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«LA GUERRE DES GOSSES» DE JACQUES DAROY (1936) Copier le texte «LA GUERRE DES GOSSES» DE JACQUES DAROY (1936)
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Cinéma
Un siècle de Guerre des boutons

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 14.09.2011 à 15:57

Yann Samuell revisite le roman de Louis Pergaud tout en prenant soin de plaire au public d’aujourd’hui.

«Tel qui s’esjouit à lire Rabelais, ce grand et vrai génie français, accueillera, je crois, avec plaisir, ce livre qui, malgré son titre, ne s’adresse ni aux petits enfants, ni aux jeunes pucelles.» Lorsqu’il publie en 1912 La guerre des boutons, Louis Pergaud prévient qu’il a décidé de faire fi des «pudeurs verbales d’un temps châtré». Son roman est vulgaire, grossier, et il l’assume parfaitement!

«QUAND J’ÉTAIS ENFANT, ON SE BATTAIT COMME DANS LE LIVRE; ON AVAIT VRAIMENT PEUR DE MOURIR.» Claude Lapointe, illustrateur de «La guerre des boutons»

Mais plus grand monde ne semble aujourd’hui se souvenir de la violence à l’oeuvre dans ce classique de moins en moins lu. Car lorsqu’on évoque La guerre des boutons, c’est le plus souvent à son adaptation réalisée en 1962 par Yves Robert que l’on pense, une adaptation restée fameuse pour sa réplique culte «Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu», absente du livre mais prononcée à maintes reprises par Tigibus – un enfant du village de Longeverne qu’une haine ancestrale oppose aux gosses de Velrans.

Près de quarante ans après cette version récompensée par le prix Jean Vigo, deux nouvelles adaptations du roman de Pergaud partent à l’assaut des écrans: La guerre des boutons de Yann Samuell, sorti cette semaine, et La nouvelle guerre des boutons de Christophe Barratier, visible dès le 21 septembre.

L’occasion de remonter aux sources, aux mots de Pergaud, pour voir comment son récit, violent et cru, a été en grande partie aseptisé par des réalisateurs ayant choisi de trahir son esprit subversif – l’écrivain attaquait ouvertement l’Eglise, l’école et l’autorité parentale – pour proposer des films familiaux.

Première adaptation. Si c’est grâce à Robert que La guerre des boutons est entrée dans l’imaginaire collectif, cette adaptation n’était pas la première. En 1936 déjà, Jacques Daroy s’attaquait en effet à Pergaud. Intitulé La guerre des gosses, son film dort depuis dans les archives de la Cinémathèque française. Eminent historien du cinéma français, Raymond Chirat l’a vu à la fin de l’Occupation.

«Il n’avait qu’un vague lien avec le livre, se souvient-il. Daroy avait beaucoup adouci le propos de Pergaud, inventant par exemple une romance entre une institutrice de Longeverne et le maire de Velrans.» Deux personnages inventés par le scénariste Jacques Maury dans le but d’attirer les spectateurs en leur vendant une romance entre deux stars de l’époque, Claude May et Jean Murat.

«La guerre des gosses était trop édulcorée, trop gentille», note Raymond Chirat, qui avoue avoir beaucoup de sympathie pour la version de Robert.

De la sympathie, c’est ce qu’éprouvent pour cette Guerre des boutons cuvée 62 la plupart de ceux qui l’ont vue. Il faut dire que le réalisateur de La gloire de mon père et du Château de ma mère est, contrairement à Daroy, resté relativement fidèle à la trame narrative du roman. Dans les premières pages du livre, les gamins de Longeverne se demandent ce qu’est une «couille molle», insulte lancée par des Velrans.

Se doutant bien qu’il ne s’agit pas d’un mot doux, ils vont se venger en allant nuitamment écrire sur un mur du village ennemi que les Velrans sont des «peigne- culs». Tout en lui ajoutant une introduction et un développement, Robert reste relativement fidèle au premier chapitre de Pergaud, de même que plus loin il n’hésite pas à filmer les gosses de Longeverne nus – leur chef, Lebrac, a eu l’idée de se battre «à poil» afin que les Velrans ne puissent pas leur voler leurs boutons, considérés comme des trophées de guerre.

Lorsqu’il met en scène une fête mémorable sous la plume de Pergaud, il n’hésite de même pas à montrer ses personnages en train de fumer et de picoler. Transposant le récit à son époque, il a en revanche évacué la plupart des grossièretés proférées à longueur de pages par les personnages du roman, tout en rendant la guerre entre les deux villages moins cruelle et violente qu’elle ne l’est chez Pergaud.

«Quand j’étais enfant, on se battait comme dans le livre. Alors que les adultes pensaient que l’on jouait, on avait vraiment peur de mourir.» Illustrateur en 1981 du roman, le Lorrain Claude Lapointe avoue s’être plus retrouvé dans les pages de l’écrivain que dans l’adaptation de Robert.

La peur qu’il se souvient avoir ressentie, il a alors cherché à la transmettre dans ses dessins, visibles dans une luxueuse réédition publiée par Gallimard Jeunesse. «Même si le film de 1962 est très intéressant, le roman, qui est avant tout destiné aux vieux enfants que sont les adultes, est beaucoup plus fort», souligne Lapointe.

Adapter, c’est trahir. Remake du film d’Yves Robert ou relecture du livre de Pergaud? La version de Yann Samuell est les deux à la fois. Comme son aîné, le réalisateur des mièvres Jeux d’enfants et L’âge de raison démarre son film en inventant une introduction au roman pour mieux parler de «couilles molles» et de «peigne-culs».

De même, il revisite les deux scènes les plus fameuses écrites par Pergaud, montrant les Longeverne se battant nus (mais dans un champ de blé cachant ce qui doit l’être pour éviter toute polémique) et deux d’entre eux, seulement, fumant et buvant. A l’opposé de Robert, il n’hésite par contre pas à parsemer son film de jurons, certes moins crus que ceux de Pergaud, mais joliment évocateurs.

Pour le reste, cette première Guerre des boutons du XXIe siècle est destinée à divertir, tout en défendant des valeurs absentes du texte de Pergaud mais promptes à rassurer les parents, genre «pour avoir un avenir, il faut travailler à l’école». Ayant choisi de situer son film à la fin des années 50, Samuell fait en outre de Marie, personnage secondaire du roman, une des principales protagonistes, dans le but évident de ne pas se couper du public féminin.

Un autre héros de Pergaud devient quant à lui un soldat revenant d’Algérie, quelqu’un qui sait ce que c’est qu’une vraie guerre. Enfin, tandis que Samuell donne aux Velrans un prof afin de l’opposer à celui de Longeverne, il montre Lebrac non pas comme un petit chef en rupture avec la société, mais comme un gamin intelligent et plus sensible qu’il veut le faire croire, élevé avec ses soeurs par une mère célibataire...

Adapter, c’est trahir, disent scénaristes et écrivains. Ce que Samuell a parfaitement fait, signant un film au scénario bien découpé et joliment dialogué. Reste que le résultat demeure trop lisse, engoncé dans une représentation nostalgique et factice de l’enfance, et plombé par sa volonté de s’adresser au public d’aujourd’hui sans le déstabiliser.

«La guerre des boutons». De Yann Samuell. Avec Mathilde Seigner, Eric Elmosnino et Alain Chabat. France, 1 h 45.


La guerre des gros mots

Publié en 1912 au Mercure de France, le roman de Louis Pergaud est truffé de gros mots et jurons. Parsemée d’un nombre incalculable de «nom de Dieu», sa Guerre des boutons n’y va pas de main morte avec les «enfants de putains», «sodomiss», «bâtards de curés», «andouilles de merde», «chien d’ivrogne» et un très éloquent «sacré nom de Dieu de nom de Dieu de saloperie de putasserie de vache».

On s’arrêtera là... Si Yves Robert a en 1962 choisi de livrer une adaptation très chaste au niveau du vocabulaire, Yann Samuell n’a, quant à lui, pas hésité à aligner les insultes. Mais afin d’éviter de choquer les parents en citant Pergaud dans le texte, il a opté pour de plus imagés «courte verge», «p’tite quéquette», «bite de termite», «tête de gland» et «anus de goret». C’est déjà ça...





Tags: Guerre des boutons, Yann Samuell, Louis Pergaud,

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Réaction de dominick
le 30.10.2011 à 11:13
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