C’est presque un clin d’œil. Il y a une dizaine d’années, Eric Linder et Claude Ratzé étaient programmateurs pour le Festival de la Bâtie, manifestation née autour d’un quartier genevois. Aujourd’hui, les voici réunis à nouveau à la barre d’un événement, le Festival Antigel, créé à l’échelle du canton de Genève. Du microcosme au macrocosme il n’y avait qu’un pas... pas si facile à franchir.
«Cela fait quatre ans déjà que nous caressons ce projet, raconte Eric Linder. Mais le véritable acte fondateur remonte à 2008, autour d’une soupe.» Ce soir-là, les deux hommes réunissent les délégués culturels d’une quinzaine de communes genevoises, afin de leur présenter leur idée: un festival qui essaimerait d’une cité à l’autre. «Il s’agissait d’explorer une nouvelle cartographie culturelle, explique Claude Ratzé, tout en restant à l’écoute des envies de chacun.»
Des conseils administratifs aux responsables de salles, les deux programmateurs – rejoints par l’administratrice Thuy-San Dinh – ont pris leur bâton de pèlerin durant plusieurs mois, afin de façonner l’événement ensemble avec les villes. Sans jamais perdre de vue leur volonté de ne pas créer «qu’un» nouveau festival, mais de lui imprimer une identité propre.
Le résultat est à la hauteur de l’investissement. Durant deux semaines, Antigel réinvestit l’espace urbain, naviguant d’une ville à l’autre, s’emparant d’espaces aux vertus insoupçonnées. Le tout en restant fidèle aux spécialités d’Eric Linder et de Claude Ratzé, respectivement la musique et la danse, entre rencontres inédites et présence de musiciens passés maîtres dans la mise en son de spectacles.
Et si la tête d’affiche avouée reste Patti Smith – en formation acoustique dans l’écrin toujours magique du Victoria Hall – Antigel se démarque surtout par ses créations.
Concerts d’autoradios. Le dépôt des TPG à Lancy sera ainsi le cadre d’un voyage coloré, baptisé Tram fantôme, durant lequel les spectateurs découvriront au hasard des dédales les mouvements élastiques des danseurs brésiliens Membros ou le blues-rock déjanté de l’homme-orchestre portugais The Legendary Tigerman.
L’électronicien allemand Oval croisera quant à lui le fer avec les nageuses synchronisées du JNO dans les bassins d’Onex, tandis que le multi-instrumentiste genevois POL s’emparera du parking de la Migros de Carouge pour un mystérieux concert d’autoradios.
Original et cohérent à la fois, Antigel s’impose dès sa première édition comme un événement réjouissant, capable de réchauffer la froideur de l’hiver genevois comme de décongeler son horizon culturel.
Les différentes villes participant au projet l’ont bien compris, contribuant largement au 1,4 million de francs de budget du festival. Qui peut déjà songer à sa deuxième édition. Et envisager d’élargir encore son périmètre, selon les envies et les opportunités qui naîtront.
Festival Antigel. Genève et région. Du di 6 au di 20. www.antigel.ch
Trois concerts à ne pas manquer
Mark Kozelek
Leader des défunts Red House Painters et de Sun Kil Moon, l’Américain est un orfèvre rare et précieux, à la voix magnétique et au songwriting aérien.
Carouge. Temple. Lu 7, 20 h 30.
Beak›
Projet parallèle de la tête pensante de Portishead, Beak› distille des climats krautrock et bruitistes. En première partie, Stephen O’Malley (Sunn O)))) fera chanter les infrabasses.
Genève. Usine. Je 10, 21 h.
Fennesz
Maître ès sons electro, l’Autrichien est le roi des projets sans filet. Nul doute que sa création de Piscine Soundsystem (dans une eau à 34°) sera une expérience réussie.
Confignon. Bains de Cressy. Ma 15, 21 h 15.
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