Lorsque les médecins se sont heurtés à Pascal Couchepin au printemps dernier sur la baisse des tarifs de laboratoire, Ignazio Cassis est resté discret. Le Tessinois de 48 ans est pourtant vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH). Mais sa vision de la santé détonne. Il veut par exemple briser le tabou du rationnement des prestations médicales. «Nous devons nous poser la question du rapport coût-utilité de chaque prestation», dit-il. Pour cela, il faut redéfinir la notion de «bonne santé», aujourd’hui perçue comme «un bien-être total, proche du bonheur». Cette vision, il se l’est forgée lors de son parcours professionnel. En 1989, alors qu’il est médecin assistant à l’Hôpital de Lugano, l’épidémie de sida explose. Il ouvre une consultation pour les personnes affectées par le HIV. Cette expérience éveille son intérêt pour la médecine sociale et préventive. Une passion qu’il cultive comme médecin cantonal tessinois de 1997 à 2008. Mais le monde de la santé publique devient un peu étroit pour lui. Il «glisse» alors dans la politique, prenant la place de Laura Sadis au Conseil national lorsqu’elle accède au Conseil d’Etat en 2007. Il siège désormais dans la Commission de la santé, fait partie de la délégation de l’AELE et préside le groupe latin du PLR. Cité pour la succession de Pascal Couchepin, le radical pense que la minorité italophone, «8% de la population», doit impérativement être représentée au Conseil fédéral. Il jure ne pas y penser luimême. Et dans quelques années? «Pourquoi pas?»
SES CONTACTS POLITIQUES
La délégation tessinoise Présidant la députation en 2009, Ignazio Cassis s’entend particulièrement bien avec la socialiste et médecin Marina Carobbio et le démocrate-chrétien Meinrado Robbiani, membre de la Commission de la santé. Il apprécie l’ouverture qui règne entre Tessinois. «Au Parlement, trop d’élus ont de la peine à dialoguer, sont enfermés dans de petits compartiments partisans.» Seul Dick Marty, «une bête solitaire», se tient un peu à l’écart. «Nous n’avons pas toujours les mêmes idées politiques, mais nous en parlons librement, indique Marina Carobbio. Nous apprécions tous deux la confrontation constructive.»
Pierre Triponez (PLR/BE) Ignazio Cassis apprend beaucoup de ce «magicien de la politique», qui parvient souvent à retourner une majorité grâce à une proposition surprise brandie «cinq minutes avant minuit». Le Bernois apprécie son nouveau collègue, avec qui il a collaboré sur la révision de l’AVS. «Nous pensons tous deux qu’il faut en garantir le financement, ce qui exigera des sacrifices comme relever l’âge de la retraite.»
Christa Markwalder (PLR/BE) Les deux parlementaires codirigent le pôle «cohésion nationale et assurances sociales» au sein du PLR, l’un des trois axes prioritaires du parti. «J’aime son attitude généreuse et enthousiaste envers la politique. Elle a un vrai amour pour la chose publique.»
Christian Wasserfallen (PLR/BE) Le Tessinois apprécie le courage de son collègue, sans pour autant toujours partager ses opinions: «Bien que très jeune, il n’a pas peur d’aller à contre-courant avec des idées très dures, comme sur la politique de la drogue.» Il a «un grand savoir et beaucoup d’humour», dit de lui le Bernois, qui l’a côtoyé lors de la campagne sur les médecines complémentaires. Tous deux étaient contre, craignant d’alourdir les frais à la charge de l’assurance maladie.
Pascale Bruderer (PS/AG) Les deux parlementaires ont fait plus ample connaissance lors d’un voyage parlementaire au Mexique. «Elle possède un juste mélange de force, de charme et de précision alémanique.» Il admire la longue carrière politique que la socialiste a déjà derrière elle, malgré ses 32 ans.
Toni Bortoluzzi (UDC/ZH) «Ce vieux renard parvient à imposer des propositions extrêmement provocantes en les enrobant d’une fausse naïveté, comme, récemment, lorsqu’il a fait adopter en commission la suppression de l’obligation de contracter, relève Ignazio Cassis. Un coup de maître.» Si l’UDC zurichois juge son collègue «agréable et cultivé», il le voit néanmoins comme «le défenseur des intérêts de sa branche, les médecins, enclin à réclamer la main protectrice de l’Etat.»
SES REFUGES
Sa famille Sa femme Paola est médecin, radiologue à Mendrisio. Ignazio Cassis a également trois sœurs. «Je viens d’une famille modeste. Mon père était agent d’assurances, il faisait du porte-à-porte pour vendre des polices. Mon grandpère était paysan. J’ai beaucoup appris de leur simplicité, de cette sagesse sans mots.»
Ses villages Le conseiller national vit à Montagnola, village niché sur une colline entre Lugano et l’aéroport d’Agno. «C’est ma terre d’adoption.» Car ses racines, il les a dans le hameau de Sessa, là où il a grandi, à l’ouest de Lugano. «Lorsque j’ai été élu au Parlement en 2007, cette commune m’a fait une fête chaleureuse qui m’a beaucoup touché. Je me suis rendu compte qu’on n’efface pas si facilement ses origines.»
SES MENTORS
Fulvio Pelli «Il m’a toujours inspiré par sa force tranquille, son indépendance vis-à-vis des médias et sa lucidité d’analyse», note son collègue de parti, qui le côtoyait il y a dix ans déjà comme président des radicaux tessinois. «Il connaît extrêmement bien ses dossiers, notamment dans le domaine de la santé et des assurances sociales, répond le président du PLR. C’est un parlementaire qui va progressivement gagner en importance.»
Pascal Couchepin Le médecin apprécie l’amour du débat qui anime le conseiller fédéral. «C’est une vraie bête politique. On sent qu’il a un enthousiasme sincère pour sa fonction.» Et, sur le dossier de la santé, il a fait ce qu’il pouvait. «Le rôle du politicien, c’est de trouver des majorités pour mettre en œuvre ses idées, pas de donner raison à l’un ou l’autre groupe d’intérêt.» Un point de vue qui lui a valu quelques critiques de ses collègues médecins, très remontés contre le Valaisan.
Tiziano Moccetti Médecin chef à l’Hôpital de Lugano lorsque Ignazio Cassis y fait ses armes, le directeur du centre de cardiologie et de cardiochirurgie tessinois l’a inspiré «par son exemple davantage que par ses mots», éveillant chez lui un enthousiasme pour la politique de la santé.
SES RELAIS PROFESSIONNELS
La FMH Le Tessinois a accédé à la vice-présidence de la FMH en 2008. «Ma sensibilité très libérale ne représente plus la majorité des membres, reconnaît-il. La crise d’identité qui frappe les praticiens, notamment les généralistes, fait qu’un certain nombre d’entre eux se tournent vers une vision étatiste de la médecine, se voient davantage comme des employés que comme les acteurs d’une profession libérale.» Le président de la FMH, Jacques de Haller, juge malgré tout les rapports avec son viceprésident «excellents»: «Nous avons un fonctionnement souple qui permet l’expression de différences.».
Les universités Chargé de cours à l’Université de Lausanne et à la Faculté d’économie de Lugano, le politicien est resté très proche du monde académique et de la santé publique, où il donne fréquemment des conférences. «Mes relais dans le corps professoral me permettent de conserver un input scientifique nécessaire à la richesse de ma réflexion.»
Forum Managed Care Membre du comité de ce forum, le radical «suit avec intérêt le développement des réseaux de soins intégrés». Au Parlement, il joue le rôle du «traducteur» pour en expliquer les aspects plus techniques. S’il n’avait pas accédé au Conseil national, il se serait sans doute consacré à la création d’un réseau de soins au Tessin, «où il n’y en a aucun».
SES ADVERSAIRES
Jasmin Hutter (UDC/ SG) La Saint-Galloise a une façon de présenter ses revendications «comme si elle en voulait au monde entier», ce qui a le don d’irriter le Tessinois. «Elle pense toujours avoir tout mieux compris que les autres.»
Christine Goll (PS/ZH) La socialiste représente, aux yeux d’Ignazio Cassis, une catégorie de politiciens qu’il abhorre: les défenseurs du statu quo. Ceux qui crient au «démantèlement social» dès qu’on tente de réformer le système de santé ou les assurances sociales. «Il y en a aussi à l’UDC et même dans mon parti, précise-t-il. Ce sont eux qui s’opposent par exemple à la dépénalisation de la drogue, prônant la répression pure qui n’a rien résolu en quarante ans.»
Paul Rechsteiner (PS/SG) Spécialiste de la sécurité sociale, le syndicaliste a «une très bonne connaissance des dossiers mais celle-ci est “occultée” par son regard excessivement idéologique», juge le radical. Le socialiste admet la divergence: «Je défends une forte intervention de l’Etat dans le domaine des assurances sociales, lui pas.»
Les hommes gris du Parlement Appelés les «Hinterbänkler», les parlementaires qui occupent les sièges au fond de la salle sont dans le viseur du médecin: «Ils prennent rarement la parole, mais, quand ils le font, c’est sans émotion et sans passion, comme s’ils lisaient leur texte.» Il y en a pas mal à l’UDC, selon lui.
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