Les badges Obama-Biden ne sont apparus que lundi matin à Denver à quelques heures de l’ouverture de la Convention démocrate, signe que le choix du colistier de Barack Obama avait été bien gardé. Quand le nom du sénateur Joseph Biden, «Joe» à la ville, a été lâché, les supporters et délégués démocrates rassemblés dans la capitale du Colorado ont plutôt bien réagi face à un choix qualifié de «raisonnable». Lors de son apparition surprise lundi, au premier soir de la Convention, le sénateur du Delaware a eu droit à une ovation des délégués. Même les supporters de Hillary Clinton, dont certains réclamaient que l’ancienne First Lady soit la colistière, reconnaissent que ce choix est intelligent.
«Non seulement il a un back-ground formidable en affaires étrangères, mais il saura être là pour Obama», assure Kashta Kelly, démocrate de Virginie. Président de la prestigieuse Commission des relations internationales du Sénat, Joe Biden apporte au ticket démocrate l’expérience qui manque à Barack Obama en affaires étrangères.
Son carnet d’adresses impressionne. Sénateur depuis 1972, il connaît personnellement de nombreux leaders étrangers. Voilà dix jours, il s’est rendu dans la capitale géorgienne de Tbilissi, pour y rencontrer le président Mikheil Saakashvili, à la demande de celui-ci.
Origines modestes. Le camp républicain s’est immédiatement emparé de ce choix comme d’un aveu de faiblesse de la part de Barack Obama. «Je pense que c’est le contraire, Barack Obama admet qu’il n’est pas parfait et choisit de ce fait quelqu’un qui le complète», commente Friedrike Merck, une déléguée de l’Etat de New York. «C’est un signe de vrai leadership que de savoir s’entourer de gens qui sauront réellement vous appuyer», poursuit cette politicienne new-yorkaise de 54 ans.
Les racines modestes de Joe Biden sont un autre élément moins relevé par les analystes, mais utilisé comme une rengaine à l’intérieur du parti. Fils d’un vendeur de voitures, d’ascendance irlandaise et catholique, Joe Biden est né à Scranton en Pennsylvanie, la ville même d’où étaient originaires le grand-père et le père de Hillary Clinton qui s’était transformée en égérie de la classe ouvrière des petites villes des Appalaches durant les primaires.
Salve anti-McCain. Malgré des années sur le devant de la scène nationale, Biden a conservé un train de vie simple. Il serait l’un des sénateurs les moins fortunés du Congrès et il continue à faire les 80 kilomètres qui séparent Wilmington, dans le Delaware où il habite, et Washington en train.
«Le sénateur Biden n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, il s’est fait tout seul et, surtout, il sait ce que ça veut dire d’avoir à tenir un budget», affirme Elmy Bermago, démocrate de Californie, ancienne supporter de Hillary Clinton. Joe Biden ne s’est pas fait prier pour lancer les premières attaques sur ce terrain contre le candidat républicain John McCain, pris dans une controverse après qu’il se fut montré incapable de dire combien de maisons sa femme et lui possèdent (sept).
Les démocrates espèrent que Joe Biden aidera Obama à faire la différence auprès des «Reagan democrats» (devenus depuis des «Clinton democrats»), plutôt à gauche ou syndicalistes sur les questions économiques, mais conservateurs sur le plan religieux et qui ont encore des réserves à l’égard d’Obama.
Langue bien pendue. Joseph Biden n’apporte certes pas que des plus. Il a d’abord la réputation – avérée – d’avoir la langue bien pendue, trop parfois, ce qui ne le met pas à l’abri de gaffes. Mais son bagout fait de lui un excellent débatteur et un orateur de qualité. Les années passées au Sénat pourraient casser un peu l’image du changement prôné par Obama. Ses supporters ne semblent toutefois pas le lui reprocher.
«Soyons sérieux, au final, l’impact du colistier n’est pas si important, maintenons notre attention sur Barack Obama», suggère Art Suarez, qui se dit rêveur dans le Wisconsin. Et démocrate.
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