Parlons du miracle grec. Ce Ve siècle avant Jésus-Christ où la ville d’Athènes invente la démocratie. L’Europe serait-elle ce qu’elle est sans cet événement fondateur qui, après vingt-cinq siècles, sert encore de boussole à tout un continent? S’enflammer pour la survie et le destin de la Grèce constitue d’ailleurs une vieille passion européenne. Dans les années 1820, Byron partit mourir pour la liberté des Hellènes à Missolonghi. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Grecs résistèrent de manière héroïque aux Italiens puis aux Allemands, offrant aux Alliés et aux Soviétiques un meilleur calendrier stratégique.
La Grèce, il faut donc le rappeler, n’est pas que la montagne de dettes et le volcan social décrits ces jours-ci. Qui n’a pas séjourné sur ses plages paradisiaques? Qui n’a pas rêvé d’y posséder une petite maison blanche? Qui ne s’est pas senti ému en arpentant ses ruines antiques? Avec l’Italie, cette autre référence identitaire essentielle, l’Espagne et le Portugal, elle appartient à ce Sud idéal et ensoleillé où tous les Européens rêvent de passer leurs vacances, mais qui, désormais, ne semble plus que fainéant et mal géré. Un boulet pour le Nord si industrieux, si sérieux, si riche, qui ne veut pas payer la facture pour les profiteurs et les tricheurs du système. Comme si ce Sud n’avait jamais contribué à la richesse du Nord (se rappeler notamment la longue prospérité méditerranéenne, la Renaissance et le rôle des navigateurs italiens, espagnols et portugais dans les grandes découvertes). Comme si le Nord n’avait pas bien profité de ce Sud! Certains Allemands ont suggéré aux Grecs de vendre leurs îles, on pourrait demander aux Britanniques de payer une indemnité, avec intérêts de retard, pour les frises du Parthénon volées et, de même, à quelques musées germaniques fort pourvus en antiquités.
Pour tous ces motifs, ceux qui, en Suisse, ricanent des déboires grecs semblent particulièrement mal inspirés. Voyez, se réjouissent-ils, comme la construction européenne et l’euro qui la symbolise connaissent des ratés. La preuve que la Confédération a eu raison de ne pas s’en mêler. Raisonnement stupide: la BNS s’acquitte déjà d’une solidarité monétaire importante, nous serons peut-être sollicités via le FMI, et la santé économique des marchés européens influence directement la nôtre depuis que la Suisse existe. L’Union européenne va mal, la Suisse isolationniste respire. Son soulagement sera de courte durée, comme courte est sa vue sur la véritable histoire de notre pays et la longue épopée du Vieux-Continent.
L’UE VA MAL, UNE CERTAINE SUISSE RESPIRE.
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