Un jour dans la vie de... Thomas Aerni
L’ami-ennemi des bêtes
Il est plus de 9h, ce vendredi. Thomas Aerni, quarante ans, coupe des branches de bambous pour en faire des bouquets qu’il s’apprête à placer dans les cages de ses protégées: des sauterelles. Cet agriculteur de formation ouvre la porte des boxes d’exposition, une pensionnaire s’échappe, puis une autre. Agile, le Bâlois les ramène au bercail. La colonie qui vit au zoo de Bâle est la plus grande d’Europe. Ces bestioles font partie de l’exposition mais servent également de nourriture aux insectivores. Cela fait vingt ans que Thomas Aerni travaille au «zooli». Il en a connu tous les animaux. Ses préférés? Les poissons. «Chez les singes ou les girafes, c’est toujours la même chose; je ne peux pas intervenir sur l’aménagement de leur environnement, contrai-rement aux aquariums.» Il travaille depuis deux ans à l’Etosha,un endroit qui présente la chaîne alimentaire et qui abrite, entre autres, des suricates, des porcs-épics, des serpents et souris exotiques. «J’ai demandé à venir ici car le travail est varié.» Assez bavardé. Il faut nettoyer l’espace qui abrite le daman de rocher, les écureuils terrestres et les tisserins sociaux. Un gardien de zoo passe 70% de son temps à nettoyer, et 30% à s’occuper des animaux, qui se montrent parfois bien ingrats. «Souvent je suis l’ennemi numéro 1. Les visiteurs arrivent à faire plus de choses avec eux. Il ne faut pas oublier que ce sont les gardiens qui capturent les animaux pour les emmener chez le vétérinaire…» Il est onze heures, le moment d’aller préparer le repas des pensionnaires à poil et à plume. Thomas Aerni descend au sous-sol. Fenouil, carottes, brocoli, orange, patates douces, concombre, papaye: tout est coupé en morceaux et joliment disposé dans une quinzaine d’assiettes. Une présentation soignée est importante: si les animaux ne trouvent pas tout de suite ce qu’ils désirent, ils jetteront ce dont ils n’ont pas envie. Midi: distribution des assiettes. Le gardien pourrait profiter de ce moment pour se rapprocher des animaux, des suricates surtout. Ce serait une erreur: «Si un membre du clan tisse des liens particuliers avec le gardien, jaloux, les autres le mettront à mort.» Après les fruits et les légumes, les protéines fraîches; un étage plus bas, elles vivent leurs dernières minutes dans deux cages grillagées. Thomas Aerni plonge sa main nue dans un amas de sauterelles et glisse les captives dans un récipient. N’a-t-il pas pitié? «C’est un sentiment qu’il faut vaincre. Travailler dans un zoo, c’est supporter de tuer pour donner à manger, apporter des animaux vieux ou malades chez le vétérinaire pour qu’il les endorme.» L’après-midi est déjà bien entamé. Il s’occupe des cafards, ouvre leurs caisses remplies de terre pour leur donner de la poudre de viande. Enfermées dans plus d’une vingtaine de cages dans un local à vingt-huit degrés, des milliers de sauterelles attendent leur deuxième repas du jour: de l’herbe à chat que Thomas Aerni et ses collègues font pousser à la lumière des néons. Le Bâlois s’active, ses mouvement sont doux: «Elles méritent autant de respect que les autres animaux. Au tour des souris blanches. Elles aussi serviront de nourriture. L’abattage se fait le mercredi. Pour l’instant, il s’agit de les saisir par la queue pour les installer dans une cage propre. La fin de la journée approche. Il faut encore balayer, arroser l’herbe à chat, donner à manger aux porcs-épics. Demain, tous ces petits estomacs seront vides.
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