L'Hebdo;
1999-10-14 Un monstre dans la banlieue solaire
Deux équipes d'astronomes prétendent qu'il existerait une dixième planète dans le système solaire.
Faudra-t-il bientôt bouleverser les manuels d'astronomie? Faudra-t-il bientôt s'habituer à dire «les dix planètes du système solaire»? Deux équipes d'astronomes le pensent. L'une comme l'autre affirment avoir trouvé des preuves indirectes concernant l'existence d'une planète géante orbitant très loin de nous.
Cette hypothèse n'est pas nouvelle. Elle existe même depuis la fin du siècle dernier. Des gens comme Percival Lowell ou William Pickering (lire «L'Hebdo» du 7 octobre 1999) ont activement cherché une telle planète en analysant les éventuelles perturbations gravitationnelles qu'elle pouvait provoquer sur des planètes comme Uranus ou Neptune. La découverte de Pluton n'a rien résolu puisque celle-ci est trop légère pour jouer le rôle de perturbateur. Les deux équi-pes en ques-tion, l'une ang-laise, l'autre américaine, n'ont pas travaillé sur les orbites d'Uranus ou de Neptune pour déduire la présence de cette planète 10, mais sur celles des comètes de longue période en provenance du Nuage d'Oort. Ils ont constaté des irrégularités dans ces cheminements cométaires. Selon eux, la meilleure explication serait la présence d'une géante gazeuse entre une et dix masses joviennes située à près d'une demi-année-lumière du Soleil.
Pour les Anglais, cette planète aurait voyagé dans l'espace galactique avant d'être capturée par le champ gravitationnel du Soleil. Pour les Américains, il s'agirait plutôt d'une soeur du Soleil qui n'aurait pas eu la masse critique pour se transformer en étoile.
Quoi qu'il en soit, il ne reste plus qu'à la trouver. Une tâche pour les télescopes spatiaux infrarouges de la prochaine génération, seuls capables de détecter des objets aussi sombres.
P.-Y. F.
Galileo en rase-mottes
Galileo a réussi! Lancée il y a dix ans, la sonde a effectué un passage en rase-mottes (à 611 kilomètres) au-dessus de Io, la planète la plus volcanique du système solaire. A près de 600 millions de kilomètres de nous, Galileo a bien supporté le puissant bombardement de radiations émis par Jupiter toute proche. Sous leur effet, l'ordinateur de bord s'est mis en veilleuse, mais les ingénieurs ont pu relancer toutes les fonctions scientifiques à temps - la distance est telle que les communications mettent plus d'une demi-heure pour arriver! Les données seront transmises à la Terre au cours des semaines qui viennent, puis analysées. Les premières images seront diffusées en novembre. On saura alors tout sur la composition chimique de la surface de Io, sa température, sa gravité et son magnétisme. Mais ce n'est pas tout: Galileo refera un passage le 26 novembre, encore plus bas, à 300 kilomètres. S'y brûlera-t-il les ailes? (http://galileo.jpl.nasa.gov)
TANGENTE
Io et ses volcans. En blanc, la trajectoire de Galileo et en X (près du pôle sud) le passage le plus bas.
Sortir des plumes
Selon une étude parue dans le journal médical «The Lancet», garder le lit ne serait pas la meilleure façon de combattre toute une série de maladies. Cette découverte, à mettre au crédit du docteur Chris Allen et de son équipe de l'Université du Queensland (Australie), bouleverse les idées reçues. Pour arriver à cette conclusion, les spécialistes ont suivi vingt-quatre cas cliniques et constaté qu'aucun d'entre eux ne montrait une amélioration significative quand l'alitement était strictement suivi. Pire: plusieurs cas se sont dégradés. Malgré cette étude, Chris Allen s'attend à peu de changement, tant l'alitement est passé dans les moeurs médicales comme une évidence nécessaire à toute guérison.
«The Lancet», 9 octobre 1999
Lumière inconstante
Tout fiche le camp. Même les absolus qu'on pensait vraiment absolus. Ainsi, la vitesse de la lumière. Depuis Einstein et sa théorie de la relativité, on affirme qu'elle est la même depuis le début des temps, autrement dit environ 300 000 kilomètres par seconde. Mais John Moffat, du Département de physique de Toronto (Canada), prétend le contraire. D'après lui, il a existé une époque où elle était plus rapide car les conditions régnant dans l'Univers étaient différentes. Cette position pour le moins originale permettrait d'expliquer une découverte récente qui a surpris plus d'un physicien et qui dit que l'expansion de l'Univers accélère, alors qu'on se serait plutôt attendu au contraire.
«Physics Letters», 4 octobre 1999
Kentucky obscurantiste
Les Etats-Unis, dont l'orthodoxie religieuse prouve souvent son influence, viennent une fois encore de porter un coup de banderille à Darwin. L'Etat du Kentucky et son département de l'éducation ont en effet décidé de rayer le mot «évolution» des manuels scolaires et de le remplacer par l'expression «changement au cours du temps» afin de ne pas favoriser une «doctrine» plutôt qu'une autre. Cette victoire des partisans du créationnisme n'a pas manqué d'indigner tous les professeurs de biologie qui ont fort à faire pour rappeler qu'on ne devrait pas mettre dans le même sac une théorie scientifique et une croyance religieuse. La décision du Kentucky suit de près celle de l'Etat du Kansas qui vient également de restreindre l'enseignement de la théorie de l'évolution.
Hubertreeves entre Mars et Jupiter
L'astéroïde (9631) 1993 SL6 portera désormais le nom de Hubertreeves, en l'honneur de l'astrophysicien et communicateur scientifique canadien. C'est ce qu'a décidé l'Union astronomique internationale (UIA), faisant ainsi d'Hubert Reeves le premier astrophysicien québécois à être honoré d'une telle façon. De l'astéroïde en question, on connaît peu de chose. Découvert en 1993 par l'astronome belge Eric W. Elst à l'observatoire de La Silla au Chili, il parcourt une orbite légèrement excentrique située entre Mars et Jupiter en 4,75 ans. On sait également que son diamètre se situe entre 5 et 12 km et que sa forme est probablement irrégulière.
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