POLITIQUE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > POLITIQUE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

La chronique de Jacques Pilet
Un fantasme français

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 12.10.2011 à 14:49

 

Mais qu’est-ce donc, cette «démondialisation» dont, en France, la coqueluche socialiste du moment, Arnaud Montebourg, arrivé troisième derrière Hollande et Aubry aux primaires du parti, fait un cheval de bataille?

On peut aisément suivre ce brillant jeune homme (49 ans tout de même…) quand il réclame une réforme des institutions, une «sixième république», un contrôle strict sur les manigances des banques, ou un impôt sur les transactions financières.

On comprend trop bien aussi qu’il déclare la guerre à la corruption qui répand sa puanteur sur l’entourage du président actuel… et certains fiefs de gauche du côté de Marseille. Mais quand il appelle de ses voeux un retour au protectionnisme, on se demande ce qu’il a au juste derrière la tête.

Il s’agirait donc de pénaliser les importations des pays qui ne respectent pas les normes sociales et écologiques européennes. Visée, la Chine bien sûr. Mais une telle proposition mettrait aussi hors d’eux les Brésiliens, les Indiens et bien d’autres qui n’y verraient qu’un barrage scandaleux au commerce international.

Pour beaucoup de Français, les manufactures chinoises qui, il est vrai, maltraitent sans vergogne leurs petites mains, sont responsables de la désindustrialisation de l’Hexagone. Que l’Allemagne, le Benelux et les pays scandinaves échappent à ce déclin bien que soumis à la même concurrence asiatique ne trouble pas cette idée reçue.

Pourtant, les chiffres contredisent la vision simpliste d’une France qui s’abîmerait dans les déficits commerciaux à cause de la méchante Chine. D’où viennent les importations françaises? D’Europe (UE et hors UE) pour plus de 60%… L’Allemagne compte deux fois plus lourd que la Chine qui vient en deuxième position.

Et quel pays en numéro 3, talonnant de peu le géant asiatique? La Belgique! Personne n’en parle, elle est pourtant une championne de l’exportation (pharmas, chimie, automobile, électronique…). C’est elle qui creuse le plus le déficit commercial français après le géant asiatique et la soeur allemande. Serait-ce contre elle qu’il faudrait «se protéger»?

Et attention: les Italiens vendent presque autant que les Belges aux Français… Enfin, gare aux Suisses (!): ceux-ci exportent plus vers la France… que le Japon!

Au total, l’Asie figure pour 16% des importations françaises. La désigner comme la tueuse de l’économie européenne tient du fantasme.

Ces statistiques (tirées de l’excellent site des Douanes françaises) bouleversent les clichés. Leur leçon est dure: le déséquilibre des échanges de la France est dû davantage aux faiblesses de son tissu économique qu’au «dumping social».

Manque de PME, pas de politique industrielle novatrice, priorité à la finance… Ce n’est sûrement pas en posant de nouvelles barrières que le paysage embellira.

Exemple: le chantre du protectionnisme veut que le marché français des avions soit réservé à Airbus… Il feint d’oublier que les principaux clients de la marque, chinois, américains ou brésiliens, répondraient à une telle mesure par un boycott immédiat.

Réclamer, comme les Montebourgeois, un «protectionnisme européen» n’a donc aucun sens. De toute façon, au sein de l’Union européenne, à peu près personne n’entend ce langage.

Mais n’y aurait-il pas anguille sous roche? Montebourg, en 2005, disait non, comme Fabius, à la Constitution européenne. Ces «nonistes» relèvent la tête aujourd’hui. A l’extrême droite, ils rêvent carrément d’une sortie de l’euro. A gauche, ils restent dans un flou tactique. A l’heure où un consensus semble se dessiner en faveur d’un renforcement des compétences de l’Union européenne pour faire face à la crise financière mondiale, il est tentant pour nombre de politiciens, pas seulement en France, de miser sur la carte opposée.

Quel jeu joueront les socialistes français au bout du compte? Ils ont de fortes chances d’arriver au pouvoir en 2012. Ils pèseront lourd sur la destinée européenne. Dans quel sens? D’ici aux élections, sur ce sujet, ils resteront d’une prudence de Sioux pour n’effaroucher ni les uns ni les autres.

Dans leurs discours de ces derniers jours, en dépit des turbulences financières mondiales, les candidats à l’Elysée ont même évité d’aborder toutes les questions internationales. Une forme de protectionnisme intellectuel!

Le déséquilibre des échanges de la France est dû davantage aux faiblesses de son tissu économique qu’au dumping social.




Tags: Jacques Pilet, chronique, démondialisation,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de GED
le 13.10.2011 à 16:50
Votre analyse est un peu spécieuse, car vous savez que...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


POLITIQUE
Le comité de l'initiative de Franz Weber critique son application
L'application de l'initiative sur les résidences secondaires pose problème (archives) Keystone
Le comité de l'initiative Franz Weber sur les résidences secondaires ne veut pas que des logements existants puissent être vendus...
POLITIQUE
Bankia: le nouveau président défend l'équipe qui l'a précédé
La banque espagnole Bankia, a demandé un pr^et de 19 milliards d'euros (archives)  Keystone
Le nouveau président du groupe espagnol Bankia, Jose Ignacio Goirigolzarri, qui a sollicité vendredi une aide record de 19 milliards...
POLITIQUE
L'Azerbaïdjan accueille l'Eurovision sur fond d'interpellations
Une opposante arr^etée par la police devant le Palais de Cristal (archives) Keystone
L'Azerbaïdjan se préparait samedi pour la finale de l'Eurovision dans la capitale. Bakou a mis les bouchées doubles pour montrer...
POLITIQUE
Près de 2000 protestants à la loi spéciale à Montréal
Les manifestants protestent contre une nouvelle loi liberticide notamment (archives) Keystone
Une pluie battante n'a pas réfréné la motivation des opposants à la hausse des frais de scolarité et à la...
POLITIQUE
Syrie: les rebelles se désengagent du plan Annan sauf si l'ONU agit
Un enfant blessé évacué à Alep (image tirée d'une vidéo amateur diffusée par Shaam News Network) Keystone
L'Armée syrienne libre (ASL), essentiellement constituée de déserteurs, a estimé samedi n'être plus tenue par son engagement au plan de...


POLITIQUE
 "Occupy Wall street": Panique chez les ploutocrates
Il reste à savoir si les manifestations du mouvement Occupy Wall Street changeront la donne en Amérique. Cependant, les manifestants...
POLITIQUE
 Montebourg et les «impétrants»
Il reste évidemment facile, devant son poste télé, de railler les égarements dans les nuances de la langue que commettent...
POLITIQUE
 Elections: La chambre des Lumières
FÉDÉRALISME Soucieux des compétences des cantons, les sénateurs, dont dix-sept sont d’anciens conseillers d’Etat, consultent beaucoup la Constitution, leur bible. Peter Mosimann
Les sénateurs ne se prennent pas pour la queue de la poire. Normal. Quand l’un d’entre eux s’exprime, posément installé...
POLITIQUE
 Grâce et disgrâce - L’heure de se désenvoûter
C’était une jolie fable que celle des UDC des villes et des UDC des champs. Plus d’une décennie que le...
POLITIQUE
 La lettre ouverte de Jacques Neirynck à Theo Maissen
Mon cher collègue, Le 17 mai 2011, votre commission rejetait, par 9 voix avec 2 abstentions, une motion qui avait...