La croissance doit être freinée, gardons-nous d’accepter chez nous les entreprises étrangères en trop grand nombre... Ceux qui, il y a peu, ressassaient ce refrain doivent s’en mordre la glotte. Depuis quelques jours, une fois les élections passées, les mauvaises nouvelles et les licenciements s’enchaînent comme autant de fausses notes.
Les économistes revoient leurs prévisions à la baisse. Dans ces conditions, les appels des chantres Sandrine Salerno, conseillère administrative socialiste de Genève, et autres Daniel Rossellat, syndic de Nyon, frôlent l’indécence. Nul besoin de provoquer un ralentissement de l’économie. Il arrive de lui-même, merci.
Une vraie récession pour 2012, alors? Trop tôt pour le dire. En réalité, le sort des entreprises et des salariés suisses est suspendu aux lèvres d’Angela Merkel et aux décisions prises à Bruxelles (et dans les rues d’Athènes) autant qu’aux fondamentaux de l’économie helvétique.
Que l’Allemagne qui draine 20% de nos exportations (!) s’essouffle durablement, et c’est l’arrêt assuré. Dans le cas contraire, la fête pourra continuer. Rien n’est encore joué (lire l’enquête de Matthieu Ruf et de Patricia Meunier en page 14).
Pour l’heure, la situation reste en effet contrastée. L’horlogerie se porte à merveille. Mais d’autres branches souffrent. La banque d’affaires va se contracter plus que prévu. C’est ce que nous apprennent les licenciements récents d’UBS et du Credit Suisse. Compression des marges et perte de clients autrefois alléchés par le secret bancaire, la gestion de fortune va, elle aussi, en baver. Voilà pour les menaces qui planent sur la place financière.
L’affaire Novartis, elle, ne souligne pas seulement l’outrecuidance cynique de ses dirigeants Daniel Vasella et Joe Jimenez – la pharma profite en effet de privilèges et de soutiens indirects de la Confédération, qui interdit les importations parallèles de médicaments et autorise ainsi des prix outrageusement élevés.
Elle révèle aussi que nous sommes entrés dans une ère industrielle nouvelle. Parmi les 1100 emplois supprimés en Suisse, 270 le sont en effet dans la recherche et le développement.
Une petite révolution. Un changement de paradigme: la Suisse est considérée comme trop chère pour les activités de production, mais aussi, désormais, pour l’innovation et des tâches dites à forte valeur ajoutée. Les scientifiques et les ingénieurs chinois, indiens, brésiliens, sans oublier les états-uniens... sont considérés comme aussi bons que les chercheurs suisses. Et passablement moins chers. Cap sur Shanghai, Bangalore, São Paulo, Boston ou San Francisco!
Face aux doutes, on en appelle aux autorités et à la créativité des politiques. La BNS a agi sur le cours du franc. Avec succès. Fort bien. Et après? Les aides ponctuelles aux entreprises, le recours au chômage partiel. Utiles, sans doute. Mais pas décisifs sur le long terme. Il faudra ainsi reparler de ce que, dans le volapuk confédéral, on appelle les conditions-cadres.
D’infrastructures dignes d’un pays moderne. De la construction de logements accessibles, à laquelle les milieux immobiliers ont renoncé pour cause de chicaneries administratives incessantes. De l’indispensable amélioration de notre système de formation, auquel on pourrait préférer bientôt l’achat de nouveaux avions de combat. La crise du franc fort aura au moins provoqué un début de prise de conscience.
Et ébranlé cette croyance que notre bonne santé est acquise ad vitam aeternam. Comme gravée dans la roche du Cervin. Quelle illusion!
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