Spécial Afrique du Sud
Un mélange désastreux: Les bébés de l'acool
Par TIPHAINE BÜHLER - Mis en ligne le 02.06.2010 à 13:50
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FLÉAU. Fortement touchée par le sida, l’Afrique du Sud détient aussi le triste record de l’alcoolisme fœtal.
Elle rigole lorsqu’elle voit son compagnon s’effondrer ivre mort sur le sol. Il cuvera là. Bébé, lui, dort sur le dos de sa mère pendant qu’elle picole avec les ouvriers, après sa journée dans les plantations de manguiers de Magoebaskloof. Le groupe vient de recevoir de la bière et du marula, l’alcool typique du pays. «Le marula, c’est pour la naissance de mon fils, sourit-elle en donnant un coup de rein à une amie. En plus, ça rend les messieurs fertiles...» Femmes et hommes éclatent d’un rire complice. Comme chaque fin de semaine, c’est le patron qui régale.
Le «dops», mot afrikaans pour parler du petit plus en alcool offert aux travailleurs par les propriétaires, a toujours la vie belle. L’encouragement ou le paiement en alcool introduit au XVIe siècle par les colons néerlandais permettait de fidéliser les employés. La pratique a été déclarée illégale en 1928. Mais elle perdure aujourd’hui, à peine cachée, dans les fermes viticoles du Cap, les exploitations fruitières du Limpopo ou dans l’industrie lourde.
«Ces gens n’ont pas de culture, commence Bernhard, un viticulteur de Cap Town. Nous payons chaque année des millions pour lutter contre l’alcoolisme dans le pays (7,5 millions d’euros sur dix ans, ndlr), mais je ne peux pas surveiller tout ce que boivent mes ouvriers, ni où termine mon vin. De toute façon, il est très facile de se procurer du vin bon marché. Il y a des «shebeen» partout.» Les shebeen sont des débits de boissons improvisés, à l’origine par les travailleurs agricoles. Ainsi, «dops» et «shebeen» permettaient aux exploitants viticoles de se débarrasser de leurs surplus. Des générations entières ont été entraînées à boire. Et cela avant même la naissance...
Record mondial. L’Afrique du Sud détient aujourd’hui le plus fort taux du monde en matière d’alcoolisme fœtal, qui provoque une débilité mentale chez les enfants. Selon les statistiques du Medical Research Council, un nouveauné sur 50 est touché par ce syndrome d’alcoolisme fœtal (SAF) dans les communautés pauvres. L’état d’urgence a même été déclaré dans l’Etat du Nord, à De Aar, où un écolier sur dix est né avec de l’alcool dans le sang. Dans le Cap occidental, le nombre de petits touchés a presque doublé entre 1997 et 2001, de 46 à 88 sur 1000.
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