Un jour dans la vie de ... Alain Marra

Par Eric Felley - Mis en ligne le 10.07.2008 à 00:00

Le blues du piano bar

Il est 10 heures, Paris s’éveille et Alain Marra n’a plus sommeil. De son vrai nom Courvoisier – «comme le cognac», précise-t-il – ce musicien de 29 ans, né à Fribourg, vivant à Neuchâtel, a déjà derrière lui dix ans de bons et loyaux services comme pianiste de bar et chanteur dans les hôtels, les bars ou les mariages. La TV régionale neuchâteloise Canal Alpha vient de lui consacrer un reportage de «17 minutes», dont il n’est pas peu fier. S’il est à Paris aujourd’hui, c’est pour approcher des producteurs et des arrangeurs qui permettraient de lancer sa carrière. Il rencontre Roger Loubet qui a travaillé pour Johnny Hallyday et Michel Sardou ou Patrick Sigwaldt, arrangeur de Manu di Bango. Il a rencontré par ailleurs Luc Plamondon, le producteur canadien qui s’intéresse à son travail.
Dans le monde parisien de la musique, ces noms sonnent comme les portes du succès, Mais il faut payer de sa personne et vivre la nuit. La vie n’est pas simple pour Alain Marra, avec deux enfants de 3 et 7 ans: «Pour l’instant je survis. C’est très dur d’accommoder la vie professionnelle à la vie de famille.» Levé à 10 heures, il passe une heure ou deux au téléphone pour trouver des contrats et nouer des contacts. «Il faut beaucoup de relationnel dans notre métier. Je suis totalement indépendant et un peu en marge de la société. C’est une vie de solitaire. Cela se traduit par des ennuis financiers, je voyage beaucoup, je joue dans toute la Suisse, je suis souvent dans le train. C’est ma bulle où je fais les plus belles rencontres.»
Son père, Jacky Courvoisier, était musicien, accordéoniste d’Arlette Zola. Son frère est batteur. Lui a commencé par la magie: «Ma spécialité, c’est le jeu avec les cartes. Je peux transformer quatre cartes rouges en quatre noires.» Puis ce fut le piano. Des blanches et des noires. Pianiste professionnel, autodidacte en tout. «Une fois réveillé, après avoir fait mes téléphones, je joue environ huit heures de piano par jour: boogie, blues, funk, variétés, ambiance. J’adore jouer Elton John ou La Foule d’Edith Piaf, mais ma force c’est l’improvisation. Je saute du coq à l’âne, j’adore la finesse dans la musique, la vibration d’une seule note… Je place peut-être la barre trop haut, je suis très perfectionniste.»
A 29 ans, il revendique une vie de bohème dans un monde qui ne s’y prête guère, tout en espérant s’en sortir et trouver une certaine stabilité: «En Suisse, être musicien indépendant comme moi n’est vraiment pas considéré comme un métier. Je ne ramène pas un salaire fixe tous les mois. Il y a des soirées entre 300 et 1000 francs, mais aussi des périodes sans contrat. Le plus pénible est de jouer dans les hôtels pour des gens qui ne m’écoutent pas.»
Dans ces journées parisiennes, il rêve d’une autre voie, d’un album, d’une reconnaissance. Il a l’énergie, le talent, il est généreux et passionné et un peu déjanté: «borderline» assume-t-il. «Je ne suis pas très doué pour la paperasserie. Ce qui compte pour moi c’est de jouer.» Bien dans sa peau, mal dans sa peau, Alain Marra va son chemin: «Je suis un cérébral, un écorché, j’aime la vie, la vie est dure, mais je l’aime.» Il ne reste qu’à l’écouter jouer. Et là c’est un autre homme, rapide, rythmique, fougueux ou contemplatif, concentré sur la vibration d’une seule note.

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