Depuis 2008 banques et gouvernements se livrent à un bras de fer historique. Les premières n’ont qu’un but: continuer leurs jeux acrobatiques comme auparavant. Les seconds une seule préoccupation: poser des règles qui empêchent de nouvelles débâcles.
Les oligarques financiers ont peine à comprendre que, après la crise largement déclenchée par eux, rien ne sera plus comme avant.
Le bilan? Aux Etats-Unis, il est affligeant. Le pouvoir financier a réussi à imposer ses vues à la Maison Blanche, appuyé par l’intransigeante opposition républicaine.
En Europe, contrairement aux apparences, les politiques marquent des points. L’Union européenne, la Banque centrale et les Etats ont exprimé de nouvelles exigences. La pression ne se relâche pas. Sur plusieurs fronts.
Les établissements qui ont prêté les yeux fermés à la Grèce devront tôt ou tard renoncer de fait à une partie de leurs créances. Le vent a tourné. Les banquiers ne sont plus écoutés comme la parole d’évangile.
La semaine dernière, la Commission européenne a été jusqu’à émettre le vœu de pouvoir taxer les flux financiers pour renflouer la caisse communautaire. La proposition sera probablement balayée par le Conseil des ministres.
Mais quel pas cependant! Il y a quelques années, seuls de doux rêveurs altermondialistes brandissaient une telle revendication. L’idée fait son chemin.
Et en Suisse? Il y a peu, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf recevait Kaspar Villiger, président d’UBS, et Oswald Grübel, son CEO. Ce fut, de l’aveu de la ministre des Finances, un dialogue de sourds.
Les deux messieurs ne voulaient pas entendre parler des mesures envisagées pour limiter les risques de la maison géante, que la Confédération ne pourrait pas sauver une nouvelle fois.
Et voilà qu’est annoncée l’arrivée à la présidence de l’exbanquier central allemand Axel Weber*. Ce poids lourd est connu pour n’avoir pas sa langue dans la poche.
A peine désigné, il a confié qu’à ses yeux, les précautions proposées par le gouvernement lui paraissent tout à fait raisonnables. Il a même laissé entendre que certaines activités, notamment aux Etats-Unis, les plus risquées, pourraient être reconsidérées. Son compatriote Grübel a dû en faire une jaunisse.
Tout indique que Weber a été poussé dans cette haute fonction par le président de la BNS, Philipp Hildebrand, son compère partageant les mêmes convictions, son ami avec qui il a même passé des vacances.
Il serait étonnant que la conseillère fédérale n’ait pas, elle aussi, joué de son influence, notamment auprès de Kaspar Villiger, l’ex-conseiller fédéral qui, pour suivre l’avis du dur à cuire Grübel, devait s’opposer à la femme qui occupe maintenant son ancien bureau. Conflit embarrassant. Il doit être bien soulagé aujourd’hui du tournant qu’esquisse son successeur.
La main politique l’a emporté en l’occurrence sur les gros bras de la finance. Les jérémiades ne vont pas cesser. Mais elles ont de moins en moins d’échos.
Cela fait si longtemps qu’à chaque concession, notamment dans l’allégement du secret bancaire, cette profession commence par annoncer des catastrophes avant de se rallier aux exigences nouvelles, jurant alors que tout se passe pour le mieux.
La donne d’ensemble a changé. Les trous budgétaires des Etats ne permettent plus le laisser-aller. Dans les dépenses publiques, mais aussi dans les générosités fiscales et les libertés accordées aux brasseurs de fortunes: eux aussi sont désormais placés sous surveillance.
Les oligarques financiers ont peine à comprendre que, après la crise largement déclenchée par eux, rien ne sera plus comme avant. Ils tentent pourtant de s’en convaincre aux Etats-Unis.
Mais en Europe, les peuples nourrissent une vraie colère, exprimée ou non, contre ceux qui ont fait de l’économie un casino, qui se sont enrichis sans vergogne, qui ont prêté à qui mieux mieux et accablent ensuite ceux qui peinent à rembourser.
Les gouvernements en place, de gauche ou de droite, paient partout leur indulgence face aux bâtisseurs de châteaux de cartes. Par de dures sanctions électorales. Les forces qui prétendent à la relève doivent afficher leur volonté d’une plus grande rigueur. Pour tous. Banquiers compris.
L’arrivée d’un patron austère, peu porté sur la roulette, à la tête de la plus grande banque suisse, est donc une bonne nouvelle.
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