désir est très spécial, j'ai juste besoin d'être portée.» La dame, elle s'appelait Lolita, lui a répondu que rien ne la choquait, que tout le monde avait des besoins différents et que si c'était celui-là, c'est que quelque chose lui avait manqué.

Placée jusqu'à l'âge de six ans, elle n'a retrouvé son père que pour le voir jouer avec son frère et sa soeur et jamais avec elle, sous prétexte qu'elle était trop grande. Une fois, sa mère l'a portée sur son dos. «C'est la seule fois où quelqu'un s'est amusé avec moi.» Mais son père les a engueulées. Ignorée, battue, elle refait le passé à sa manière. «J'ai besoin de décoller de terre, portée par des bras solides. Là, et là seulement, je me sens en sécurité.»

Des escort-boys, elle en a connu plusieurs. Dans ce métier, la rotation du personnel est encore plus importante qu'ailleurs. Christian était «super». Il lui disait que chaque fois qu'il la rencontrait, il apprenait quelque chose. Elle lui montrait des pas de rock, lui parlait de théâtre ou de clowns. Il lui racontait ses autres clientes, la femme peintre qui le payait juste pour qu'il regarde et commente ses tableaux, la ménagère qui le payait juste pour l'accompagner au supermarché et ne lui adressait même pas la parole.

Aujourd'hui, elle voit Philippe, un Portugais. Il lui a promis, la prochaine fois, de l'emmener au bord du lac et de la prendre dans ses bras «comme les jeunes font». Mais elle n'a pas encore pu réaliser ce rêve: son vélomoteur est tombé en panne, elle a dû changer des pièces, et ses économies se sont envolées. Qu'importe, elle patiente en imaginant déjà la suite. «S'il n'y avait pas ces agences, cela fait longtemps que je serais six pieds sous terre.»

L'offre et la demande A entendre Sylvie et Corinne, rien de plus facile que de s'offrir un petit caprice, sexuel ou pas. Nous avons voulu tester. Les agences conseillées étant perpétuellement aux abonnés absents, nous nous sommes rabattue sur internet, pages suisses, escort-boys.

Un site facilite l'opération en recensant toutes les offres à l'aide de son «robot Surfin Spider V2.4». Il présente une bonne douzaine de photos d'hommes opérant en Suisse. La plupart des garçons scannés ne se présentent pas à visage découvert. Il faut essayer de deviner qui ils sont en contemplant une belle paire de fesses, un torse musclé, un tatouage ou un slogan, du genre «plan baise ou plan suce?». Pas si compliqué.

Eliminé, Toni, ventre mou, yeux cachés par un bandeau noir, très premier degré - ou alors septième: il brandit une perceuse, façon probablement de signifier que les trous, ça le connaît. Eliminé, Steeve et son jeans ouvert sur ses bijoux de famille reposant sur un lit de poils pubiens. Eliminé, Tony, qui pose dans une chambre minable avec ses habits défraîchis, en attendant sa prochaine piquouse. Hors concours, Darius et Eric, dont les téléphones mobiles sont hors service. Hors d'atteinte Thomas, qui s'est donné la peine d'indiquer son code déontologique, mais qui n'est pas disponible cette semaine. «J'ai aussi une vie privée», s'indigne-t-il lorsqu'on insiste pour le voir. Petit regret pour Marc, qui se fend d'un site perso de quatre pages très classe, propose des tarifs raisonnables, mais oublie d'indiquer le moyen de le contacter.

Reste Carlos, une gueule de petite frappe, mais faute de grives... «C'est possible, Françoise, dit-il d'une voix alanguie. Vous avez quel âge? La cinquantaine? Vous êtes une femme? Oh la la, il faut que je vous dise, je préfère les garçons. Je suis gay, Françoise.»

Soirée à 600 francs Reste Romeo, qui ressemble à Thierry Ardisson. Faire l'escort ne suffit pas à le nourrir. Il est d'abord masseur, ensuite chauffeur, et finalement ce qu'on veut. Très pro. Jolie voix. Une pointe de tendresse. 200 francs pour trois heures. «Je fais de bons tarifs, je veux que les clientes reviennent.» Il aime les femmes, affirme-t-il, soulignant qu'il va bien trouver le moyen de me satisfaire, parce qu'il aime l'humour qu'il sent pointer dans ma conversation. Cette semaine, il est un peu bloqué. Mais il pourrait me recevoir, tard le soir, à Zurich. A voir.

Reste Christophe, très beau mec qui promet qu'avec lui, on ne s'ennuie pas. Hélas, il est sur la Côte d'Azur en ce moment. Mais à son retour, on peut tout envisager. «J'ai presque 33 ans, dit-il, j'apprends tous les jours. L'âge, c'est dans la tête des gens. On a peut-être des affinités. Et même si on n'en a pas, je ne m'enfuirai pas en courant. Je prends environ 600 francs pour une soirée, et je ne regarde pas la montre. J'aime la belle vie, les belles choses, c'est ce que j'ai l'habitude de dire. Appelez-moi à mon retour, Françoise, pas de problème.»

Le problème, Christophe, c'est que mon article sera alors publié et que je n'aurai plus besoin de vous voir. |

Mauvaise Passe Daniel Auteuil joue les gigolos dans le film de Michel Blanc.

Internet De nombreux sites permettent aux femmes solitaires de faire leurs emplettes.

Un thème qui dérange

Si Josiane Balasko vient de publier aux éditions Fayard son premier roman, Cliente, c'est parce que aucun producteur n'a voulu financer le film qu'elle souhaitait réaliser sur ce thème défendu. «On ne va pas parler d'une femme de 50 ans qui baise des gigolos, lui a-t-on rétorqué, c'est dégueulasse.»

Michel Blanc s'est heurté au même tabou avant que Claude Berri vienne à sa rescousse et produise Mauvaise Passe, en 1999. C'est l'histoire d'un professeur (joué par Daniel Auteuil) qui abandonne collège et famille, de peur de vieillir avant d'avoir vécu. Réfugié à Londres, il se retrouve escort-boy. D'abord fier de ses talents, il est petit à petit contraint de s'alcooliser et de s'envoyer quelques lignes de coke pour s'efforcer de bien tenir son rôle.

La même année, Paul Greengrass réalise The Theory of Flight, maladroitement traduit par Envole-moi. Helena Bonham-Carter incarne Jane, 25 ans, atteinte d'une sclérose latérale amyotrophique qui nuit à son pouvoir de séduction mais n'étouffe pas sa vive intelligence. Elle rêve de faire l'amour. De connaître ce vertige, au moins une fois. Son éducateur, un artiste raté (Kenneth Branagh), accepte de l'aider à engager un escort-boy. L'expérience est décevante. June est trop sensible pour ne pas paniquer devant l'approche toute technique du professionnel.

Deux films passionnants, qui mériteraient d'être rapidement réédités en DVD: ils sont actuellement en rupture de stock. | FB

«Je m'étais demandé cent fois comment serait le garçon à louer, comment nous passerions du premier contact au lit, ce que j'aurais envie qu'il me fasse.» Sylvie, 51 ans

Escort-Service




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