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Ainsi, le groupe de Vevey s’empare de 29,78% du leader des cosmétiques, alors que la famille Bettencourt en conserve 31%. En contrepartie, cette dernière acquiert 3% du géant helvétique de l’agroalimentaire.
Echange d’actions, échange de dirigeants aussi. André Bettencourt et François Dalle, patron de L’Oréal, intègrent le conseil d’administration de Nestlé. Et la tradition perdure. Peter Brabeck-Letmathe, président de Nestlé, est aussi vice-président de L’Oréal, tandis que Jean-Pierre Meyers, gendre de Liliane Bettencourt, siège au conseil d’administration des deux firmes.
Depuis, le pacte d’actionnaires a été amendé à plusieurs reprises avec une constance: conserver un précieux équilibre entre la famille Bettencourt et Nestlé. Dans sa dernière mouture, en 2009, les deux parties s’engagent à ne pas céder leurs actions dans un délai de six mois après la mort de l’héritière des Bettencourt, âgée de 87 ans.
Statu quo. C’est une évidence, L’Oréal d’hier ne ressemble pas au géant actuel qui affiche un chiffre d’affaires de 23 milliards de francs suisses pour un résultat net de 2,5 milliards. En dixhuit ans, les participations de Liliane Bettencourt lui ont fait ainsi multiplier sa fortune par 5 à plus de 22 milliards de francs. En cas de décès de Liliane Bettencourt, que fera son héritière de fille, Françoise? Mystère, et la presse française de lui prêter de sombres intentions, en particulier depuis les enregistrements publiés par Mediapart à ce sujet. Surtout, que fera son mari, Jean-Pierre Meyers, administrateur de Nestlé, suspecté de vouloir céder le contrôle de L’Oréal? Des intentions que le couple dément.
Et Nestlé? Alors que sa marge de progression dans l’agroalimentaire pourrait être limitée en raison de sa position dominante, l’acquisition de L’Oréal est-elle une chance? Pour vendre, par exemple, des eaux minérales, des biscuits et du shampoing dans une échoppe, de Genève à Djakarta? Ces questions n’ont pas trouvé de réponse auprès de Paul Bulcke, patron de Nestlé, qui, le 22 juin passé à Reuters, s’est contenté de se déclarer en faveur du statu quo. Une position appelée de ses vœux par Nicolas Sarkozy. Peutêtre parce que les propriétaires français de L’Oréal ont fait preuve depuis des décennies d’une grande générosité auprès de la droite républicaine française. C’est ce que rappelle l’affaire Bettencourt-Woerth.
* Nestlé, Bettencourt et les nazis. De Charles Poncet, L’Aire, 2010 (première édition: 1995).
L’ESSENTIEL EN 3 POINTS
AGACEMENTS Depuis 2005, les relations entre Nicolas Sarkozy et la Suisse ont plusieurs fois donné lieu à des tensions entre une France volontiers condescendante et sa voisine parfois méprisée.
INTÉRÊTS Même si les attaques peuvent être rudes, les deux pays sont cependant condamnés à s’entendre, en raison des liens qui demeurent aussi forts qu’anciens entre Paris et la place économique et financière helvétique. Le 21 juillet, la présidente de la Confédération Doris Leuthard se rendra à Paris pour une visite de travail officielle et s’entretiendra avec le président de la République Nicolas Sarkozy. Lire l'article «Du poil à gratter à l'entente obligée», par Yves Steiner et Philippe Le Bé
NESTLÉ ET L’ORÉAL Derrière l’affaire Bettencourt, c’est l’enjeu d’un contrôle de L’Oréal par Nestlé qui est sur la table. La France fera tout pour éviter de voir s’échapper ce fleuron industriel.
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