1953 André Bettencourt, mari de Liliane, siège comme député. Vingt ans après, alors ministre de Pompidou, il monte un pacte d’actionnaires entre Nestlé et L’Oréal. AFP
Affaire Woerth
L’Oréal, un «groupe qui le vaut bien»... pour Nestlé
Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 14.07.2010 à 13:24
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BATAILLE. Derrière l’affaire Bettencourt se cache l’avenir de L’Oréal et son contrôle par Nestlé. Sueurs froides pour la République et son président, Nicolas Sarkozy.
«Je souhaite que L’Oréal, 17 milliards de chiffre d’affaires, 64 000 employés, ne parte pas dans un autre pays.» A la fin de son entretien, ce 12 juillet sur France 2, Nicolas Sarkozy a lancé un avertissement en direction de Vevey, siège du groupe agroalimentaire Nestlé. Un moment où l’on a senti le président de la République être d’une sincérité rare. Tout cela en raison d’un pacte d’actionnaires vieux de quarante ans et au sujet duquel l’entourage du président français se montre fébrile.
C’est que, derrière l’affaire Bettencourt-Woerth, se trouve une question des plus sensibles pour le locataire de l’Elysée: la prise de contrôle du géant de la cosmétique par Nestlé, son actionnaire de référence. A intervalles réguliers, la menace réémerge dans les propos des dirigeants politiques, comme en écho à ceux tenus par la direction du mastodonte français détenteur de marques comme Garnier, Lancôme, Giorgio Armani, Diesel ou Vichy.
La gauche fait peur. Pour saisir ce qui se noue en coulisses, revenons une quarantaine d’années plus tôt. Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République avec 400 000 voix (0,8%) d’avance sur son rival François Mitterrand, arrivé en tête au premier tour. Ce ne sera que partie remise pour le socialiste qui succédera à Valéry Giscard d’Estaing en 1981.
En ces mois de 1974, la poussée de la gauche donne des sueurs froides au patronat hexagonal. Mai 68 hante l’esprit des capitaines d’industrie. Et si la gauche arrivait au pouvoir et nationalisait les fleurons industriels de France? Héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt et les siens le craignent.
Son mari André, ex-propagateur de l’idéologie nazie en France vichyste et désormais ministre délégué aux Affaires étrangères, monte un plan*. Une opération avalisée par le ministre des Finances d’alors et candidat à l’Elysée, Valéry Giscard d’Estaing. Pour contrer les velléités de la gauche, il faut allier L’Oréal à un groupe étranger: Nestlé.
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