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Un vingtième fidèle à la tradition

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 02.06.2010 à 07:54


Rother nouveau A l'image de la très bonne prestation du fondateur de Neu!, la vingtième édition de la Kilbi aura tenu ses promesses, malgré quelques ratés parmi les têtes d'affiche.

Et si c'était la dernière Kilbi? La question a taraudé les quelques 5500 spectateurs qui ont fait le voyage pour Düdingen la semaine dernière. Tout sourire au moment de fêter ses vingt ans, le festival fribourgeois craint pourtant pour son futur, la faute à des rentrées d'argent menacées par la récente interdiction de fumer nationale. En attendant de trouver une solution - un fumoir? une subvention plus élevée? moins de concerts? la clef sous la porte? - une pétition circulait et poursuit son chemin sur le net désormais.

L'inquiétude n'aura toutefois pas eu raison de la curiosité d'un public plus enclin à la découverte qu'au smalltalk ou à la beuverie. Et on peut le comprendre à la vue de l'affiche déroulée durant quatre jours par la Kilbi, certes moins dinosauresque que celle du Primavera, mais plus intimiste également. Et même si j'ai fait l'impasse sur l'opening night offerte à Aphex Twin, je ne regretterai pas le déplacement. Petit compte rendu:

Jeudi

Appelé à ouvrir les feux sur la grande scène, The Antlers transpose au mieux son récent Hospice. Appliqué, gentiment lo-fi et parfois héroïque, le trio américain convainc à moitié, souffrant un peu de l'horaire avancé et d'une grande scène pas forcément appropriée. Mais quand la machine prend, l'émotion est au rendez-vous, à l'image du lyrique Silvia ou du plus accrocheur Bear. Seul regret, une version bâclée de Two, dépouillé de sa ligne de guitare acoustique et donc de sa tension majeure. Plus méticuleux, Atlas Sound étonne à l'intérieur du Bad Bonn, entamant son concert sur un mode acoustique. La suite bricole à mesure, mais la foule et la volonté de jouer assis de Bradford Cox découragent les spectateurs du fond dont je suis. Dommage. Heureusement, Health offre une prestation de premier choix dans la foulée, s'emparant de la grande scène comme d'un territoire de jeu, pour un rock aussi protéiforme que bordélique. Erratique durant le premier quart d'heure, le set prend l'ascenseur à mesure que la nuit tombe, variant les rythmes et les ambiances jusqu'à flirter avec des tempi hip-hop durant les derniers titres. Mélange étrange de slakers et de laborantins, de Beastie Boys et d'Animal Collective, le combo californien impose son univers tectonique et imprime la mémoire au point d'éclipser la sutie de la soirée, de Dum Dum Girls sympathiques mais pas essentielles à un Tocotronic presque anomalique dans ce cadre, évoquant un croisement teuton entre Indochine et Nada Surf. Ja, ja...

Vendredi

Début en fanfare avec l'armada A Place To Bury Strangers, trio à la défroque rockabilly noire et aux amplis survitaminés. Concassant noise, new-wave et post-rock dans un même mixer, le groupe new-yorkais distille une onde de choc continue, mais manque d'originalité pour vraiment enthousiasmer, à l'image d'un dernier quart d'heure rappelant le Sonic Youth de Bad Moon Rising. En parlant du loup, voilà justement Lee Ranaldo qui déboule devant la grande scène, lunettes de vue et appareil photo autour du coup. Le guitariste de Sonic Youth immortalise son comparse Steve Shelley, aux futs pour le grand retour de Neu!, ou plutôt de sa moitié Michael Rother. En trio - encore! - Rother/Shelley/Mullan revisite le répertoire du légendaire groupe krautrock, sur un rythme pépère, parfait pour la transe électrique. Visiblement heuruex d'être là, Shelley tient la barraque façon métronome tandis que Mullan place ses notes sourdes. Sur cet écrin, Rother tire des mélodies spatiales de sa six cordes et torture son labtop, tout ému par l'accueil chaleureux du public. Atmosphérique et massif à la fois, le résultat séduit, rappelant l'importance de Neu! tout en parvenant à replacer ces mélodies dans notre époque. Tout le contraire de Hot Chip, dont le concert poursuit l'affreuse mutation entamée sur One Life Stand. Digne d'une compilation Boulevard des hits circa 1992 balancée à coin pour animer une piste d'auto-tamponneuses, la prestation tranche de façon criarde avec le bon goût du festival. On s'enfuit à toute jambe, non sans prêter l'oreille un instant à l'ambient agressive de Ben Frost, riche en infrabasses et en crissements multiples. Après Hot Chip, on remercierait presque l'Islandais moustachu de nous laver les oreilles.

Samedi

L'apéro commence tôt, avec le concert de la Fribourgeoise Kassette, venue en quatuor présenter son second album. Moins fragiles que précédemment, ses chansons dévoilent un visage plus rugueux, mais pâtissent encore d'un manque de variété, sur scène du moins. Un poil long, le set s'enlise ainsi, malgré quelques sursauts réussis, tel un duo électrique avec Sasha Love ou un dernier titre au tempo plus enlevé. Egalement venus en voisins, les Young Gods présentent un projet spécial pour l'occasion, soutenu par le trio free-jazz Koch-Schütz-Studer. Planant, le résultat hypnotise durant sa première partie, mêlant nappes sonores et triturations numériques, dans le pur style electro-acoustique. Malheureusement, la seconde partie plus hachée tourne en rond et crispe, malgré un baroud d'honneur maîtrisé. Nouveau trio (ça commence à en faire beaucoup pour l'édition), Beak> succède aux Young Gods, mais surtout au Neu! nouveau de Michael Rothers. Sous haute influence krautrock, le nouveau projet de Geoff Barrow  ne s'éloigne guère des modèles du genre, mais impressionne par sa dynamique communicative et ses brusques coups de sang. Groupe de scène avant tout, Beak> fait oublier les réserves éprouvées sur disque, se départant de l'étiquette de Portishead light pour épouser une énergie rock suintante. Le crescendo du jour sur la grande scène est pourtant brisé dans la foulée avec l'apparition de Yeasayer. Groupe hype et surestimé du moment, le combo américain balbutie sa grammaire psyché-colorée, jusqu'à pousser à réévaluer Vampire Weekend... c'est dire. A tel point que les drones écrasants de Stephen O'Malley associé à Maja Ratkje sonnent comme un refrain familier et rassurant, rappelant que oui, on est bien à la Kilbi. Avant de conclure la soirée façon dancefloor avec deux fidèles du lieu, Solange la frange (bon set mais problèmes techniques sur la voix) et DJ Fett (set irrésistible et pûtassier comme à l'habitude). Il est un peu plus de 3 heures. Douze heures et beaucoup de bières sont passées par là.

Toutes mes excuses à Tamikrest, Wolf Eyes, Polvo, Secret Chiefs 3, Lee Ranaldo et Sun Ra Arkestra, manqué, mal vu ou pas vu. Et merci à Gaëtan ou Arnaud pour leur belle photo de Michael Rother.




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