SORTIE DU NUCLEAIRE
«L’hydraulique, un modèle en Europe!»

Mis en ligne le 19.09.2012 à 13:23

HEINZ KARRER. Le CEO d’Axpo affirme vouloir fortement investir dans les nouvelles énergies renouvelables. A l’étranger.

Avec ses 4000 collaborateurs, Axpo fournit de l’électricité à quelque 3 millions de personnes.

 

La question du nucléaire a-t elle suscité un débat au sein d’Axpo?

Bien sûr. Dans les deux mois qui ont suivi la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, nous avons organisé plusieurs réunions à l’interne qui ont attiré un bon nombre de nos quelque 4000 collaborateurs. Lesquels, à l’image de la population suisse, ont souhaité être informés le mieux possible. Mais il n’a jamais été question pour nous d’endoctriner qui que ce soit en faveur de l’énergie nucléaire!

Comment avez-vous réorienté votre stratégie?

Le sentiment d’insécurité qui a prévalu après Fukushima a été si fort qu’il nous est vite apparu que la construction de nouvelles centrales nucléaires n’était plus un thème d’actualité. La classe politique dans son ensemble est allée dans le même sens. Dès lors, nous nous sommes demandé comment valoriser tout le potentiel hydraulique de la Suisse, château d’eau de l’Europe. Et nous avons bien sûr approfondi la voie des nouvelles énergies renouvelables. Dans le passé, nous avons déjà investi 700 millions de francs dans la petite hydraulique, la biomasse, la géothermie, le photovoltaïque, etc. Quant aux centrales combinées à gaz en Suisse, elles ne sont qu’une option.

Pourquoi?

La probabilité que de telles centrales soient construites d’ici à cinq à six ans sur sol helvétique est très mince. Les causes sont multiples: le montant trop élevé des investissements, la difficulté à trouver des sites sécurisés où il existe un réel besoin de récupérer la chaleur produite par ces centrales, la nécessité de compenser les émissions de CO2 rejetées par la Suisse, etc.

Greenpeace vous reproche d’ignorer l’énergie solaire et de lui préférer les autres nouvelles énergies renouvelables.

C’est inexact. Le secteur photovoltaïque fait partie intégrante de notre stratégie. Mais nous nous focalisons sur de grandes installations de type industriel – nous avons différents projets à l’étude – et non pas sur des maisons d’habitation pour lesquelles c’est l’affaire des personnes privées. Par ailleurs, nous ne partageons pas la même vision de Greenpeace quant au développement de l’énergie solaire en Suisse. Cette dernière pose encore de sérieux problèmes d’instabilité dans la production, d’acheminement dans le réseau et surtout de stockage.

La Suisse, comparée à l’Allemagne notamment, n’a-t-elle pas pris un énorme retard dans l’énergie solaire?

Durant les dix dernières années, la Suisse a moins développé le photovoltaïque que ses voisins. Mais n’oublions pas que nous avons énormément investi dans l’énergie hydraulique et notamment le pompageturbinage, si bien qu’en termes d’émissions de CO2 la Suisse reste un modèle du genre en comparaison internationale. Par ailleurs, l’Allemagne a fortement subventionné le solaire. Des centaines de millions d’euros non investis dans la santé ou dans d’autres infrastructures.

Les investissements opérés par Axpo à l’étranger ne se font-ils pas au détriment de la Suisse?

Certainement pas. Prenez nos centrales combinées à gaz italiennes. Durant de nombreuses années, la Suisse a tiré profit d’un bas niveau de prix dans ses relations commerciales avec l’Italie. Les ventes à destination de ce pays soumis à un régime de monopole ont apporté de substantiels revenus à nos centrales électriques. La libéralisation du marché a changé la donne. Nous avons désormais le choix entre renoncer à des entrées potentielles de revenus ou investir dans le marché en escomptant gagner de l’argent. Par ailleurs, quand il s’agit d’importer de l’électricité de l’étranger, nos centrales peuvent soit se servir sur le marché international en étant dans l’incertitude soit se tourner vers les sociétés que nous contrôlons et bénéficier d’une maîtrise des coûts.

Qu’allez-vous conserver à l’étranger?

Nous souhaitons conserver la plupart des centrales combinées à gaz, ainsi que nos parcs éoliens en Italie, en Espagne et en Allemagne. Nous voulons fortement investir à l’étranger dans les nouvelles énergies renouvelables. A elles seules, nos entreprises établies en Suisse ne peuvent atteindre l’objectif de production de 5 TWh d’ici à 2030 que nous nous sommes fixés, contre 2,2 TWh actuellement.

 

PROFIL - HEINZ KARRER

Né en 1959.

Depuis 2002 CEO d’Axpo Holding SA.

1998-2002 Membre de la DG de Swisscom, chef marketing et ventes.

Auparavant Directeur de Ringier Suisse et administrateur délégué d’Intersport Holding.

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