La Cimex lectularius, également appelée punaise de lit ou puce du militaire, a survécu aux dinosaures. Grosse comme une lentille séchée, elle se nourrit de sang humain et attaque sa proie dans son sommeil, principalement à la tête et aux bras. Inutile de l’écraser, son exosquelette est souple à 80%; n’importe quel constructeur automobile rêve de trouver le secret de cet habitacle renforcé.
Originaire d’Asie, la punaise de lit a toujours été présente en Europe lorsque arrive la saison chaude. Certains prétendent que le réchauffement de la planète est la cause de son adaptation au climat suisse. Pour le naturaliste valaisan Sébastien Flückiger, c’est plutôt l’isolation rigoureuse des habitations qui est à l’origine de leur recrudescence.
«Nos maisons sont devenues de véritables biotopes, commence le spécialiste de désinsectisation, paradoxalement amoureux de la nature et admiratif des nuisibles. Hiver comme été, beaucoup de gens vivent dans des logements à une température de 25 degrés. Les punaises de lit peuvent donc rester actives toute l’année.» Lorsqu’on sait que la chaleur estivale rend la ponte plus performante et qu’une dizaine d’oeufs sont pondus tous les 14 jours, on comprend mieux la vitesse à laquelle ces parasites se multiplient. Du palace à la cabane. Ils ont même été observés à 2200 m d’altitude, dans une cabane en Valais, un canton où une infestation croisée a touché cinq ou six hébergements de montagne. Les suceuses de sang survivant entre - 8 et + 55 degrés, elles sont des voyageuses fidèles à leur hôte. «Elles suivent leur victime à la trace, expose Sébastien Flückiger. Nous sommes leur garde-manger. Elles se glissent dans nos valises, nous retrouvent grâce à leur puissant odorat. C’est ainsi que sont contaminés des hôtels, du premier jusqu’au dernier étage et des cabanes, de l’une à l’autre.» Cette année, l’entreprise Rentokil, leader suisse de la dératisation en tout genre, a déjà traité dix sites en Suisse romande contre les punaises de lit. Cela va du chalet au... palace. «Ces bestioles sont démocrates, s’amuse le naturaliste. Elles sucent le sang humain, et peu importe que leur pourvoyeur loge dans un dortoir ou dans un lit de style Rambouillet. Cela dit, l’insalubrité n’est en rien une cause de la présence des punaises. Elles arrivent avec leur hôte, et si celui-ci se rend dans un palace, elles y entrent avec lui. Nous avons récemment traité une suite entière, il y en a eu pour 30 000 francs.» Contrairement aux préjugés, ce n’est pas le matelas qui est infesté, mais le bois du lit. Les anfractuosités, vers les lattes, les recoins ou les têtes de lits, ainsi que les parois en lambris sont leurs endroits de prédilection. Des taches rouge sang oxydé – leurs déjections – signalent leur présence. Dans le pire des cas, une odeur de sang coagulé se dégagera. «La caserne de Sion a subi une attaque de punaises de lit l’an dernier, et les matelas ont été envoyés en traitement à Berne. Cela n’a bien sûr servi à rien, car les punaises de lit logent dans le sommier. Résultat de l’opération, la caserne renouvelle régulièrement les traitements sans succès, et les militaires contaminent d’autres cantonnements lors de leurs déplacements.» La Suisse en retard dans la prévention. Un hôtel de quatre-vingts chambres à Fribourg, d’autres à Genève, ainsi que des campus scolaires ont été visités par Sébastien Flückiger. «J’ai vu des lits avec parfois trente punaises, expliquet-il. Pourtant, on peut les traiter efficacement à l’aide d’un produit chimique. On emprisonne le parasite, lequel s’asphyxie. Laisser les fenêtres ouvertes une nuit par moins 20 degrés peut également être efficace. Nos grands-mères avaient l’habitude de jeter les matelas dans la neige pour les purifier. Des mesures qui sont bonnes contre les acariens, mais pas contre les punaises restées dans la chambre. Devoir surveiller son lit et ses bagages lorsque l’on voyage est une mesure certes fastidieuse, mais avisée.»
Grâce à sa vision infrarouge et à sa pièce buccale constituée de deux seringues, ce petit vampire pique là où les veines ont leur plus gros débit et pompe jusqu’à 50 fois son poids. Elle n’est toutefois pas porteuse de maladies, contrairement à la punaise africaine qui, elle, est mortelle. Seule une tache rouge, et parfois une démangeaison, apparaît en réaction à l’anticoagulant qu’elle inocule.
Leur présence devient si importante au Canada et aux Etats-Unis qu’un sommet national de la punaise de lit a été organisé l’an dernier à Washington, afin d’examiner les conséquences de ces invasions sur les habitations et l’industrie hôtelière. En Suisse, si leur recrudescence commence à être signalée publiquement, on ne trouve aucune trace officielle de prévention à ce sujet.
Les rues à cafards. Histoire de continuer à dormir sur ses deux oreilles, précisons tout de même que parmi les nuisibles, les cafards ont encore largement la primeur en Suisse, où ils constituent près de 50 % du chiffre d’affaires de Rentokil. Rats et souris représentent 30% du marché. Les insectes comme les puces ou punaises de lits viennent en troisième position. «La blatte orientale (ou cafard) s’est parfaitement adaptée à nos écoulements d’eau chaude qu’elle apprécie, note le responsable du marché romand. C’est là qu’elle se charge de toutes les bactéries, tels les staphylocoques dorés.» Il y a des rues célèbres en Suisse pour les cafards, comme la rue Grand-Saint-Jean à Lausanne ou l’avenue de la Gare à Martigny, et cela depuis des années. «Plusieurs gérances y possèdent des immeubles et ne s’entendent pas, observe Sébastien Flückiger. Elles interviennent séparément pour dératiser, mais cela dure six mois. Les blattes reviennent ensuite, car elles sont actives dans les habitations voisines.»
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