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Un tout petit pas électoral sur la route du retour

Mis en ligne le 10.09.1998 à 00:00

Le vote de ce week-end permet à la Bosnie de faire un pas de plus vers la paix. Mais la route du retour reste longue pour les victimes de l'épuration ethnique.

L'Hebdo; 1998-09-10

Réfugiés bosniaques Un tout petit pas électoral sur la route du retour

Le vote de ce week-end permet à la Bosnie de faire un pas de plus vers la paix. Mais la route du retour reste longue pour les victimes de l'épuration ethnique.

D

epuis l'hiver dernier, subrepticement, la Bosnie est devenue un protectorat occidental. Son «gouverneur», le haut représentant Carlos Westendorp, a été autorisé par les grandes puissances, en décembre 1997, à prendre des «décisions contraignantes». Depuis, l'Espagnol a imposé un nouveau passeport, des plaques de voiture uniformes, un drapeau, une monnaie. Et il démet des chefs locaux récalcitrants.

«Nous devons tout contrôler, ce qui risque d'entretenir une culture de dépendance», reconnaît son adjoint Christian Clages. Le processus de paix avance donc, mais il avance pas à pas, au rythme des réformes forcées, affrontant constamment la résistance des partis nationalistes qui se partagent territorialement le pouvoir. On circule plus facilement d'un côté à l'autre des limites ethniques, les lignes téléphoniques sont rétablies, mais on est encore loin d'une coexistence pacifique, acceptée. Le mandat des troupes internationales de la SFOR (Force de stabilisation) a d'ailleurs été prolongé sans date-butoir.

Les élections ne mettront pas fin au pouvoir des nationalistes: la méfiance mutuelle est encore trop forte. Tout juste peut-on espérer que l'opposition démocratique progresse assez pour peser sur les nouvelles institutions. Il y a bien quelques signes d'espoir dans ce sens: le parti nationaliste croate, peut-être le plus intransigeant de tous, vient de subir une fracture, et on s'attend à ce que les modérés serbes, qui ont pris le contrôle de la «Republika Srpska» et bénéficient des largesses de l'aide internationale, parviennent à élargir leur assise fragile.

Mais l'espoir, en fait, réside moins parmi les nouveaux élus que chez le haut représentant. Pour ne pas provoquer de raidissement nationaliste, Carlos Westendorp a levé le pied depuis quelques mois. Une fois les élections passées, il pourra repartir de plus belle. En tournée en Bosnie, les Américains Madeleine Albright et Robert Gelbard ont d'ailleurs averti leurs interlocuteurs bosniaques qu'un «agenda agressif» serait appliqué après les élections. En particulier, ceux qui s'opposent au retour des réfugiés chez eux seraient privés de toute aide.

Les réfugiés: voilà désormais le chantier le plus inachevé de la pax americana. Le nombre des retours ne s'accélère pas. Au contraire, il ralentit parce que ceux qui pouvaient rentrer sans se sentir en danger l'ont déjà fait. Un tiers seulement des 2,1 millions de réfugiés du conflit ont retrouvé leur lieu d'origine. Du 1,4 million restant, dont 600 000 à l'étranger, 90% proviennent d'une zone où ils seraient aujourd'hui minoritaires. Les retours de Bosniaques musulmans chassés de ce qui est aujourd'hui la République serbe, en particulier, sont dérisoires: à peine 2000 en trois ans. L'oeuvre la plus terrible de la guerre, la purification ethnique, reste donc quasiment intouchée.

Peut-être les élections permettront-elles aux modérés serbes d'imposer des retours aux communes dirigées par les épurateurs; peut-être même les nationalistes perdront-ils le contrôle de certaines communes, qui pourraient devenir des modèles de réintégration. Mais comme le formule Ariane Quentier, porte-parole du HCR à Sarajevo, «il ne reste pas seulement des obstacles politiques à écarter, il reste encore le problème économique. Vous ne pouvez pas avoir de retours durables sans emplois.»

Lors de son dernier voyage en Bosnie, la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright s'en est prise aux renvois de réfugiés bosniaques d'Allemagne ou d'Autriche. Si elle a omis la Suisse, c'est sans doute parce que celle-ci n'a effectué que peu de renvois forcés: 161, pour 9100 retours «volontaires», bénéficiant d'une aide de plusieurs milliers de francs, et 3700 autres en préparation. C'est le vrai succès de ce programme d'aide au retour, qui, maniant la carotte et le bâton (ceux qui laissent passer le délai d'inscription risquent le rapatriement sans assistance), renvoie bien des Bosniaques à un refuge intérieur: il épargne à la Suisse l'opprobre des faiseurs de paix en Bosnie.

Alain Maillard

Sarajevo

Les enfants jouent devant les affiches électorales... Le scrutin du week-end

entamera-t-il le pouvoir des nationalistes au profit des modérés?




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