Pourquoi l’être humain, fait de poussière d’étoile, doit-il bouffer des cuisseaux de mammouth, du veau gras ou des rutabagas, tandis que les plantes se contentent d’un rayon de soleil et d’un peu de H2O?
Le réalisateur Peter-Arthur Straubinger entend parler de personnes qui se nourrissent juste d’eau fraîche et d’air pur. Il décide de consacrer un documentaire, Lumière, à l’inconcevable pratique du jeûne total.
Le premier de ces ascètes serait Nicolas de Flue: le saint patron de la Suisse éternelle aurait passé vingt ans sans ingérer aucune nourriture solide. Le spectateur se méfie d’emblée. Le jeûne pranique sent l’entourloupe new age à plein pif.
Les premiers témoins que rencontre le cinéaste, comme Jasmuheen, Australienne éthérée prônant la pureté dans ses ouvrages, renforcent l’a priori. L’initiation au respirianisme fait peur, car elle commence par une semaine sans manger ni boire. Ce traitement de choc peut tuer. La plupart des aspirants abandonnent.
D’autres trouvent leur voie. Certains ont cessé de manger il y a dix ans, quinze ans... Ils affirment que le métabolisme n’a besoin que de lumière – au commencement, il n’y avait que ça, non? Lorsqu’on mange une pomme de terre, c’est la lumière emmagasinée par le tubercule qui nourrit, le reste est évacué.
Offense à la médecine. Les médecins s’insurgent: «C’est une offense!» Le docteur Michael Werner a, lui, cessé de manger depuis des années. Un verre d’eau suffit à sa subsistance. Il a accepté d’être suivi en milieu hospitalier, à Berne, puis à Prague.
Les recherches n’ont jamais été publiées: «Si je suis un tricheur, ça leur pose un problème; si je ne le suis pas, ça leur pose aussi un problème», se réjouit-il. Il rappelle que le postulat selon lequel tous les cygnes sont blancs se vérifie mille fois, jusqu’à ce qu’on tombe sur un cygne noir qui le récuse.
Le cinéaste se lance dans un tour du monde du pranisme. Il évoque l’inédie chrétienne, le Bi Gu des taoïstes. En Russie, il s’entretient avec Zinaïda Baranova, une pétulante sexagénaire. En Inde, il rencontre Prahlad Jani, un yogi qui n’a mangé ni même bu depuis septante ans. Ce phénomène de la nature a passé dix jours dans un hôpital, filmé de façon ininterrompue. Il n’a rien absorbé. Le scanner montre que sa vessie se remplit naturellement puis redistribue le liquide dans le corps…
Encore une tranche d’air? Les jeûneurs de l’extrême mettent à mal l’idée qu’il faut se remplir la panse pour être en forme. Des expériences démontrent qu’une légère déficience énergétique assurerait une longévité supérieure.
Le cinéaste pose la question gênante: les 25 000 personnes qui meurent de faim chaque jour dans le monde sont-elles stupides? On admet prudemment que le respirianisme serait possible après de nombreuses années de méditation. Mais l’homme qui a faim n’a pas l’esprit à méditer.
Ces exemples avérés de jeûne pranique laissent les médecins cois. Cela va à l’encontre de tout ce que la Faculté leur a enseigné, notamment que quelques jours sans eau détruisent les reins. Ils invoquent mollement le principe de Hamlet, selon lequel «il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que n’en rêve votre philosophie».
Le réalisateur se tourne alors vers des physiciens quantiques. Ils citent des expériences où la pensée parvient à influer sur la matière, estiment possible que la conscience soit un «principe organisationnel» susceptible de relayer les fonctions corporelles... Vous reprendrez bien un rayon de soleil avec votre verre d’eau vide...
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